‹ M. Augustin ThierryChapitre 69 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

confusion régna dès les premiers jours de la conquête, et combien les formes et les racines des noms propres sont une vaine distinction. M. Thierry n'ignore pas cette confusion, il la constate lui-même. « Mais, dit-il, ce sont là de rares exceptions qui ne « détruisent pas la règle. » Et il ajoute : « S'il n'est « pas permis de prendrepourFranks, jusqu'à preuve « du contraire, les personnages des temps mérovin- « giens qui portent des noms germaniques, et pour « Gaulois ceux qui portent des noms romains, il n'y « a plus d'histoire possible (1). » C'est-à-dire que l'assertion la plus grave, que l'historien contemporain-ait avancée, celle qui est la clé de voûte de son système, ne se juslifle pas par des témoignages historiques, par dijs preuves ou des documents : on l'établit en raison de sa nécessité. C'est un raisonnement mathématique qu'on formule : c'est une hypothèse, une pure hypothèse, dont on convient, et qu'on prend pour point de départ parce que les exigences de la démonstration la réclament. Nous ignorons si la vérité de l'histoire s'accommode de ces facilités de raisonnement en usage chez les géomètres ; mais l'ancienne école historique ne posait pas d'hypothèses, et elle n'avait pas à arguer de leur nécessité. Pour nous, nous demandons humblement la permission de tenir pour les anciens maîtres ; nous

(1) Récits des temps mérov., tora. II, p. 152.

ne croyons pas à la soudaine illumination historique du XIX* siècle : c'est justement parce que les Histoires de M. Thierry ne sont pas possibles sans cette hypothèse hardie, nous en convenons, mais purement gratuite, que nous repoussons ces Histoires. La nécessité de l'hypothèse ne nous paraît pas un bon raisonnement.

Un seul argument existe en faveur de la distinction imaginée par M. Thierry : c'est le texte des lois Salique et Ripuaire. Dans la composition pour réparation de l'homicide, elles évaluent le meurtre du Barbare au double de celui du Romain. Au premier abord, cette preuve semble décisive, surtout «si on l'isole du texte même de la loi. Combien de distinctions légales cependant qui n'ont de retentissement ni dans la politique ni dans l'histoire? Et lorsqu'on voit une différence nettement formulée dans les lois n'avoir aucun effet dans la pratique des choses, ne peut-on pas conclure que le texte de la loi est une lettre morte et qu'il exprime un sentiment plutôt qu'une réalité ? Les quatre premiers rédacteurs de la loi salique, Wisogast, Arogast, Salegast et Windogast (que ce soient là leurs noms ou les désignations de leur dignité) pouvaient chercher a exalter ainsi l'orgueil de leurs races; les rédacteurs chrétiens, que Clovis, Childebert et Dagobert chargèrent plus tard de revoir ces mêmes lois et de les réformer selon les prescriptions de l'Eglise, pouvaient partager

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