‹ M. Augustin ThierryChapitre 44 sur 206 · LIVRE I. — CHAPITRE If. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE If. 2o

nions préconçues. Nous avons signalé sa complaisance à s'ériger en novateur, et le secret chalouillelenient que son cœur ressent à ce titre. Le contrecoup est que l'historien a la faiblesse de ne pas croire aux travaux ni à l'érudition de ses devanciers. On comprend ce sentiment aux premiers jours où M. Thierry aborda les questions historiques. Il y était peu préparé ; les documents originaux lui signalèrent tout à coup des questions qu'il n'avait pas même soupçonnées; des problèmes complexes et pleins d'intérêt se montrèrent à ses yeux. Saint Grégoire de Tours, dans des récils dont plus d'art altérerait peut-être la vérité, l'introduisait dans un monde étrange, bigarré et flottant, dont il n'avait eu jusqu'alors aucune idée : l'incohérence de la vie barbare, l'univers entier en fusion, pour ainsi dire, montrés à nu dans des détails saisissants et pittoresques, parlaient à son imagination autrement que la stérile simplicité des premiers enseignements. Il y eut là pour M. Thierry comme une illumination, comme une révélation. Ainsi qu'il arrive souvent aux natures jeunes, impérieuses et ardentes, son admiration se tourna en invectives. Se laissant aller à la fougue de son enthousiasme, au lieu de s'en prendre à lui-même de l'ignorance où il était resté jusqu'alors, au lieu de s'accuser tout seul de n'avoir pas dirigé ses études sur des matières aussi graves et aussi séduisantes, il s'en prit aux historiens qui

l'avaient précédé. Dans sa candeur, il en \int à se persuader que les problèmes qui attiraient et fascinaient son intelligence, avaient été découverts par lui, qu'il en était le premier inventeur, que personne avant lui ne s'était préoccupé de ces questions ardues et pleines d'intérêt. Il ne lui vint pas à la pensée que tous les documents qu'il compulsait, recueillis et publiés par les Bénédictins des xvu* et xviii* siècles, avaient été étudiés par eux, qu'ils en connaissaient le sens et l'interprétation. Passionné et ardent comme nous le connaissons, il prit possession du nouveau pays qu'il croyait avoir découvert avec l'orgueil d'un conquérant. C'était une joie, un trépignement, pour ainsi dire, et un saisissement de bonheur dont on se ferait difficilement une idée nette, et dont l'accent persévère encore et se retrouve dans les derniers ouvrages de M.Thierry. A l'en croire, l'histoire est une muse nouvelle, venue au monde seulement vers l'année 1820, à l'époque où le Courrier français publiait les premières Lettres sur Vhisloire de France^ celles-là mêmes que M. Thierry appelle encore le manifeste de la nouvelle école.

Nous n'examinerons pas cette fantaisie d'une nouvelle école ; nous ne pouvons que répéter combien il est étrange de voir un auteur s'arrêter à soutenir une prétention aussi gratuite. Elle était naturelle et excusable en 1820; il est difficile aujourd'hui de lui trouver même un prétexte. Nous ne nions pas les tra-

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