‹ M. Augustin ThierryChapitre 191 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

années qu'il vécut, témoigna à Ingulf la plus grande affection (1).

Est-ce une illusion de ne pas voir dans les relations de Guillaume avec l'abbé Wulfketel et les moines de Croyland, telles qu'elles ressortent du récit d'Ingulf, une preuve des rigueurs excessives et violentes, dont parle M. Tbierry en toutes circonstances? L'abbé Brand (2) nous a déjà été un témoignage de la longanimité du Conquérant. La vérité historique n'eùt-elle pas exigé que ces faits fussent accusés àaxisV Histoire de la cofiqucle, quoiqu'ils eussent dû en rompre un peu l'unité? C'est pour conserver cette unité, à quoi M. Thierry tient par-dessus toutes choses, qu'il reporte à Lan franc la responsabilité de tous les maux de l'église d'Angleterre. Le Pape avait dit au primat, en lui remettant le pallium, qu'il s'en rapportait, entièrement à lui, et que tout ce qu'il ferait serait bien fait. M. Thierry, en insistant sur celte autorité dont était revêtu Lanfranc, fait à dessein confusion des dates et des circonstances. Il serait superflu de distinguer ici entre ce que le primat a désiré et ce qu'il a souffert. Mais à la manière dont il groupe les faits, M, Thierry parvient à donner à Lanfranc une part dans des actes, qui eurent lieu avant son arrivée en Angleterre ou après la ruine de son crédit à la cour. Tout cela, comme toujours, est agencé avec infini-

(1) Ingulf. Croyl. pas.

(2) Voir plus haut,. pp. 319 et 320 de ce volume.

ment de grâce et d'esprit; l'art, que nous avons vu que M. Thierry sait mettre à supprimer la moitié de certaines anecdotes, se retrouve aussi délié et aussi subtil dans des circonstances opposées, quand il s'agit de donner de l'extension à une parole ou à un fait. U Histoire de la conquête nous apprend que les évêques dégradés, dont nous avons déjà parlé, étaient conduits dans une forteresse ou dans un monastère qui devaient leur servir de prison. « Ceux qui avaient (( été autrefois moines, on les recloîlrait de force c( dans leurs anciens couvents, et /'on publiait offi- « ciellement que dégoûtés du monde et du bruit, il « leur avait plu d'aller revoir les anciens compa- « gnons de leur jeunesse (1). » L'historien prouve ce fait avec la phrase suivante d'une lettre deLanfranc qu'il cite : Dehinc admonasterium^ ubi 7iutritus fuerat ah infantia, repedavit. Ainsi, selon l'historien, l'archevêque de Cantorbéry aurait été chargé officiellement de colorer d'un prétexte honnête les attentats de Guillaume. La lettre de Lanfranc cité par M. Thierry, est adressée au Pape Alexandre. 11 y est question d'un évêque de Litchfield (2) qui avait pu-

(1) Tom. II, p. 133. — Nouv. édit. T. II, p. M8.

(2) Dom Luc d'Achery n'a pu reconnaître celui des évêques de Litchfield auquel doit s'nppliquer la lettre de Lanfranc. Les historiens se taisent d'ailleurs sur les faits qu'elle contient. Leur silence et le doute de dom d'Achery n'infirment pas la vérité des assertions de Lanfranc.

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