‹ M. Augustin ThierryChapitre 38 sur 206 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

na complètement le système de l'hislorien, en y attachant des corollaires et des conclusions, dont, à toutes forces, il ne veut entendre parler. Il n'abandonne pas, néanmoins, les prémisses qu'il avait posées (1).

Ce qui dislingue M. Thierry, en effet, ce qui est le cachet de son originalité, ce que nous retrouvons dans chacun de ses ouvrages, c'est la persévérance dans la passion. Amené en 1817 à étudier l'histoire pour y trouver un aliment à ses préventions politiques, la consultant pour y chercher des armes et dos arguments, il aborda ses problèmes avec une idée préconçue. Gela n'est pas rare au temps de la jeunesse. Ce qui Test infiniment, c'est que l'expérience n'ait point fait changer ce parti pris : c'est que la folie et la passion du jeune homme de vingtcinq ans soient devenues la règle et la raison de l'homme mûr et du vieillard, que l'illusion ait persévéré au milieu des documents les plus contraires, qu'elle s'en soit nourrie, pour ainsi dire, qu'elle les ait traversés sans douter d'elle-même, sans fléchir un seul instant, et qu'il faille aujourd'hui aller chercher la clé du système où s'enferme l'érudit, dans les théories politiques du journaliste d'avant 1820.

On sait quelle était l'effervescence des discussions politiques de cette époque. On a pu depuis les dépasser en personnalités et en violences ; on ne les a pas

(1) Du Tiers-Èiat.

surpassées en ardeur ni en entraînement. La jeunesse est toujours la même ; les révolutions sont toujours identiques; l'orgueil de toutes les générations est impatient du frein. Les mêmes arguments sont mis au service du même intérêt qui, sous des noms divers et avec des masques plus ou moins bien composés, est toujours l'intérêt de l'orgueil révolté contre la discipline. En 1818^ comme en 1848, on échangeait passionnément les noms de vainqueurs et de vaincus. On en formait des titres de gloire ou des sujets de récrimination. Les jeunes libéraux, en leur qualité de roturiers, s'enorgueillissaient de descendre des anciens Gaulois, d'appartenir à la race vaincue et de venir la venger après quinze siècles d'oppression. M. Proudhon a eu la même prétention. Au nom du prolétariat soulevé contre la bourgeoisie, il se dit issu du vrai sang celtique; et il réclame pour ses montagnes, en se trompant un peu, il est vrai, l'honneur d'avoir vu naître Vercingétorix (1), dont la révolution de 1848 et la banque du peuple (2) ont repris l'œuvre violemment interrompue sous les murs d'Alise par les légions de Jules-César. Nos révolutionnaires d'aujourd'hui se targuent donc d'une antiquité plus reculée encore que ceux du temps de la Restauration. M. Thierry se

(1) Proudhou était Franc-Comtois, et Vercingétorix Auvergnat.

(2) Société de crédit, dont le but était de suppléer et d'abolir rinlérêt du capital.

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