‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 187 sur 214 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

rbistorien se garde de désigner autrement. Les ri^ ch îs y étaient abondantes et les moines nom* eux. Mais pendant la procession, sans aucun souci de la dignité des offices, ces moines saluaient les laïques et riaient indécemment avec eux ; ils se payanaient sous les beaux ornements de fête dont ils étaient revêtus, et les faisaient admirer : ils se poussaient, voulant se précéder les uns les autres, et un d'entre eux donna même à un de ses compagnons un si furieux coup de poing qu'il le fit tomber. L'historien, qui avait été disciple de saint Anselme, a raison d'ajouter que les mœurs de la Normandie étaient alors fort barbares (1). De pareils traits étaient pour décourager Herluin et lui faire désespérer de trouver jamais les conseils et les exemples dont il avait besoin. La nuit donc, après l'office de matines, il resta dans Téglise, offrant à Dieu ses faiblesses et comme noyé dans Tamertume de son cœur ; il vit un moine venir se mettre en prières devant l'autel : tantôt prosterné et tantôt à genoux, ce bon moine persévéra jusqu'au jour dans les larmes et la méditation. Cette vue réjouit et raffermit le cœur d'Herluin. Elle Tencourageaà persévérer dans son dessein en lui prouvant que, malgré les désordres et la grossièreté dont il se scandalisait, d'ardentes et cons** tantes prières s'élevaient encore vers Dieu. Ce moine

0) Vita S. Herluini.

passant la nuit en prières an milieu d^one maison s peu réglée, peut aussi paraître comme un représentant fidèle de Tépoque à laquelle il appartenait. J'imagine même que le moine et le courent sont une image exacte de ce que renfermaient tous les cœurs de ce temps. Au milieu des passions, des convoitises et des brutalités de toutes sortes, il y aTait toujours dans un des replis de Tâme, comme le moine en prières, quelque pensée tournée Ters Dieu, et dans certaines occasions quelque cri élevé vers sa Providence. C'est ce sentiment que Guillaume sentait se remuer et se réveiller au-dedans de lui-même à l'approche du bienheureux Lanfrane et de saint Anselme.

§ Vil. De la conduite de Guillaume et de Lanfrane à l'égard

des moines ei prélals saxons.

Le respect que le Conquérant témoignait à TEglise dans la personne de ces deux docteurs, il le lui témoignait encore quand elle était représentée par des Anglo-Saxons. Malgré la haine et le mépris que M. Thierry assure que Guillaume avait pour cette nation, l'histoire le montre, en effet, aux genoux de l'archevêque d'Yorck, le Saxon Eldred ; il y implorait humblement son pardon, se justifiant de» violences commises contre l'Eglise d'Yorck et pro-' mettant de faire justice des Normands, auteurs de

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