LIVRE
cause à un temps, où l'église d'York ne serait plus privée de pasleur et pourrait défendre ses droits. Lors donc qu'un des chapelains de Guillaume, Thomas, chanoine de Bayeux, eut été élevé à l'archevéehé d'Yorck (1), saint Yulslan renouvela ses réclamations; il les soutint par des raisons si pertinentes que l'église de Worcester fut rétablie dans ses biens et dans son ancienne liberté (2). Tout n'était pas livré au caprice et à la violence ; et il y avait une justice pour les Saxons même contre les Normands, Les moines du monastère de Péterborough, après la mort de leur abbé Liéfrick, tué à la bataille d'Hasling, avaient choisi pour lui succéder leur prieur Brand. Au lieu de demander au roi Guillaume la confirmation de son élection, Brand s'adressa au jeune Edgar CUton, ce descendant d'Ethelred, que les ennemis de Guillaume avaient essayé de lui opposer. L'historien saxon qui raconte ce fait (3), assure, il est vrai, que tous les habitants de !a contrée pensaient qu'Edgard avait succédé à Harold. « Le bruit en parvint aux oreilles de Guillaume, et sa colère futaft comble, » dit M. Thierry (4). L'historien saxon ajoute toutefois, et M. Thierry se garde bien de mentionner que des hommes de bien s'in-
(1) A et. ponlif.Ehor ac, 1705.
(2) Vùa S. Vulslani.
(3) Chron. sax. Hist. de Fr,, Tom. XIII, p. 48.
(4) Hist. de la conq. d'Angl. Tom. II, p. 25.
terposèrent entre le roi et le nouvel abbé ; comme celui-ci était d'ailleurs un homme de bien, le roi s'apaisa et se contenta de lui imposer une amende pécuniaire. Dans les habitudes des gouTernements, on a peine à trouver cette sévérité excessive.
Le même abbé Brand, bénit plus tard les armes du Saxon Hereward et lui conféra le titre de chevalier selon les rites anglo-saxons. « En se prêtant à faire pour un chef de rebelles la bénédiction des armes, dit encore M. Thierry, il donna un second exemple de courage patriotique et de mépris pour le pouvoir étranger. Sa perle était inévitable ; mais la mort l'enleva de ce monde avant que les soldats normands vinssent le saisir au nom du roi (1). » C'est ici une interprétation gratuite sans plus de fondement que le caractère fier et incapable de plier attribué à l'abbé Brand, « qui ne songeait en aucune manière à rentrer en grâce auprès du roi Guillaume.» L'historien saxon, que nous avons cité, était d'un avis différent, et il a enregistré les conditions d'accommodement où recourut cet abbé. Mais il convient à M. Thierry de trouver dans la race saxdhne une opposition fîère et incapable de plier.
En s'arrêtant à d'aussi minimes détails, ou admire combien M. Thierry a été partout fidèle à son système et avec quel art il a su faire disparaître de ses
(4) Tom. II, p. n4. l