‹ M. Augustin ThierryChapitre 190 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

d'argent pour subvenir à leurs dépenses. C'était le service que l'abbaye de Saint-Wandrille rendait à son suzerain pour l'aider à soutenir sa querelle. Guillaume, en reconnaissance de ce concours, fit plusieurs donations à l'abbaye ; il conserva aussi le souvenir du prieur, et l'appela plus tard au gouverneinent de l'abbaye de Croyland, dont les moines étaient devenus comme les agents d'un esprit de résistance au Conquérant.

Guillaume avait eu la condescendance de leur permettre d'enterrer dans leur église le saxon Walthéof, dont plusieurs courtisans normands avaient envié la puissance et les richesses et dont ils avaient machiné et obtenu la mort. Cette mort injuste et les vertus de Wallhéof, confirmées par un grand nombre de miracles, le faisaient vénérer comme un saint. C'était justement le bruit que l'abbé de Croyland, AVulfketel, faisait des miracles obtenus à ce tombeau, et le parti, qu'il prétendait en tirer pour animer l'esprit d'hostilité contre le roi, qui avaient engagé Guillaume à demander au concile de Londres la déposition de cet abbé.

Ingulf trouva à Croyland soixante-deux moines y demeurant habituellement. Cent vingt-trois autres habitaient d'autres monastères : mais étant profès de Croyland, ils y avaient leur stalle au chœur, leur place au réfectoire et au dortoir; ils y venaient faire à leur gré, de temps à autre, des séjours de six

mois OU d'un an. En temps de guerre, tous ces moines arrivaient à Croyland de toutes parts, comme des abeilles à leur ruche ; car la situation du monastère, au milieu des bois et des marécages, en faisait un asile assuré. Pour subvenir aux besoins de tous ces religieux, les biens de cette église devaient être considérables, et Ingulf eut à les défendre contre diverses prétentions. Ces prétentions témoignent que, dans le tumulte de la conquête, les Normands ne furent pas les seuls spoliateurs du bien des églises et des pauvres : quelques-uns d'entre les Saxons profitaient habilement des circonstances et savaient s'attribuer une part de butin. Le bailli de Croyland refusait de donner à l'abbé aucun renseignement sur les biens des moines; il essayait même de s'emparer de quelques-unes des terres dont la défense lui était confiée. Ingulf se trouvait fort embarrassé à soutenir les droits de son église : il eut recours à Lanfranc et le pria de solliciter l'élargissement de l'abbé Wulfketel, enfermé à Glastombury depuis sa déposition. Le primat s'y employa, et le vieil abbé put bientôt retourner à Croyland. Ingulf | l'y reçut avec les égards et les honneurs dus à un supérieur. Il lui céda la place au chœur, et lui laissa tout le gouvernement dumonaslère, honorant Wulfketel comme son père, et ne se regardant plus luimême que comme le paranymphe et le pourvoyeur de l'abbaye. Wulfketel, de £on côté, pendant les dix

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