‹ M. Augustin ThierryChapitre 74 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

Si ces populations, sans arcs et sans lances, marchant à la suite des rois d'Austrasie et de leurs tributaires, étaient en effet sorties de la Thuringe et des contrées transrhénanes, elles ne semblèrent pas plus terribles ni plus sauvages à l'Italie qu'aux Gaulois et aux Barbares des royaumes de Neustrie et de Bourgogne, lorsque, plus tard, elles y apparurent dans les armées de Sigebert.

Mais pourquoi M. Thierry tient-il absolument à reconnaître dans ces bandes sans arcs et sans lances, que décrivent Agathias et Procope, les figures des compagnons de Clovis? Sans doute les Barbares offrent tous de grands traits de ressemblance : leurs allures sont partout les mêmes. Les cheveux, ramassés sur le sommet de la tête pour y former une sorte d'aigrette, et retomber par derrière en queue de cheval, ont été en usage chez les sauvages de toutes les parties du monde: Sidoine Apollinaire, pour décrire l(,s Francs de Clodion (428), se sert des expressiontj que Diodore de Sicile employait pour peindre les Gaulois de son temps. Les cheveux roux et les corps blancs se retrouvent chez les ancêtres du dernier représentant de la poésie latine, tout aussi bien que chez ceux, que, dans son emphase poétique et romaine, il appelait des monstres. Cette ressemblance se fait sentir dans des choses qui sembleraient n'appartenir qu'à des modes passagères; comme les Francs, les Gaulois rasaient leur visage, à

l'exception de deux longues moustaches descendant bien au-dessous des lèvres. Il y a entre les deux peuples des analogies de caractère plus importantes : elles serviraient peut-être à expliquer et à motiver la sympathie qui accueillit les Francs dans les Gaules, et la facilité avec laquelle s'accomplit le mélange des deux races ; mais nous n'avons pas à donner les raisons de ce dernier fait, il ne nous appartient que de le constater.

Sans déterminer ici le point de barbarie où étaient les compagnons de Clovis, il est difficile de supposer que des armées semblables à celles deBuccelin aient pu, dans les Gaules, résister à la tactique des Romains et à la puissance des Goths.

Les ressemblances de caractère et de mœurs que les Gaulois pouvaient avoir avec les Francs, ne suffiraient pas à expliquer les sympathies que les Gallo-Romains éprouvaient pour les monstres que M. Thierry s'évertue à décrire. La conformité de religion ne peut être invoquée, car le fait se manifeste avant la conversion des Francs, et du temps du roi Childéric (1). Rien, en outre, dans les historiens, ne témoigne des épouvantables ravages qu'auraient dû commettre les hommes que M. Thierry dépeint. Il ne faut pas dire que cet établissement des Francs fut sans violence, et que les Gallo-Romains n'y trou-

[k] S. G., liv. II, c. XXIII.

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