LIVRE l. — CHAPITRE
pouvoir donner : et il y est question en effet d'épées, de boucliers, de lances, de flèches et de frondes, mais on n'y parle ni de bâtons ni de couteaux.
En insistant sur d'aussi petits détails, nous ne pré-; tendons pas nier le mérite laborieux qui a rassemblé et étudié ces textes divers ; nous disons seulement que Tusage n'en est pas judicieux ; de tels procédés faussent l'histoire, trompent le lecteur et ne sont nullement conformes à la gravité de Thislorien. U ne lui convient pas davantage d'avancer des faits complètement dénués de preuves et de dire, comme M. Thierry l'affirme tout gratuitement, que l'armée rassembléb^ par Godesigel et Gonlran était nombreuse et mal équipée. Pourquoi assurer ce qu'on ignore? Si M. Thierry a des raisons de conjecturer de la sorte, que ne les développe -t-il? La manière, dontcette troupe fut levée, ne doit faire rien conclure sur son nombre, ni sur ses équipements. Saint Grégoire nous apprend que les cités des Gaules, au temps des rois francs, levaient parfois des armées et se faisaient la guerre les unes aux autres. On ne doit pas attacher sans doute à tous ces faits une grande importance ; l'erreur ne vaudrait pas la peine d'être relevée ; mais chez M. Thierry ce n'est pas une erreur, c'est un système. U a tant déclamé autrefois contre les récits pâles, incolores et insipides de ses devanciers qu'il veut à toute force donner de la physionomie à ses pages et y faire naître l'in-
térêt. Ce que les anciens ont laissé de vague et d'incomplet pourrait être languissant : M. Thierry complète et invente. Saint Grégoire dit que Clovis, fils de Chilpéric, chassé de Touraine, se retira à Bordeaux, d'où il fut chassé par un partisan de Sigebert (1) : M. Thierry qui apparemment a des mémoires particuliers sur cette époque, fixe la durée du jeune prince à Bordeaux; il y résida près d'un mois, (( prenant des airs de conquérant et affectant Tauto- « rite d'un vice-roi (2). » Ce sont les documents particuliers de M. Thierry qui ajoutent ces derniers détails.
Cette expédition du jeune Clovis en Aquitaine est racontée d'une manière fort succincte dans Grégoire de Tours. Dix lignes suffisent pour en enregistrer les succès et les revers. M. Thierry a trouvé le moyen d'en tirer plusieurs pages : il ne faut pas s'en plaindre; les pages de M. Thierry sont toujours agréables à lire. Elles ne sont pas aussi sérieuses qu'agréables. Saint Grégoire dit que Chilpéric s'empai*a de Tours et de Poitiers^ et que Sigebert, allié à Contran, donna ses armées à conduire à Mumraol.
(1) « De Turonico ejeclus Burdegalam abiit. Denique cumapud Burgfidalenscm civitaiem residerel, Sigulfus quidam a parle Si^ebcTli se buper cum objocil; qucm fu{^icntcm... insequcbalur : (jui vix ad paircni rc^rcdieudi libcrum habuit adilum. » S. Grcg., lib. IV, c. XLViii.
(2) ru*c. des temps mérov., lom. II, p. n.