‹ M. Augustin ThierryChapitre 189 sur 206 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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pire et plusieurs grands de leur contrée. Par esprit de dévotion et par goût d'aventures, de jeunes chevaliers et déjeunes clercs de la cour du duc se résolurent d'être du pèlerinage. Au dire d'ingulf, il était lui-même le plus considérable d'entre ces clercs. Avec la permission de Guillaume, trente cavaliers partirent ainsi de Normandie poui> se joindre aux Allemands. Ils se réunirent à l'évêque de Mayence Siegfrid; et toute la troupe, composée de sept mille pèlerins, se mit en marche (1064). C'était un prélude des croisades. Ingulf raconte toutes les vicissitudes du voyage. Les pèlerins traversèrent un nombre infini de contrées ; arrivés à Constantinople, ils saluèrent l'empereur Alexis, visitèrent Sainte-Sophie et vénérèrent un grand nombre de reliques. Attaqués ensuite et volés par les Arabes, ils n'arrivèrent qu'au péril de leur vie à Jérusalem. Accueillis avec honneur par le vénérable patriarche Sophronius, ils furent conduits à l'église du Saint-Sépulcre. Ils y prièrent, y pleurèrent et y soupirèrent. Dieu, qui voit le fond des cœurs, sait quelles larmes, quelles prières, quels soupirs! Us visitèrent, toujours les larmes aux yeux et les prières sur les lèvres, beaucoup d'églises que le sultan Hakem avait détruites. Ils auraient voulu loucher aux rives du Jourdain et baiser toutes les traces du Sauveur ; mais des bandits arabes infestaient les routes et ne laissaient sortir personne de la ville. Les pèlerins y répandirent d'abon-

dantes aumônes pour la réparation des églises, et s'accordant avec des marchands génois qui étaient venus pour négocier et adorer aussi le Saint-Sépulcre, ils s'en revinrent par mer. Ils y souffrirent toutes sortes de maux et de tempêtes. Abordés en Italie, ils allèrent vénérer le tombeau des apôtres ; puis enfin, se séparant, les archevêques et les princes allemands inclinèrent vers la droite pour rentrer dans leur pays, les autres tournèrent vers la gauche pour s'en revenir en France. Des sept mille qui étaient partis, quatre mille à peine étaient de retour ; les autres avaient succombé aux fatigues et aux catastrophes du voyage. Les trente cavaliers normands, riches et splendides au départ, étaient transformés en vingt pauvres piétons amaigris et affaiblis. Lorsque ses divers compagnons furent rentrés chez eux, Ingulf, résolu de ne plus se mêler aux vanités du monde, désireux de conserver dans toute sa netteté sa maison intérieure désormais purifiée, et craignant que les sept esprits méchants ne la missent dans un état pire que n'avait été le premier, Ingulf se retira au monastère de Saint-Wandrille, où il prit l'habit monastique. Il s'appliqua à faire pénitence des péchés et des folies de sa jeunesse. H était prieur du monastère, pendant que Guillaume attendait à Saint- Yalery les vents favorables. Ingulf reçut de son abbé l'ordre de conduire au camp douze jeunes cavaliers bien équipés et pourvus de 1 00 marcs

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