‹ M. Augustin ThierryChapitre 64 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la distinction des race;

La conquête ne fut pas seulement un fait que M. Thierry se prit à étudier et à décrire. Ce fut pour lui tout un système. L'invasion des barbares avait frappé son imagination : il voulut en faire découler toute l'histoire. Les diverses péripéties des annales des nations ne furent à ses yeux que les phases différentes d'un fait unique. Les progrès et les succès de la conquête ou de la réaction qu'elle suscitait, composèrent pour lui toute la matière de l'histoire. La race mérovingienne succombait, et la dynastie carlovingienne s'élevait sous l'inflaence d'un renouvellement de conquête, accomplie au viu'' siècle, par l'Austrasie ou la France germanique, dans les

royaumes gallo-romains deNeustrie et d'Aquitaine. La division, qui s'opéra au milieu des débris de l'empire de Charlemagne, était la réaction des peuples soumis violemment à la conquête, récupérant leurs libertés nationales et leurs frontières naturelles. Le mouvement communal du xii'' siècle était produit par les populations gallo-romaines, toujours esclaves jusqu'alors, et réclamant énergiquement leurs droits ; elles les réclamaient avec constance et profit depuis ce jour jusqu'en 1789, jusqu'en 1830, où selon * M. Thierry, elles obtinrent une juste récompense de leurs nobles et persévérants efforts (1).

L'étude des documents authentiques empêcha bien de soutenir dans le détail ces derniers corrollaires de la conquête : on ne les abandonna néanmoins jamais entièrement. L'unité et la facilité d'un pareil système étaient pour séduire un esprit jeune et absolu : et une fois qu'on eut inventé cette théorie, on ne se

(1j Les classes supérieures et inférieures qui aujourd'hui (1825) s'observent avec défiance ou luttent ensemble pour des systèmes d'idées ou de gouvernement, ne sont autres, dans plusieurs pays, que les peuples conquérants et les peuples asservis d'une époque antérieure. Ainsi l'épée de la conquête, en renouvelant la face de l'Europe et la distribution de ses habitants, a laissé sa vieille empreinte sur chaque nation créée par le mélange des races. La race des envahisseurs est restée une classe privilégiée dès qu'elle a cessé d'être une nation à part. Histoire de la conquête de l^ Angleterre, introduction : Quatrième édit., p. 9; édition corrigée, p. 6.

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