‹ M. Augustin ThierryChapitre 91 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

— Il faut nécessiiirement, en ce cas, t'attendre à supporter de grands maux, lui répondirent ses familiers, des attaques, des embûches continuelles, des incendies et des pillages : le plus fâclieux sera la clameur de tout un peuple insensé, qui ne dira pas que nous nous défendons contre nos adversaires, mais qui nous accusera d'être téméraires et parjures, et de nous mettre en rébellion contre le roi. On enseignera en conséquence que sans péché et sans parjure, on peut quitter son seigneur et s'éle\er contre lui.

Hugues-Capel, lui-même, confessait ce droit d'hérédité ; il redoutaitFopiiiion populaire, si favorable à la famille de Charlemagne :

— Si Louis, fils de Lothaire, eût laissé des enfants, disait-il aux bourgeois de Reims, il eût été juste à sa mort de leur laisser son héritage. Mais comme il n'y avait point de successeur de la race royale, j'ai été choisi par vous, les autres grands et les plus puissants d'entre ceux qui portent les armes; et je règne (i). Ce droit que Hugues - Capei avouait donc qu'il eût fallu reconnaître aux enfants de Louis Y, il ne l'avouait pas, mais il le redoutait dans la personne de Charles de Lorraine, oncle du feu roi. Lorsque Charles se fut emparé de Laon, Hugues marcha contre lui ; mais malgré la

0) Rich. L. IV, c. XXVIII.

supériorité de son armée, il n'osa attaquer son compétiteur, parce que, dit l'historien, il avait conscience de son crime, et il s'accusait lui-même d'avoir agi contre la justice en dépouillant Charles du trône de ses pères (i). Les partisans du roi partageaient ses scrupules : ses troupes n'avaient pas confiance dans leurs forces; la majesté du droit royal violée les arrêtait, et défendait Charles contre leurs effets.

Il est donc évident que la royauté apparaissait aux yeux des hommes du x* siècle comme un pouvoir héréditaire dans la famille de Charlemagne, légitime et vénéré, pour lequel les populations des Gaules n'avaient rien de cette antipathie nationale que M. Thierry a voulu reconnaître.

On ne trouve pas sur la révolution, qui précipita les mérovingiens du trône, des documents aussi nombreux et aussi explicites que ceux que Richer a conservés sur l'élévation de Hugues-Capet. Tous les rois de la race de Charlemagne avaient été solennellement sacrés : celle bénédiction de l'Eglise avait dû leur attacher d'autant plus profondément le cœur et l'affection des peuples restés fidèles à cette famille au milieu des désastres qu'ils eurent à supporter pendant son règne.

On ignore si cette coutume du sacre des rois avait

(1) « Regem vero animus sui facinoris con^cius contra jus agere arguerei cum Karolum paierno honore spoliaverit. » Rich., lib. IV, c. xxxix.

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