LIVRE H. — CHAPITRE H
retiré en Angleterre et n'avait aucune force dans le royaume de ses ancêtres. Les grands se rassemblèrent sous la présidence du duc Hugues, fils du roi Robert: si on en croit un historien contemporain, au sein de l'assemblée, Hugues aurait déclaré que son père^ Robert, créé roi par une volonté unanime, n'avait cependant pu régner sans crime, tant qu'avait vécu celui à qui seul appartenait le droit de régner (t.
« Une lelie chose, ajoutait-il, ne pouvait être agréable à Dieu ; loin de moi donc la pensée d'être mis jamais en la place de mon père. Je ne pense pas davantage qu'on doive songer à élire un homme d'une autre famille, car on verrait se reproduire encore ce qu'on a vu au temps du roi Raoul : le mépris du roi, et par suite les dissentiments des grands. Rappelons plutôt la lignée interrompue de la race royale. L'ancienne gloire de cette famille sera sauvée, et ses nombreux partisans cesseront leurs plaintes. »
Quoi qu'il en soit de ce singulier discours, le fait constant est le rappel du roi Louis-d'Outremer, dû à l'intervention du duc de France.
Richer, dont le livre est si précieux, donne d'autres preuves de ce sentiment des peuples, reconnais-
(I) « Pater meus, vestra quondam omnium voluntate rex creaius, non sine magno regnavil facinore cum is cui soli jura regnandi debebantur vivcrel. » Rich., liv. II, c il.
sant le droit royal «dévolu par succession, placé dans une sphère à part et supérieur à tous les autres pouvoirs. » On était, il est vrai, à la veille de voir lea grands fiefs devenir tout à fait indépendants de la royauté et se transmettre par succession : néanmoins, en ce temps même où le droit de régner était héréditaire et où l'ordre de la succession au trône ne pouvait être transgressé sans crime, on peut re lever dans l'histoire de Richer plusieurs faits qui constatent que l'intervention du roi était encore nécessaire, pour conférer aux fils la jouissance des honneurs paternels. Les sympathies, que la famille des ducs de France éveillait parmi les grands, prenaient leur source non pas, comme on l'a dit, dans l'antipathie de race que les Français éprouvaient pour la famille de Charlemagne , mais dans la faiblesse avec laquelle les rois issus d'une autre famille, exerçaient la supériorité du droit royal : le mépris du roi et l'indiscipline des grands étaient la suite de ces usurpations au dire de Hugues l'abbé.
Dans une autre circonstance, ce sont les amis du duc, qui avouent le prestige dont est entourée la famille royale. Lothaire avait mécontenté le duc de France. Plus puissant que le roi par ses richesses et ses nombreux amis, Hugues irrité délibérait avec quelques-uns des siens sur ce qu'il convenait de faire et il proposait de commencer ouvertement la guerre.