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peut. Il biffe des pages et des pages entières, il en modifie d'autres ; il complète ses récits conformément aux documents que j'avais cru pouvoir indiquer.
Malheureusement, ces corrections sont inachevées. M. Thierry, tout en travaillant avec passion, produisait peu. « 11 dictait quinze à vingt € lignes par jour (1). > Le scrupule du littérateur et sa jalousie de la perfection se joignaient à ses infirmités pour lui imposer cette réserve. Dictaitil même, fixait-il quinze à vingt lignes tous les jours ? 11 n'a corrigé que les deux premiers volumes de son Histoire de la Conquête. Il abordait le neuvième livre de cet ouvrage quand la mort Ta saisi.
Ces corrections ne sont pas seulement ina-
chevées, elles sont encore parfois incomplètes ou insuffisantes. Dans sa lettre à l'abbé Gorîni, il avait annoncé, on s'en souvient, qu'il les voulait faire « selon sa conscience d'historien, > dans l'intérêt général de la vérité historique, et non dans une vue particulière. En avançant en
(4) M. Renan, p. 432.
XXXIl PRÉFACE.
besogne, avait-il conquis une plus haute lumière ? Il se flattait de réformer ce qu'il avait pu écrire « contre la vérité dans tous les sens (1). » L'intention est admirable. L'étendait-il à lout ce qui pouvait blesser la foi et nuire aux âmes ? Les moyens lui faisaient défaut. S'il est bien vrai que, dans Terreur .même coupable, se mêlent divers élé* ments étrangers, pour ainsi dire, qui s'imposent jusqu'à un certain point à la volonté pervertie ; .si les préjugés, par exemple, la passion et les déductions des faux principes admis antérieurement et dont l'esprit a été nourri, concourent souvent à entretenir une manière de fausse conscience et de prétendue bonne foi ; on doit reconnaître aussi que la conquête et la possession de la vérité ne sont pas uniquement l'affaire de la volonté ni de la puissance de l'œil de l'homme : il faut encore au moins l'élément de la lumière. La lumière est une grâce. En est-il de plus précieuse que la connaissance des erreurs où l'on a vécu ? Cette grâce comme toutes les grâces vient de Dieu. C'est un don où l'intervention des sacrements est néces-
(1) P. Gralry,p. 466.