LIVRE I. — CHAPITRE II
Les patientes études des contemporains prendront rang dans les recueils scientifiques et sur les rayons des bibliothèques. L'estime des gens compétents assignera à chacun sa place : la foule continuera à s'inquiéter peu des matières qu'ils élucident, les noms les plus recommandables parviendront à peine à ses oreilles ; si elle les entend nommer, elle ne songera pas à s'enquérir par elle-même de leur valeur. Malgré tout le bruit des jeunes gens de 1820, le monde n'a pas changé d'axe, et les choses n'en sont pas au pire. C'est toujours le privilège exclusif €t personnel des rares esprits de savoir intéresser la foule à des matières délicates et ardues. Nous ne nions pas que M. Thierry n'ait été doué de quel- . ip.ies-unes des brillantes qualités de ces esprits singuliers ; il a, plus que tout autre, ajouté à une curiosité et à un tact littéraires fort remarquables, un souci apparent de la vérité jusque dans les plus petits détails. Il s'est trompé quand il a cru avec cela constituer une école ; nous allons voir comment ses préjugés ont souvent rendu infructueuses ses recherches de la vérité, et comment même la passion l'a souvent entraîné à la nier ou à la déguiser.