‹ M. Augustin ThierryChapitre 67 sur 206 · LIVRE II. -- CHAPITUE · texte numérisé non relu

LIVRE II. -- CHAPITUE

d'un berger (1). Ce ne fut pas la noblesse du sang barbare coulant dans leurs veines, ce fut simplement la passion du roi Caribert qui leur valut le titre de reines. Saint Grégoire marque bien la bassesse de leur extraction : la reine Ingoberge, jalouse de l'affection que le roi témoignait à Marcovèfe et à Méroflcde, sa sœur, voulut se venger en leur faisant sentir l'humiliation de leur naissance. Elle appela le roi à la fenêtre pour lui faire voir, disait-elle, quelque chose de curieux. Le roi s'approcha, et ne vit rien qu'un ouvrier en laines. C'était le père de Marcovèfe. Caribert ressenlh l'insulte, et, blessé dans sa passion, il répudia Ingoberge (2). Tandis que le roi Caribert en agissait ainsi à l'égard de sa femme et de sa servante, témoignant bien que le sang barbare ne suffisait pas à illustrer les .personnages et que l'éclat de l'origine et celui de la puissance ne s'y trouvaient pas nécessairement attachés, on trouve des Gallo- Romains considérés et illustres. Leurs enfants sont élevés dans le palais des rois, ils j prennent un grand crédit; ils ne brillent pas seulement dans les charges de l'Église, auxquelles leur ancien renom et leur antiquité dans la foi pouvaient les faire croire plus propres que les Barbares, ils occupent le gouvernement des villes et possèdent la dignité de comfces; les charges militaires leur sont confiées. Saint Va-

[\) S. Grég. Liv. IV, c. XX.

(2) S. Grég., ibid.

lentin, né dans le diocèse de Langres, était d'une famille noble : son père tirait son origine des Romains (1). Dans sa jeunesse, sous le règne du roi Théodebert (S34-547), fils du roi Thierry, moins d'un demi-siècle après la conversion de Clovis, Yalenlin, en raison delà noblesse de sa famille, commandait la garde du palais du roi (2). Le même roi Théodebort avait auprès de lui un jeune homme dont saint Grégoire de Tours a raconté l'histoire. Saint Yrieix {S. Arridius), né à Limoges d'une noble famille, avait été confié au roi pour être élevé dans le palais (3). Il trouva grâce devant Théodebert, devint chancelier, fut admis à l'intimité du roi et parvint à la plus haute considération dans cette cour. Les deux grands généraux du vi' siècle, Mummol et Didier, étaient aussi Gaulois.

La garde de la personne royale, l'intimité des rois, les charges des églises, les fonctions publiques, les commandements miUlaires, étaient donc, selon les circonstances, indifféremment dévolus aux Gallo-Romains et aux Francs. On en pourrait multiplier les exemples.

(1) « Parenlibus nobilibus, ex palerni generis sanguine originem a Romanis. » Bollaod. IV julii.

(2). « Palaiiiiammililiamprodigailateparentum administravii. » Id., ibid.

(3) «Uteum instrueret erudilionepalalinâ. » S. Greg. Vit. S. Arridii. Faut-il voir là une école du palais ou simplement un enseignement politique ?

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