‹ M. Augustin ThierryChapitre 88 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITUE H · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITUE H

lionne. Elle n'est que nominative, elle n'a pas d'influence en dehors du cercle étroit, où habite son représentant. H a à peine lui-même un caractère politique, il n'administre pas, il ne gouverne pas; il possède de grands territoires, il y vit en simple propriétaire, chassant, s'enivrant et donnant des festins; ne sortant de cette vie inutile que pour faire la guerre et ravager les contrées.

Surtout, M. Thierry s'applique à effacer le caractère religieux que l'Eglise s'est partout complu à conférer à la royauté, et qui dans notre pays avait exercé une si grande influence sur le cœur et l'esprit des peuples. Ces solennelles et particulières bénédictions, que l'autorité spirituelle lirait de ses inépuisables richesses pour les répandre sur l'expression la plus élevée de l'autorité temporelle, conféraient à cette dernière une sorte de caractère sacré et indélébile, contre lequel s'élevait précisément l'opposition de 1820. Dans la royauté d'alors, ce n'était pas la personne ni la famille royale qu'elle J

poursuivait; ce n'était pas l'autorité qu'elle voulait abattre, ni l'esprit du gouvernement qu'elle trouvait antipathique ; c'était l'Eglise uniquement qu'elle détestait, c'était l'intervention divine qu'elle voulait éloigner des choses de ce monde: elle crut avoir complètement réussi en 1830; 1848 est pour lui prouver ce que le succès pouvait avoir de dangereux.

M. Thierry partageait trop les préjugés de ses

amis du Censeur et du Courrier d'alors, pour ne pas faire servir l'histoire du passé à soutenir les convictions et les haines du présent; il combat de tous ses efforts la notion ancienne et pulriotique de la royauté, il nie le prestige que les bénédictions attachent à la couronne. Prétendant expliquer toutes choses sans l'intervention divine, et se refusant à admettre les changements que la pratique du christianisme avait pu opérer dans les mœurs et les opinions des peuples, il a voulu préciser le sens rigoureux que les Francs donnaient au mot roi (1). Trouvant dans les langues tudesques cette dénomination appliquée à tout personnage établi en dignité, aussi bien au chef de dix hommes qu'au chef d'une armée et d'un Etat, il en conclut hardiment que le pouvoir de tous était de même nature, et que pour être plus étendu, celui que nous appelons royal, n'était pas d'une essence plus parfaite ou plus respectée que celui du décurion. Il en conclut encore que la pensée de l'hérédité n'y était point attachée. Ce n'est qu'après le triomphe de la féodalité, lorsque tous les possesseurs de fiefs sont devenus propriétaires, lorsque « l'ordre des choses modelait la condition de chaque homme sur celle de son domaine, que la royauté fut regardée comme un droit per- .sonnel (2). »

(1) Lelt. sur l'hist. de Fr. Lell. IX.

(2) Lelt. sur l'hist. de Fr. LcU. IX.

Page 1