LIVRE H. — CHAPiriŒ II
premiers siècles de l'établissement des Francs dans les Gaules ne laissaient pas supposer.
Nous ne nous arrêterons pas à lutter de définition ; quand on parle de royauté, nous croyons que tout le monde comprend : il s'agit d'un pouvoir supérieur aux autres, et résidant entre les mains d'un seul homme. Il n'est pas nécessaire de rechercher si l'obéissance, qu'on lui rend, est plus ou moins libre et entière ; l'État gouverné par un roi est toujours une monarchie. Sans prétendre que la monarchie de Louis XIV fut régie et gouvernée de la même manière que celle de Clovis et de Charlemagne, on peut affirmer, malgré toutes les prétentions de M.Thierry, que, depuis leur conversion au christianisme, le gouvernement des Francs fut toujours monarchique. L'autorité de saint Grégoire permet même de re-" monter au delà. L'historien moderne pourra chercher à son gré l'établissement de ce qu'il appelle la monarchie française en avant ou en arrière de la féodalité. Il distinguera aussi longtemps qu'il voudra tes monarchies franques, qui sent, à son dire, antérieures à l'établissement de la monarchie française. Cette classification, comme il en convient lui-même, sera toujours arbitraire : celle que les anciens avaient adoptée était plus logique et mieux précisée. L'établissement de la monarchie française, dont on ne donne pas la date d'ailleurs, ne peut former une distinction aussi nette que celle des diverses races
et des diverses familles qui ont occupé le trône. S'il n'y avait ici en jeu qu'une manière de présenter l'enseignement aux jeunes esprits et de le grouper de façon à l'imprimer plus facilement dans leur mémoire, nous n'aurions pas à nous arrêter sur ce sujet. Une discussion pédagogique n'est pas dans notre dessein ; mais sous le prétexte de formuler la manière de présenter l'enseignement de l'histoire, M. Thierry en altère le corps : il est bien vrai qu'il conteste cinq siècles à l'action civiliatrice de la puissance royale en France. Avec ses préjugés de 1820 et toutes les aveugles antipathies hbérales de cette époque, il ne pouvait en effet consentir à reconnaître l'influence féconde et puissante de la royauté : il a trouvé tout simple de la supprimer. Elle n'apparaît dans ses récits que comme un instrument de guerre placé dans les Gaules, au milieu des populations indifférentes à son sort. Isolée par une origine étrangère, par des mœurs bizarres, elle est sans relations avec les Gallo-Romains; ceux-ci le plus souvent ignorent le nom du Mérovingien ou du Carlovingien qui les gouverne ; ils ne connaissent son autorité que par les désastres où elle les entraîne et les ravages qu'elle occasionne sur leur territoire. Cette puissance s'ignore elle-même ; tout en étant jalouse d'augmenter ses possessions, elle n'en sait point démêler l'importance ; elle ne connaît pas la valeur relative des villes et des cités qu'elle ambi-