‹ M. Augustin ThierryChapitre 182 sur 206 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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histoires les moindres traits, qui pouvaient signaler en Guillaume quelques qualités de condescendance ou de justice. L'historien voulait avilir le vainqueur des Saxons; on le connaît assez pour croire qu'il avait aussi le désir de rendre odieux l'allié de l'Eglise, et de faire paraître monstrueux les respects et la considération de Lanfranc pour le roi d'Angleterre.

Ce n'est pas chercher à pallier les torts et les cruautés de Guillaume de rappeler cette parole de la chronique saxonne : que Guillaume était le plus respectable de tous les Normands. Eadmer dit qu'il introduisit en Angleterre des coutumes nouvelles, qui semblent assez fâcheuses pour la discipline et l'indépendance ecclésiastiques (1). Néanmoins il restitua certaines libertés, dont l'Eglise était privée depuis longtemps et dont l'exercice contribua à assurer sa dignité et son indépendance. Avant la conquête, il n'y avait pas dans la Grande-Bretagne de tribunaux ecclésiastiques. Sur les dépositions des témoins, l'évéque citait les causes religieuses devant les tribunaux ordinaires : elles y étaient décidées, d'après la loi du pays, par les juges séculiers, au milieu desquels siégeait l'évéque en cette circonstance. Guillaume ne trouva pas bonne cette coutume ; elle était d'ailleurs contraire aux canons. Il décida qu'au-

(1) Eadmer. Hist. nov., p. 29.

cun évêque ni archidiacre ne serait obligé désormais de tenir les plaids ecclésiastiques aux assemblées de justice : les causes qui intéressaient les âmes ne devant pas être soumises aux décisions des laïques, elles furent réservées aux évêques. Selon les canons ils purent citer les parties à comparaître en leur présence dans un lieu qu'ils désignaient à cet effet (1). M. Thierry ne se méprend pas sur les résultats de cette mesure. Elle accrut la puissance des évêques M d'une manière exorbitante, » dit-il; et il y voit la cause de la force qu'ils trouvèrent plus tard pour lutter contre les rois normands. Toutefois il assure que Guillaume, en restituant ce droit de justice, agit sciemment, par politique et non par dévotion; car ce droit, conféré aux gens d'église, devait tourner au profit de la conquête et de l'autorité royale, puisque, dit l'historien, tous les évêques lui étaient dévoués (2). N'est-ii pas aussi raisonnable de penser que Guillaume rendit à l'Eglise cette liberté de se juger elle-même, parce qu'il était juste qu'il en fût ainsi? en soumettant « la puissance royale à l'obligau tion de faire exécuter les arrêts rendus par la « puissance ecclésiastique (3) », le Conquérant témoignait qu'il partageait l'opinion de Constantin sur

(i) Exacta Willelmi conquestoris, Joan. Selden in Eadm» Noiae.

(2) H. de laconq. d'Angl. Tom. II, p. 281-178.

(3) H. delà conq.d'Angl. T. II, p. 282.

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