LIVRE II. — CHAPITRE
contenta pas de l'appliquer à l'histoire de France, on trouva autant de profit ày soumettre l'Angleterre. On crut pouvoir expliquer à l'aide des divers mouvements des races conquises et des races conquérantes, la chute des Stuarts et le triomphe de Cromwell (1). Si on se vit plus tard forcé d'abandonner ces conclusions extrêmes, on se crut toujours en droit d'en soutenir les principes. Le fragment qui contenait ces hardiesses de jeune homme (1818), est devenu la conclusion de V Histoire de la conquête d' Angleterre (2).
Il est bon de noter que cette conclusion était ainsi formulée, avant que l'auteur eût commencé à étudier les documents de son histoire. Ce n'était pas l'usage des anciens maîtres de procéder de la sorte ; et en ce point la nouvelle école a véritablement innové. Mais M. Thierry avait l'imagination frappée. La passion politique lui avait fait trouver son système : l'entêtement le lui fit soutenir. Toute sa vie, une vie laborieuse et dévouée, n'a été employée qu'à étayer à grand' peine de vaines théories; et les solides qualités d'un esprit naturellement vif, pénétrant et fort, se sont épuisées à ce travail stérile,
(1) Dix ans d'ét. kisL, 4, préf., p. 6.
(2) Revue des Deux-Mondes^ Art. de M. Magnin sur M. Thierry. Le morceau est reproduit à peu près intégralement dans l'édition corrigée avec certains ménagements de rédaction pour la royauté.
dont la science n'a tiré qu'un médiocre profit, et où la société a rencontré plus d'un danger. Les textes originaux, les documents contemporains, de l'étude desquels M. Thierry se targue si volontiers, n'ont été lus et consultés que pour fournir des arguments à un système préconçu. Il s'agissait de « rattacher (( fortement toute l'histoire au fait de la conquête. » C'est ainsi qu'on s'exprime. Nous avons constaté la liberté avec laquelle M. Thierry traite les textes, quand il s'agit de l'agrément de la narration et de l'agencement des scènes. Mais il faut reconnaître que, chez lui, le poëte et l'artiste cèdent le pas au fanatique et à l'homme de parti. La passion a de plus grandes exigences encore que le goût littéraire.
Quand il se met en verve contre Dubos, Montesquieu ne se contente pas de lui reprocher, comme nous avons dit, de mettre en principes une infinité de conjectures, pour en tirer comme conséquences d'autres conjectures ; de supposer éternellement ce qui est en question et de multiplier les probabilités à mesure qu'il manque de preuves; il l'accuse encore d'avoir à sa disposition une érudition sans fin placée à côté du système et non pas dans le système ; de sorte que l'esprit du lecteur, constamment distrait par les accessoires, ne s'occupe plus du principal : « tant de recherches ne permettent pas d'imaginer qu'on n'ait rien trouvé, la longueur du voyage fait