LIVRE I. — CHAPITRE II
formules et les agréments littéraires accessibles au grand nombre. Elle a produit des travaux qui, grâce à leur ordonnance et à l'art de bien dire avec lequel ils sont composés, pourront durer encore après le premier engouement de la mode. Elle a prétendu ne pas faire appel au mobile qui avait été à peu près Tunique cause du retentissement et du succès des diverses théories dont nous avons parlé; tout en conservant des prévisions et des préférences politiques, elle a prétendu et peut-être a cru étayer ses systèmes sur un respect sérieux et un souci approfondi de la vérité. Elle a mêlé à des axiomes plus ou moins décevants d'intéressantes et claires analyses des documents anciens. De tels mérites ne sont pas ceux d'une école; ils sont restés aujourd'hui comme autrefois le privilège exclusif de certaines mains plus habiles et ne sont transmis à aucun disciple. Aussi n'a-t~on pas à citer beaucoup de noms, et quand M. Thierry veut dresser le bilan de la nouvelle école et trouver un exemple, il n'a que M. Guizot à nommer (1).
Mais M. Guizot repousse tout à fait le titre de novateur. Bien différent de M. Thierry, il ne s'est pas produit dans le monde savant avec des allures de conquérant et de triomphateur. Il n'a jamais cru avoir le premier trouvé l'histoire et sa véritable in-
(1) Récits^des temps mér., lom, I^ p. 240.
terprétalion. Il n'a nullement affiché de mépris pour ses devanciers. Il a pris l'histoire et la science au point où les générations qui l'ont précédé, les jj avaient laissées ; il s'est appliqué à continuer ou à ■ redresser les sillons que d'autres avaient tracés avant lui. C'est son mérite personnel d'avoir rendu accessibles au grand nombre des questions jusqu'alors réservées aux savants, et sur lesquelles la passion du moment seule pouvait attirer quelques instants les regards et l'attention de la foule. C'est la force et la vigueur de son esprit qui lui donnent cette puissance, et non pas l'inspiration des manifestes et des colères des adeptes de la nouvelle école. Les Essais histo- . riques, ce petit volume si substantiel et si fort, qui | contient et résume à peu près tout ce que les six volumes du Cours d' histoire moderne ont développé plus tard, ce petit volume a été publié modestement pour servir de complément aux Observations sur V Histoire de Fra?ice de l'abbé de Mably. Nous ne comparerons pas le travail de M. Guizot à celui de l'abbé philosophe et républicain du xviu* siècle. Il ne faut pas nier que de pareils compléments ne soient tout à fait funestes aux ouvrages auxquels ils s'adjoignent ; mais un pareil début n'offre rien qui permette à la nouvelle école d'en revendiquer la gloire : et il n'en va pas, depuis l'année 1820, autrement que du temps passé. Le renom des travaux de science reste dans un cercle restreint.