PREFACE. XXVII
constate que la correction de ses ouvrages était la préocupation constante de son esprit, et qu'il s'y appliquait avec passion. M. Thierry, en effet, manifestait sa joie quand il pouvait se rendre le tétémoignage d'être parvenu à extraire de quelqu'une de ses pages ce qu'il en appelait lui-même le venin. Le temps se passait de la sorte. L'illusion du malade avait-elle gagné le directeur? L'esprit libéral, dont était féru ce dernier, se joignit^l à son inexpérience du ministère pour le détourner de tout ce qu'on aurait craint qui eût pu attenter à la liberté de conscience du moribond ?
C'était un moribond cependant. « La vie de « l'esprit était la seule qui lui restât », dit M.Renan (1); de funestes symptômes faisaient pressentir une fin prochaine, et M. Thierry sembla plusieurs fois faire bon marché de cette liberté qu'on respectait si malheureusement à son égard. De plus en plus explicite dans ses déductions philosophiques, il déclarait, en effet, à ses derniers jours, et déclarait énergiquement que
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XXVin PRÉFACE.
« tout était bon, raisonnable, salutaire dansl'Egli- « se, tout, disait-il, jusqu'aux moindres pratiques ! « L'on ne peut en omettre aucune, précisait-il, sans <{ avoir à le regretter. On a tort d'hésiter, insis- «tait-il ; il faut en arriver là(1). » On a peine à s'expliquer comment le directeur écoutait platoniquementde tels aveux, qu'il enregistre lui-même; et comment le prêtre ne retournait pas contre ce mourant et pour son salut, ces armes qu'il offrait, pour ainsi dire lui-même, et dont il reconnaissait son pressant besoin, si, selon la remarque de M. Renan confirmée par le P. Gratry, M. Thierry se préoccupait uniquement alors de la fragilité de sa vie (âV Oh ! l'illusion de la liberté !
Quel réveil aussi, quelle douleur, quel effroi quand on vint annoncer auP.Gratry que M.Thierry, qui lui avait confié son âme, avait été pris de « ce subit engourdissement (3) — c'est l'expression du P. Gratry — dans lequel il s'est endormi. » Le directeur courut en toute hâte au lit de l'agonisant.
(1) Le P. Gratry, p. 164.
(2) « Une seule pensée le préoccupait. Aurait-il le temps d'achever les corrections qu'il avait commencées? » Renan, p. 138.
(3) P. Gratry, p. 164.