‹ M. Augustin ThierryChapitre 59 sur 206 · LIVRE 1. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE

noncer à un récit qui témoigne d'une grossièreté de mœurs assez pittoresque ; il en use d'ailleurs avec Aimoin comme avec saint Grégoire de Tours : il orne, il embellit et arrange les choses ; il adoucit, autant que possible, les inepties qu'Adrien de Valois a relevées. 11 réforme la date que les historiens dont nous parlons, aA'aient donnée à l'événement qu'ils racontent ; ils l'avaient placé après la mort de Galsuinthe, à laquelle ils faisaient succéder la reine Audovère, et on sait qu'Audovère précéda Galsuinthe.

Aimoin et les Chroniques de saint Denis rapportent donc que la reine, en l'absence du roi, ordonna <( que « l'en queist une matrone qui leva l'enfant de fons, )> Frédégonde aurait répondu que « l'en ne povoit a trouver plus noble famé que la Reyne elle-même « pour telle chose faire. Einsi fut la reine déçue. » Les Gesta disent que lorsque le baptistère fut préparé et l'évêque disposé à procéder au baptême, la marraine qui devait baptiser l'enfant ne se trouva point là, et que Frédégonde donna alors à Audovère son perfide conseil. Adrien de Valois avait relevé les impossibilités de ces deux versions, et surtout précisé celle de la dernière. C'est celle-là néanmoins que M. Thierry adopte; elle est la plus dramatique. L'historien en soigne la mise en scène : « Le jour du « baptême venu, à l'heure indiquée pour lacérémoa nie, le baptistère était orné de tentures et de guir-

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« landes ; l'évêque, en habits pontificaux, était pré- « sent; mais la marraine, noble dame franke, n'ar- « rivait pas et on l'attendit en vain. La reine, surprise « de ce conlre-temps, ne savait que résoudre, quand « Frédégonde, qui se tenait, etc. »

Pour faire ressortir aussi tout le pittoresque d'un dialogue grossier de Chilpéric et de Frédégonde, et donner, par un mélange d'images gracieuses, une couleur poétique à leur langage, l'historien invente (( des jeunes filles allant à la rencontre du roi, porte tant des fleurs et chantant des vers à sa louange(l).» Cela donne un caratère patriarcal : il est fâcheux que cette imagination ne soit pas même appuyée sur les fables d'Aimoin, des Gesta ou des Chroniques de saint Denis.

Il y a cependant des circonstances où M. Thierry ne cherche pas à accentuer les expressions des anciens récits et s'évertue plutôt à les adoucir. C'est lorsqu'il est question d'un de ces faits, si fréquents dans les histoires de saint Grégoire, où la fermeté de la foi de l'évêque de Tours reconnaît clairement et franchement la main de Dieu. M. Thierry répugne à de pareilles propositions. Elles lui paraissent étranges : son rationalisme nie la possibilité de l'intervention divine dans la conduite des choses humaines, et il s'évertue à expliquer ces merveilles à

(i) Temps mérov., tom. l,p. 380, 381.

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