LIVRE II. — CHAPITRE I
« étendu d'autres dans les ornières des chemins, les « y ont fixées avec des pieux et ont fait passer leurs « chariots par-dessus, laissant ensuite ces corps tout a broyés en pâture aux oiseaux et aux chiens. Le * bon droit est pour nous, ajoutait Thierry, mar- « chons contre eux avec l'aide de Dieu ! » Indignés de pareils forfaits, dit l'historien, les Francs marchèrent en Thuringe (1). »
Ces populations sauvages, soumises désormais aux rois d'Austrasie, ne seraient-elles pas celles qu'Agathias trouva quinze ans plus tard (553) dans l'armée que commandait Buccelin? Buccelin était duc des Allemands : il était tributaire de Théodebald, roi d'Austrasie; mais on doute si l'invasion, qu'il dirigea en Italie, fut ordonnée par ce roi. L'armée était composée des populations transrhénanes; elles étaient attirées uniquement par le désir du pillage, marchant sans casque, sans cuirasse, les jambes et la poitrine entièrement nues (2).
Procope qui avait vu (539) l'armée de Théodebert, père de Théodebald et fils de Thierry, la décrit, dans des termes à peu près analogues : il y apparaît un peu plus de régularité quedansles bandes de Buccehn. Les compagnonsdu roi seuls montaient des chevaux et portaient des lances. Les autres allaient
(0 S. Grég., lib. III, c. vu.
(2) Hist. de Fr. ,\om. II, p. 65.
à pied sans autres armes que leurs boucliers, leurs épées et leurs haches. Ils n'avaient, non plus que les soldais de Baccelin, ni flèches, ni arcs, ni aucunes armes de trait (1). C'étaient là cependant des instruments de guerre en usage depuis longtemps chez les Francs.
Dans les extraits qu'il a conservés de Sulpice Alexandre, saint Grégoire de Tours nous enseigne que quand l'armée de Quintinus se fut imprudemment engagée au milieu des forêts et des marais du pays des Francs, ceux-ci l'accablèrent et la détruisirent entièrement à coups de flèches (2). Je relève ces différences entre l'armure des soldats de Théodebert et de Buccelin et celle des hommes de Marcomir et de Sunnon, sans y vouloir attacher une grande importance ; je ne prétends pas non plus que dans l'armée de Théodebert il n'y ait pas eu d'autres Francs que ces compagnons du Roi portant des lances : les historiens ne nous disent rien de l'origine de ces troupes; toutefois, il ne sera peut-être pas inutile de remarquer que la lance était en usage parmi les Francs dès le temps de Clovis (3).
(<) « Non arcu non hasla armaii, sed ensem clypeumque gestabant singuli ac securim unam. » Procope. Hist. de Fr., lom. II, p. 37.
(2) S. Grég., lib. II, c. ix.
(3) « Neque tibi hasta, neque gladius, neque securis est utilis. » S. Greg., liv. II, c. xxvn.