‹ M. Augustin ThierryChapitre 45 sur 206 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

vaux historiques contemporains; nous croyons seulement que ceux qui ont véritablement . fait avancer la science ne se sont pas aventurés dans des voies nouvelles ; ils se sont appliqués à suivre les traces et à marcher sur les pas de leurs devanciers. M. Thierry n'a pas fait autre chose. Les théories de Mably, de Dubos et de Boulainvilliers sont souvent plus décevantes que solides ; néanmoins elles avaient donné bien des interprétations dont la science contemporaine ne s'est pas éloignée; Montesquieu, malgré son esprit systématique, avait aussi éclairé quelques-unes des questions de nos origines avec une lucidité et une force auxquelles la critique de nos jours n'a rien à ajouter. Bien d'autres, que nous ne pouvons nommer ici, avaient remué ce terrain, et la récolte que les contemporains y ont pu recueillir ne leur appartient pas à eux seuls. Les Bénédictins ont visé à des services plus certains ; ils n'ont pas cherché à se jouer, au milieu de théories plus ou moins ingénieuses ; mais en poursuivant un but plus sérieux, en s'appliquant à réunir lès-documents authentiques de notre histoire, ils ont élucidé dans leurs notes et leurs préfaces beaucoup de problèmes de nos annales avec une fermeté de critique et une conscience d'érudition que nos contemporains n'ont pas su dépasser. On doit citer comme des modèles achevés en ce genre les belles préfaces que Mabillon mettait en tète des Acta sanctorum ordinis S. Bene-

dicti. Les Jésuites faisaient comme les Bénédictins, et les préfaces des Bollandistes doivent être nommées à côté de celles de Mabilion. En 1820, lorsque M. Thierry s'en allait, selon ses propres paroles, planter le drapeau de la réforme historique (1), — ce qui était, il est vrai, une chose à quoi Mabilion n'eût jamais pensé, — le jeune publiciste libéral pouvait bien ignorer la valeur de ces travaux^ et au milieu de l'espèce d'éblouissement, que les documents originaux avaient produit sur son esprit, on comprend que, de bonne foi, il se soit persuadé qu'il allait dire des choses nouvelles et que personne n'avait encore entrevues. Mais au déclin de sa carrière, après avoir eu le loisir d'étudier les livres de ses prédécesseurs, et après en avoir tiré son profit, qu'il s'imagine toujours avoir acquis une pareille gloire et qu'il y vise encore, cela paraît, nous le répétons, une prétention inexplicable. En refusant aux historiens contemporains le titre de novateurs que M. Thierry réclame en leur nom, on ne tend pas à rabaisser leur gloire ni à nier leurs travaux. Leur jnanque de Foi est certainement une cause d'infériorité ; tout en ne professant qu'une estime fort restreinte pour les anciens narrateurs de nos annales complètes, on est en droit de demander de combien leur gloire est dépassée par celle des contemporains. Nous voulons bien croire à la sin-

(1) Dix ans d'études hist. Prcf.

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