‹ M. Augustin ThierryChapitre 180 sur 206 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

« j'ai appris à le connaître. Ce n'est pas Tévêque, « c'est le tyran, ajoutait-il, que je retiens en « prison (1). »

Guillaume persévérait ainsi dans la distinction qu'il avait faite le jour de l'arrestation d'Eudes : les seigneurs, malgré tous les griefs qu'avait rappelés le roi et malgré ses ordres, n'avaient osé attenter à la personne de l'évêque qui s'était relevé fièrement en disant :

— « Je suis clerc et ministre de Dieu : il faut le jugement du Pape pour condamner un évêque.

— « Aussi bien n'est-ce pas le clerc ni l'évêque que je condamne, répartit le roi, c'est mon comte, celui que j'ai proposé à ma place en mon royaume, à qui je viens demander compte de sa gestion ! »

Et au milieu de la stupéfaction de tous, le roi avait lui-même porté la main sur le prélat et l'avait remis à ses hommes d'armes (2).

C'est à cet évêque de Bayeux, comte de Kent et alors tout-puissant, que Lanfranc n'avait pas craint de résister en face. Il avait réclamé énergiquement les droits de son église et vivement reproché à Eudes toutes les exactions qu'il avait commises contre les hommes de Cantorbéry. Le roi Guillaume, grand justicier, comme l'a remarqué notre chroniqueur saxon, avait reconnu et confirmé la liberté des

(\) Ord. Vital. Lib. Vil, §6.

(2) Ord. Vital. Lib. VIT, § 6.

hommes de l'Eglise du Christ, après que Lanfranc l'eut établie sur des témoignages irrécusables (1). . Ce triomphe de l'archevêque et cette justice du roi étaient célèbres et admirés; il y en -a, dit l'historien de la vie de Lanfranc, il y en a qui vivent encore aujourd'hui, qui se rappellent et qui racontent tous les détails de ce procès ; on montre l'endroit où le plaid eut lieu (2) .

Cette justice de Guillaume, n'était pas uniquement tournée au profit des Normands. Au concile de Londres, où fut déposé Stigand, avant la nomination de Lanfranc à l'archevêché de Cantorbéry, tandis que les prélats d'Angleterre tremblaient en présence du Conquérant et craignaient de se voir dé- ^posédés de leurs honneurs, le Saxon saint Vulstan, agissant avec la simplicité et la confiance d'un saint, ne craignit pas de prendre la parole ; et au milieu des clercs normands et des barons de la conquête, il réclama contre le roi lui-même les biens de son église. L'archevêque d'York, Eldred, l'avait en effet privée de plusieurs possessions , et elles étaient après sa mort, tombées dans le domaine Mu roi. Le roi ne s'irrita pas de cette réclamation ; il remit la

(1) Malmes. De Gestis pontif. Lib. I, p. 214. VilaLanf., p. iO.

(2) « Adhuc plures supersunt qui et locum placiti et nomen loci norunt et modum finemquc lilis... referunt. » Vita 5. Lanf., p. 10.

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