‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 186 sur 214 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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histoires les moindres traits, qui pouvaient signaler en Guillaume quelques qualités de condescendance ou de justice. L^historien voulait avilir le vainqueur des Saxons; on le connaît assez pour croire qu'il avait aussi le désir de rendre odieux l'allié de l'Eglise, et de faire paraître monstrueux les respects et la considération de Lanfranc pour le roi d'Angleterre.

Ce n'est pas chercher à pallier les toris et les cruautés de Guillaume de rappeler cette parole de la chronique saxonne : que Guillaume était le plus respectable de tous les Normands. Eadmer dit qu'il introduisit en Angleterre des coutumes nouvelles, qui semblent assez fâcheuses pour la disci^ pline et l'indépendance ecclésiastiques (1). Néanmoins il restitua certaines libertés, dont TEglise était privée depuis longtemps et dont Texercice contribua à assurer sa dignité et son indépendance. Avant la conquête, il n'y avait pas dans la Grande-Bretagne de tribunaux ecclésiastiques. Sur les dépositions des témoins, Tévéque citait les causes religieuses devant les tribuiiaux ordinaires : elles y étaient décidées, d'après la loi du pays, par les juges séculiers, au milieu desquels siégeait l'évêque en cette circonstance* Guillaume ne trouva pas bonne cette coutume; elle était d'ailleurs contraire aux canons. Il décida qu'au-

(1) Eadmer. Hist. nov., p. S9.

cun évêque ni archidiacre ne serait obligé désormais de tenir les plaids ecclésiastiques aux assemblées de justice : les causes qui intéressaient les âmes De devant pas être soumises aux décisions des laïques, elles furent réservées aux évéques. Selon les canons ils purent citer les parties à comparaître en leur présence dans un lieu qu'ils désignaient à cet effet (1). M. Thierry ne se méprend pas sur les résultats de cette mesure. Elle accrut la puissance des évéques (X d'une manière exorbitante, » dit-il ; et il y voit la cause de la force qu'ils trouvèrent plus tard pour lutter contre les rois normands. Toutefois il assure que Guillaume, en restituant ce droit de justice, agit sciemment, par politique et non par dévotion; car ce droit, conféré aux gens d'église, devait tourner au profit de la conquête et de Tautorité royale, puisque, dit rhistorien, tous les évéques lui étaient dévoués (2). N'est- il pas aussi raisonnable de penser que Guillaume rendit à TEglise cette liberté de se juger elle-même, parce qu'il était juste qu'il en fût ainsi? en soumettant ce la puissance royale à l'obliga* u tion de faire exécuter les arrêts rendus par la « puissance ecclésiastique (3) », le Conquérant témoignait qu'il partageait l'opinion de Constantin sur

(O Exacta Willelnii conquestoris. Joan. Selden in Eadm» Notae.

(2) //. de laconq. cTAngl. Tom. II, p. 281-178.

(3) //. (le la conq. d'Angl. T. II, p. 282.

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les obligations de Tautorité temporelle vis-à-vis la spirituelle.

Les hommes ont ainsi leurs contradictions ; les effacer peut être une opération de logique; ce n'est pas une œuvre d'histoire. Il faut accepter les choses telles qu'elles sont : il faut voir Guillaume-le*Conqnérant refusant aux évêques d'Angleterre la liberté de leurs relations avec Rome, et leur conférant « le pouvoir exorbitant» de se juger eux-mêmes et de contraindre l'autorité roytile à faire exécuter leui's jugements. 11 faut reconnaître, avec le chroniqueur saxon, qu'il ne s'arrêta pas devant la majesté épiscopale, qu'il mit des prélat^ en prison, qu'il en chassa de leurs sièges; mais il faut le voir en même temps respectueux pour Lanfranc et pour saint Anselme, réprimant et contenant à leur approche ses accès de fureur, se montrant enfin toujours doux et empressé auprès de ces hommes brillants des sciences divines et humaines (1).

Cette sensibilité et ce respect de Guillaume pour la vertu sont des traits de caractère, que M. Thierry se garde de mettre en relief.

Les philosophes ne connaissent rien du cœur de rhoinme ni du travail de Dieu à travers les passions. Ils ne conçoivent pas la foi subsistant au milieu de l'emportement des frénésies humaines; ils ne peu-

(0 Eadin. Hist, nov., p. 33.

vent pas comprendre ces retours d'une âme débordée, entraînée à chaque instant dans le mal, et cependant Odèle par la volonté au dessein de ne point se séparer de Dieu et d'observer sa loi. Aussi ne croientils pas aux hommages rendus à la sainteté par les pécheurs. Cela leur paraît illogique et peu rationnel. Les hommes, qui ont essayé de modérer leur vie selon la loi divine» s'expliquent mieux les choses. Les mouvements de leur cœur leur donnent des lumières que les philosophes n'ont pas; les passions peuvent être bruyantes et forcenées, pour ainsi dire, comme aux temps de barbarie, ou raffinées et contenues comme aux époques de civilisation, rfaisloire est néanmoins toujours la même. Cette histoire est celle des hommes aussi bien que des peuples. On en trouve les faits épars dans les livres. La pratique des préceptes clirétiens en donne seule l'explication et en fait voir l'ensemble.

Lorsque le bienheureux Herluin, dont nous pariions tout àTheure, sans conseil et sans guide, s'agitait dans les inquiétudes et les angoisses de son esprit, cherchant les moyens de mener une vie moillfiée et chrétienne, il visitait les divers monastères de son pays; mais au milieu de la grossièreté et de la licence di^s mœurs, il ne trouvait le plus souvent que (les exemples de scandales. Il ne se rebutait pas et persévérait dans ses recherches et ses visiles. Un jour de Noël, il alla à un monastère de grand renom que

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