‹ M. Augustin ThierryChapitre 72 sur 206 · LIVRE ir. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE ir. — CHAPITRE I

mestiques et fut deux fois consul (377-383) (1). Arbogast, qui disposa à son gré de TEmpire, était Franc ; M. de Péiigny suppose qu'il était parent de Marcomir et de Sunnon 2) : il appartenait du moins à la même tribu ; cette tribu salienne que commanda Clovis, dont Clodion agrandit la puissance et dont Childéric conduisit les armes dans toute la Gaule, encore directementsoumise à la domination romaine. Ce père du fort roi Clodovee^ comme rappellent les anciennes chroniques, avait été, après la mort du comte Paul, revêtu par les empereurs, de la dignité de maître de la milice ; il avait sous ce titre Suprême commandé aux forces de l'Empire, s'était battu sous les murs d'Orléans, s'était emparé d'Angers, et avait résidé à Paris. Des relations aussi multipliées avec les débris delà civilisation romaine avaient dû adoucir quelque chose des mœurs germaniques; et au VI* siècle, Agathias (550) trouvait les Francs bien différents des autres Barbares. Ils ne sont pas nomades comme les autres, disait-il, ils usent de la politesse romaine. Pour une nation barbare, ils semblent tout à fait civils et policés : véritablement ils ne différent de nous en rien que par le langage et l'habit (3). On peut croire que les guerriers de

(1) « Mellobaudem comiiem domesticorum regemque Francorum. » Amm. Marc. Lib. XXXI.

(2) Etudes sur les inslitulions méroving., lom. I, p. 152.

(3) Agathiœ historia, liber I, p. d3.

Clovis (481-5H) possédaient quelque chose de cette politesse, à laquelle riiistorien bysanlin rend ainsi justice; du moins il est difficile de supposer que ce peuple eut pu dépouiller en si peu de temps l'air hideux et farouche sous lequel M. Thierry se complaît à peindre les compagnons de Clovis (l). Cequ'ilyade curieux, c'est que M. Thierry emprunte précisément les traits de son tableau à l'historien grec, qui rend aux Francs le témoignage que nous venons de citer. Il faut expliquer cette contradiction.

Agathias, ainsi que Procope, décrit les armées qui durant le vi* siècle envahirent l'Italie (o39-.^53). Les populations de la Thuringe étaient alors soumises à la domination des Francs. Dès le temps des fils de Clovis, la férocité de ces populations et leur entier oubli du droit des gens faisaient horreur aux leudes du roi Thierry. Ce roi, pour exciter l'indignation de ses compagnons, leur rappelait les atrocités naguère commises par les Thuringiens : « Ils ont tué les « otages, ils sont entrés dans notre pays et l'ont « dévasté. Ils ont suspendu les enfants aux branches « des arbres par le nerf de la cuisse ; ils ont massa- « cré plus de deux cents jeunes filles : ils les liaient {( par les bras au cou de leurs chevaux et, poussant « ceux-ci de divers côtés à coups d'aiguillons, ils « ont mis ces malheureuses en morceaux. Ils en ont

(1) Lett. sur Vhist. de France, p. 90 et suiv.

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