‹ M. Augustin ThierryChapitre 71 sur 206 · LIVRE n. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE n. — CHAPITRE I

destinées à la défense de l'Empire, et l'usage de concéder des terres aux milices, contribuaient à introduire les hordes envahissantes au milieu de la domination romaine. Elles y entrèrent encore à titre de confédérées, lorsque, chassées de leurs pays, elles demandaient asile les armes à la main. Elles reconnurent alors la majesté romaine et s'engagèrent ù servir dans les armées de la République. Elles reçurent pour prix de cette reconnaissance des terres incultes et formèrent des colonies militaires qui, en se multipliant, devinrent une cause de ruine pour l'Empire. Ces concessions, que la politique aurait dû interdire, étaient d'autant plus facilement accordées que l'usage ancien en couvrait la honte et dissimulait la faiblesse qu'elles révélaient. La condition du service militaire faisait dire que la sagesse et la puissance de l'empereur avaient converti en soldats fidèles ses plus dangereux ennemis. On sait ce que valut cette fidélité. Elle était néanmoins accompagnée d'un certain respect pour la majesté impériale. Tout en détruisant l'Empire les Barbares étaient fiers d'y être incorporés. C'était une vérité et une flatterie tout à la fois que l'empereur Valentinien adressait au puissant roi des Goths, Théodoric, lorsqu'il lui écrivait lors de l'invasion des Huns : Secourez l'Empire dont vous êtes membre.

Les Francs se regardaient aussi comme membres de l'Empire; si on en croit un historien du vi* siècle,

Clovis ne se serait pas cru maître du royaume des Yisigoths si l'empereur ne lui eût confirmé la possession de cette conquête (1 ). Entrés violemment sous la domination romaine, les Francs admis à y vivre pacifiquement par une concession de l'empereur -:; Maxime, s'étaient mêlés aux armées de la République ; comme tous les Barbares, ils avaient souvent vu leurs compatriotes, devenus tout-puissants à la cour impériale, chargés de les châtier et de les ramener à une discipline plus exacte, lis avaient toujours poursuivi l'agrandissement du territoire qui leur avait été concédé sur les rives du Rhin et de l'Escaut, et ils avaient selon les occasions tour à tour fait la guerre ou formé des alliances avec l'Empire. Aussi, si les Francs de Clovis étaient véritablement des barbares, (et les meurtres commis parlesroismérovingiens, leurs trahisons continuelles, le débordement de leurs mœurs, leur avidité pour les trésors sont des preuves incontestables), il faut reconnaître cependant que ces barbares n'étaient pas étrangers à toute civilisation romaine. Plusieurs d'entre eux avaient occupé des postes éminents dans les armées ou à la cour des empereurs. Un roi franc, au dire d'Ammien Marcellin, Merobaude, était comte des do-

(1) « Quod ne fieret adeo non impedire Romani potuerunt...nec vero Franci Galliarum possessionem sibi certam ac stabilem fore putabant, nisi illam imperalor suis litleris ' eomprobavisset. » Procop., de Bello Gallico. Lib. III,

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