‹ M. Augustin ThierryChapitre 41 sur 206 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

prétexte, été cause de l'abolition de l'hérédité et ensuite de la suppression de ce qu'on était convenu d'appeler la Chambre haute. Louis XVIII qui, selon l'énergique expression de M. de Maistre, ne restaura pas le trône de saint Louis, mais monta sur celui de Bonaparte, Louis XVIII,, comme il arrive toujours, en faisant des concessions au mauvais esprit du jour, lui fournissait des armes. Toutes les mains à l'envi les unes des autres se présentèrent pour les saisir. M. Guizot lui-même allait chercher dans cette phraséologie politico-historique des arguments à son opposition. Il les mettait en relief avec toute l'énergie de son éloquence : « Francs et Gaulois, seigneurs « et paysans, nobles et roturiers, tous bien long- « temps avant la Révolution s'appelaient également « Français, avaient également la France pour patrie, u Mais le temps qui féconde toutes choses, ne dé- K truit rien de ce qui est ; il faut que les germes, une K fois déposés dans son sein, portent tôt ou tard « leurs fruits. Treize siècles se sont employés parmi « nous à fondre dans une même nation la race con- « quérante et la race conquise, les vainqueurs et les c( vaincus. La division primitive a traversé leur cours et résisté à leur action. La lutte a continué dans tous les âges, sous toutes les formes, avec toutes « les armes; et lorsqu'en 1789 les députés de la n France entière ont été réunis dans une seule as- (( semblée, les deux peuples se sont hâtés de repren-

« dre leur vieille querelle (1). » Il disait encore : «( C'est une chose déplorable que la guerre entre « deux peuples qui portent le même nom, parlent « la même langue, ont vécu treize siècles sur le « même sol (2). » Au lieu de qualifier un tel fait de déplorable, on eût pu le traiter d'impossible et de fantastique. La raison le contredit aussi fortement que le récit de nos annales elles-mêmes. Mais au milieu de l'effervescence du combat, personne n'est en état d'écouter froidement le langage de la raison M non plus que celui de l'histoire. La conquête! la conquête! c'était l'explication de toutes choses, le mot de ralliement de chacune des troupes des combattants, leur cri de bataille à tous; et quand on a étudié le jeu des intelligences de celte époque, on a peine à concevoir comment M. Thierry peut, comme il le fait, s'attribuer l'honneur d'avoir le premier posé ce problème et d'avoir dirigé sur ce point l'opinion publique (3). Si petite que soit une pareille gloire et si grand que soit l'aveuglement des hommes sur eux-m.êmes, on ne peut se rendre compte de cette illusion.

Bien avant la révolution de 89, et dès les premières années du xviii* siècle, les théories de Boulainvilliers et celles de l'abbé Dubos tournaient au-

(1) M. Guizot. Du Gouvernement de la France, i820.

(2) Id. Ibid.

(3) Dix ans d'études historiques. Préface.

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