‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 204 sur 214 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

à exposer la vérité des choses. II accepta les conclusions de saint Anselme, et désormais honora dévo« tieusement saint Elfeg comme un grand et glorieux martyr (1). »

Voilà, au dire des anciens historiens, comment Lanfranc tourna en ridicule saint Elfeg et entreprit de le dégrader. M. Thierry n'a pas d*autre témoignage de son assertion que celui que nous venons de rapporter; YAnglia sacra^ qu'il a invoqué, n*a fait que citer un fragment de ce passage.

A toutes ces injures que M. Thierry adresse à la mémoire de Lanfranc, il faut ajouter une dernière et plus grave que toutes les autres. Il ne suffisait pas d'avoir montré ce personnage, que sa science, sa sagesse et ses vertus ont rendu illustre et vénérable dans TEglise, comme un orgueilleux et un cœur impitoyable; ce n'était pas assez de lui faire sacrifier à des haines politiques les intérêts spirituels des âmes des peuples commis à sa tendresse, de l'accuser d*avoir tourné en instrument de tyrannie et d'oppression un ministère de paix et de miséricorde, de lui avoir fait insulter et rejeter le culte des saints; il fallait encore rhabiller en philosophe et montrer que la vérité révélée n'était rien pour lui. Comm'^nt M. Thierry aurait-il manqué de faire pour Lanfranc

(4) « Ulvere magnum et martyrem gloriosam dévote veneralusesl. » Vila B. Lanfranci, xvi.

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ce qu'il avait essayé pour saint Grégoire et p saint Augustin ? A la manière dont il parle ces prétendus philosophes, on voit cependant qu'il ne croit pas lui-même aux qualités d il les pare. S'il pouvait véritablement trouver en eux quelque nuance d'impiété ou de force d'esprit, il est probable que notre historien les traiterait avec plus de tendresse. Lanfranc ne s*est donc pas co tenté de bouleverser la hiérarchie ecclésiastique et de rejeter des croyances vénérables au profit de la conquête ; il a voulu faire servir au même but, et il a altéré, pour la faire servir à la même fin, la foi, la véritable foi de TEglise, la foi de Jésus-Christ, la foi enseignée par les livres saints : il ne croyait donc pas à cette foi divine; et M. Thierry range de la sorte le primat de Cantorbéry, que l'Église honore du titre de bienheureux, parmi les fourbes, les saltimbanques et les escamoteurs, en compagnie, il est vrai, de saint Grégoire et de saint Augustin. ^

L'erreur est quelquefois involontaire : au cas qui nous occupe, elle était impossible. C'est avec une entière connaissance de cause et une pleine conscience que M. Thierry a insisté sur son assertion calom-

nieuse.

Le prétexte en est ce que tous les historiens racontent du travail que Lanfranc fit en Angleterre sur le texte des livres saints. Sa science et sa vertu le rendai(;nt digne de l'entreprendre; elles historiens

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