‹ M. Augustin ThierryChapitre 202 sur 206 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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M. Thierry a donc Tautorité d'Edouard Brown pour accuser Tarchevêque de Cantorbéry d'avoir corrompu les textes des saintes écritures. Edouard Brown ne vivait pas au xi* siècle et nous pouvons déjà dire que ce n'est pas en son temps que Lanfranc a encouru les reproches de ce savant.

Les éditeurs de YAnglia sacra ajoutent en outre qu'Edouard Brown appuyait ses dires sur une courte note de Mathieu Parker mise en marge du texte de Rochester; et ils affirment que Parker, qui n'a jamais rien annoté témérairement ou oiseusement, n'a point dit ce qu'Edouard Brown lui fait dire. Parker s'est contenté de noter « ce que les historiens les « plus connus de notre histoire racontent de la cor- *( rection faite par Lanfranc sur le texte des livres « saints corrompus par les fautes des scribes (1). » Il faut insister sur de tels détails. Ce n'est pas l'erreur de l'historien qu'il importe ici de constater : c'est sa mauvaise foi. L'erreur était impossible. M. Thierry s'appuie uniquement de l'autorité d'Edouard Brown ; il est allé puiser cette autorité dans V Anglia sacra, où elle n'est invoquée que pour être réfutée. Notre

[\) «Nonaliud ille annotavit quam quod in vulgatissimis historicorum noslrae genlis»monumentis hodie omnibus legendum prosiral. Sic enim Matth. Paris : Lanfrancus leclioni assidue vacavit : libros veleris ac novi tesiamenli scriptorum vilio corruplos corrigere sluduit cujus emendationis luce tam Anglorum ecclesia quam Gallorum se gaudet illusirari. » Ang. S. Tom. I, p. 55.

historien savait donc évidemment que celte assertion n'avait aucun crédit; il ]a reproduit néanmoins; pour la mieux soutenir et la faire accepter plus facilement, il a soin de lui donner de l'antiquité : ce n'est pas au xvu* siècle, c'est dans son temps même que Lanfranc fut accusé. L'historien met encore quelques ornements au fait qu'il signale. Cette saisie opérée par toute l'Angleterre, cette correction faite de la main même du prélat, sont d'un effet plus dramatique : cela relève le récit et fait mieux voir la méchante inspiration de Lanfranc.

Mais quel profit Thistorien tire-t-il de toutes ces ruses? pourquoi ces habiletés? pourquoi ces déguisements? Parce qu'on est philosophe. On hait l'Eglise. On trouve une joie non pareille à attaquer la foi chrétienne qu'on déteste, et qu'on ne peut pas combattre honnêtement. On était entré dans la lutte avec des illusions et des espérances ; on croyait au nom de la science pouvoir faire bonne et prompte justice de ces doctrines et de ces saints dont on est fatigué ; quand on s'est un peu approché des questions,, on a bientôt reconnu que cela n'était pas aussi facile qu'on avait imaginé d'abord; il en eût peu coûté d'avouer une illusion de jeunesse; on avait ses raisons, à ce qu'il paraît, de persévérer dans sa haine : pour la satisfaire, on s'est trouvé tout heureux et tout aise de ramasser et de répéter une vieille calomnie inepte; on se donne ainsi le prétexte de citer Edward

Brown et ses Fasciculi ; on peut encore prétendre aux yeux du commun des lecteurs à une certaine tournure d'érudition; et en même temps l'àme du philosophe se procure la joie, joie ineffable ! de faire croire à quelques-uns de ses plus jeunes lecteurs, sollicités déjà de leurs passions, que l'archevêque de Cantorbéry, le primat d'Angleterre, le bienheureux Lanfranc, le maître de saint Anselme, l'ami et le représentant des Papes, s'est fait un jeu des textes sacrés proposés à la vénération des chrétiens. 0 nouvelle école historique !

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