LIVRE II.— CHAPITRE II
été en usage parmi les descendants de Clovis. Saint Grégoire dit que ce roi, baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, fut oint du saint chrême et du signe de la croix (1). La vie de saint Remy, qui rapporte le miracle de la sainte ampoule, répète à peu près les mômes paroles : on a voulu voir là l'indication d'un sacre ; elle ne semble pas précise. Saint Ives de Chartres dit que les rois Contran et Childebert furent sacrés par les évoques de leur royaume ; aucun document contemporain, parvenu à notre connaissance, ne confirme cette assertion ; et S. Grégoire, dans les diverses successions de rois qu'il mentionne, ne signale nulle part celte coutume d'une consécration religieuse. Nous n'avons pas à reconnaître si cette cérémonie eut lieu : l'esprit de l'Eglise suffisait d'ailleurs à relever le titre royal, et à attacher les peuples à la famille où il était héréditaire. Sous l'inspiration chrétienne, ce nom de roi, si méprisé des Romains et si vulgaire chez les Barbares, prit, quoi qu'en dise M. Thierry, "une signification magnifique et absolue. Saint Grégoire s'applique à discuter longuement les textes des anciens historiens, afin de reconnaître si les chefs des Francs ne portaient pas ce titre suprême (2) : le premier, qu'il reconnaisse en avoir été revêtu, est Chlodion. L'aventure si connue du vase de Soissons peut
(1) S. Greg. Lib. II, c. xxxr.
(2) Lib. Il, c. IX.
faire assez concevoir ce qu'étaient ces rois et leurs moyens de tenir dans l'obéissance les hommes qui leur étaient attachés. On trouve dans l'histoire mérovingienne quelques faits qui témoignent que les successeurs de Clovis durent avoir recours à des procédés analogues de dissimulation et d'exécution.
Sigebert avait envahi la Neustrie (574) : il fil la paix avec Chilpéric, son frère, mais il eut delà peine à apaiser son armée, alléchée par le désir du butin ; tous ses efforts ne purent empêcher ses hommes de ravager la contrée. Le roi dissimula d'abord son ressentiment, il usa même de douces paroles pour apaiser le tumulte; plus tard, rentré dans son royaume, il fit lapider les plus mutins. Ils appartenaient aux populations païennes d'outre- Rhin (1) : dans l'intérieur de la Gaule, l'autorité royale avait souvent des ménagements analogues à tenir.
On comprend que la valeur personnelle de l'homme, qui exerçait ce pouvoir, avait une grande importance auprès de populations agitées et facilement impressionnées.
Clovis qui, lors de l'aventure du vase deSoissons, dissimulait son ressentiment et attendait l'occasion de faire juijtice de l'insolence d'un de ses compagnons, Clovis, dans la guerre contre les Goths, se
(1) S. Greg. Lib. IV, c. L.