LIVRE II
non pro confessione naminis Christi sed quia pecu^ nia redimere se noluerit (1). Ilnousparatt quela traduction de M. Thierry est fort libre : du moins, le latin qu*il cite ne parle ni de ridicule, ni de trop aisé, ni d^argent auquel on tient plus qu'à la vie. Ce texte, d'ailleurs, est extrait de la vie de Lanfranc^ et nous y recourons.
« Il arriva un jour, dit rhistorien, que le saint abbé du Bec, Anselme, successeur du bienheureux Herluin, s'en alla en Angleterre. Il y allait pour les besoins de son monastère et aussi pour voir Tarcbevéque, dont il goûtait beaucoup la conversation elles conseils. Il en était reçu toujours avec amour et considération. Causant ensemble de choses et d'autres et conférant de divers sujets, Tarchevéque interpella Tabbé en se plaignant de ce que les hommes de la contrée honoraient divers saints que, pour lui, il ne goûtait point, entre autres, dit-il, un certain Ëlfeg, archevêque de cette église : ils veulent le compter parmi les saints et même parmi les martyrs, lorsqu'il est constant qu'il n'est pas mort pour la foi du Christ, mais bien pour n'avoir pas voulu être racheté des ennemis qui l'avaient fait prisonnier. Anselme répondit en raisonnant de la manière suivante : — Il est certain que celui qui n'a pas craint de mourir plutôt que d'offenser Dieu légèrement, bra-
(4) ÀDglia sacra, t. II, p. 4 SU.
3o6 M. AUGUSTIN THIERRY.
verait d'autant plus fermement la mort s'il s'agis d'irriter le Seigneur par un grand crime. Il est f grave de renier le Christ que d'incommoder quelques-uns des siens en leur enlevant un peu d'argent pour sa rançon. Elfeg n'a pas consenti à faire ce qui était moindre, à plus forte raison eût-il refusé de renier le Christ, si le peuple impie avait voulu l'y contraindre en le menaçant de mort. Il aimait donc la justice de toute son âme, puisqu'il aima mieux donner sa vie que d'offenser son prochain au détriment de la charité. A mon avis, c'est à bon droit qu'on compte parmi les martyrs celui qui est mort pour la justice. Saint Jean-Baptiste, que toute l'Eglise vénère comme un grand martyr, a été décapité à la demande d'une danseuse, pour avoir refus*'^ non pas de renier le Christ, mais de taire la vérité pour la défense de la loi divine. Quelle différence y a-t il entre mourir pour la justice et mourir pour la vérité? Le Christ n^est il pas justice et vérité? Mourir pour la justice ou pour la vérité, n'est-ce pas également mourir pour le Christ? Celui qui meurt pour le Christ, au dire de toute l'Eglise, n'est-il pas martyr? Saint Elfeg est mort pour la justice comme saint Jean pour la vérité. Comment douter de la vérité et de la sainteté du martyre de l'un plutôt que de celui de l'autre? Lanfranc, ajoute l'historien, suivait ce raisonnement, admirant la sagesse de son ami, la perspicacité et la subtilité de son esprit à saisir et