LIVRE III
« lures : Hœc est origo malorum (1). » Nous avons vu celle prétention du Conquérant appuyée de la pralique des anciens rois saxons. Elle était, en outre, favorisée parles moines de Saint- Augustin^ qui préféraient le joug du roi à la juridiction de l'archevêque (2). Mais si, en celle circonstance comme en plusieurs aulres, Lanfranc se crut obligé de céder en silence ; s'il espéra, grâce à son influence personnelle, pouvoir réserver tacitement les droits de l'Eglise et laisser à Guillaume toutes ses prétenlions, en en esquivant plus ou moins heureusement la reconnaissance, on sait comment après la mort du prélat l'Eglise reprit la parole sur ce point, et comment saint Anselme maintint énergiquement son indépendance et ses droits.
L'archevêque de Cantorbéry et les moines de Saint- Auguslin, selon Gervais de Cantorbéry, élevaient donc des griefs, non pas sur les intentions de Lanfranc, mais sur les résultats de quelques-uns de ses actes : les moines de l'Eglise du Christ, au contraire, au dire du même historien et d'après les paroles qu'il leur prête, gardaient à son souvenir une véné-
Guillaume ne pouvait être la cause de la faiblesse reprochée à Tarchevéquc, puisque le démêlé, dont il s'agit, D'aurait eu lieu qu'au temps du roi Roux, après la mort de Tabbé Scoilaad(1087).
(1 ) îmaginationeSy p. 1 327.
(2) Ihorui Chron., p. 1792.
ration profonde : c'était un homme de bonne mémoire ; c'était le père des lùoines ; il avait retrouvé et fait revivre les traditions de saint Augustin, il avait complété ses règlements. On disait que c'était lui qui avait fait le partage des revenus de l'église de Cantorbéry entre l'archevêque et les mpines du Christ. Il ne l'avait pas fait pour scinder l'ancienne unité, qui les reliait par un lien de charité et de douceur, comme la tète et les membres d'un même corps, mais seulement pour assurer à chacun la disposition et le libre emploi de ses revenus (!)•
On voit combien, à un siècle de distance, les actes par lesquels Lanfranc avait réglé les relations des moines des deux monastères et de l'archevêque de Cantorbéry, pouvaient être interprétés différemment.
Si M. Thierry avait tenu à connaître l'opinion de rhislorien qui rapporte ces divers jugements, au lieu de s'arrêter aux Imaginationes^ qu'on peut considérer comme un ouvrage de polémique, il eût dû consulter les Actes des archevêques de Cantorbéry; là en effet, Gervais parle en son nom, et il s'étend avec amour sur Téloge de Lanfranc. « 11 eût pu dire « avec le prophète : depuis mon enfance la com- (( passion a grandi avec moi. 11 était d'une gaîté ai* (( mable, toujours recueilli dans son humilité et a large dans ses aumônes. Il fut le réparateur de la