‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 59 sur 214 · LIVRE I. — CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE lll

Celui-ci vint à Tours, en chassa Clovis, prit le serment des habitants et marcha sur Poitiers. Deux Poitevins, Basile et Sighaire, rassemblèrent une troupe pour lui résister. Il les enveloppa, les écrasa, les détruisit ; et, venant à Poitiers, exigea aussi un serment de cette ville (1). M. Thierry marque d'abord l'itinéraire de Mum mol ; il partit de C4hàlonsur-Saône, et se dirigea sur Tours par la roule de Nevers et de Bourges \ à son approche le jeune Clovis, qui s'était d'abord enfermé à Tours, dans rintention d'y soutenir un siége^ prit le parti de battre en retraite, et alla sur la route de Poitiers, à peu de distance de cette ville^ occuper une position favorable (que pouvait-il faire de mieux en effet?), et y attendre des renforts. Les citoyens de Tours accueillirent pacifiquement le général qui pritpos" session de la place au nom du roi Sigebert,

M. Thierry explique ensuite la manière dont il pense que se prêta le serment exigé par Sigebert ; pour celte fois, il consent à marquer qu'il fait une hypothèse. Cependant, ajoute-t-il, en parlant des

(I) « Conjunclus rex ipse cum fralrc Gunichramno Mumolom eligunt... Qui Turonis venicns, fugalo exinde Chlodove€ho filio Chilperici, exactis a populo ad partem régis Sigiberti sacranicnlis, Pictavos accessit. Sed Basilius ac Sigharius, Piciavi cives, collecla mullitudine, resislere veluerunl; quos de divcrsis parlibus circumdaios oppressit, obruil, ÎDtcrcmil, et sic Piciavos accédons sacramenla exigit. » S. Greg. Lib. IV, c. XLVI.

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gens de Basile et de Sighaire, les renforts qtcaUeti-dait Glodowig arrivèrent à son camp près de Poi^ tiers. Cette troupe nombreuse, mais ^ansrf/^cip/mc, composée en grande partie de colons et de paysans^ forma r avant-garde de V armée neustrienne; elle en vint aux mains avec Mummol. Attaquée à la fois en têle et par le flanc^ cette troupe fut, après une perte énorme^ culbutée sur les Francs de Clovis qui lâchèrent pied et se débandèrent presque aussitôt ; et Je fils de Chilpéric, n^ ayant plus assez de monde pour défendre. Poitiers, s'enfuit par la route de Saintes (1).

Certainement l'historien a droit d'interpréter les textes que lui ont légués les âges écoulés : c'est son devoir de chercher à reconnaître, à travers les récits diffus ou concis des contemporains, les marches des armées : on peut soupçonner néanmoins que M. Thierry a outrepassé ce droit ; et tout ce récit de campement, de renforts, de culbutes et d'avantgarde ne constitue pas tout à fait une narration historique. L'auteur ne se déconcerte pas toutefois, et il continue gentiment son petit roman du fils de Chilpéric. Ce jeune prince donc se dirige sur Bordeaux : il arrive aux portes de cette grande cité avec une poignée d'hommes en mauvais équipage^ et à la première sommation qu'il fit au nom de son

(^) Temps mérov.y tom. Il, p. 15.

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père, les portes lui furent ouvertes. « Fait bizarre ! « s'écrie M. Thierry, fait bizarre, où se révèle d'une « manière frappante l'impuissance administrative « de la royauté mérovingienne ! » Notre auteur est naturellement trop curieux de tout ce qui peut marquer les mœurs du temps passé pour ne 'pas s'arrêter sur ce « fait bizarre. » Il insiste : « Il ne « se trouvait donc pas, dans cette grande ville^ assez « de forces militaires pour défendre le droit de sou- « verainelé du roi Sighebert contre une bande de « fuyards harassés et dépaysés. Le fils de Hilpérik « put librement s'y installer en maître (1)» et y prendre ces a airs de conquérant et de vice-roi » que nous avons déjà signalés. Que ce soit là « un fait bizarre, » personne n'en doute ; mais que ce fait prouve quelque chose sur la monarchie mérovingienne, voilà ce dont il est permis de douter ; car saint Grégoire, qui est le seul historien qui ait parlé de ces événements, saint Grégoire n'a garde de rien dire de ce qui surprend si fort M- Thierry. Après avoir, dans son chapitre 46 du livre IV, raconté aussi succinctement que nous avons vu, la fuite de Ciovis, fugato exinde Chlodovecho, il reprend au chapitre 48 la suite des événements, et, sans y parler en rien de bataille ni d'avant-garde, il se contente de dire que Clovis, fils de Chilpéric, chassé de

(1) Temps mérov.^ lom. II, p. 17.

Touraine, s'en alla à Bordeaux et y résida jusqu*à ce que Sîgulf se soit élevé contre lui (1). Dans quel état s'était-il présenté à Bordeaux? c*est ce que rien ne témoigne. Quelle sommation fit-il à la cité? c'est ce que rien ne nous apprend. Avait-il avec lui une armée? il est permis de le croire. Se rendait-il dans une ville précédemment conquise ou à conquérir? saint Grégoire s'en tait : et si M. Thierry n'a pas d'autres preuves pour établir l'impuissance administrative de la royauté mérovingienne , il semble que sa thèse est fort compromise.

Ce petit roman du fils de Chilpéric, sur lequel nous nous sommes étendu, marque bien les habitudes du récit historique de M. Thierry. Nous avons choisi cet exemple dans un ordre de faits étrangers à toute influence d'opinion et de système ; c'est de l'art historique que nous avons voulu nous occuper. On pourrait multiplier les citations. Nous recommandons spécialement à l'attention du lecteur le récit tout entier des guerres de Chilpéric et de Sigebcrt. C'est partout U même manière de mettre les personnages en scène. Les Francs de l'ancien royaume de Childebert envoyèrent, dit saint Grégoire, une ambassade à Sigebcrt pour qu'il vînt à eux et qu'ils

(1) a ChlodovecusChilpcricifiliusdeTuronicoejectusBurdcgalam abiit., etc.. » S. Grog., liv. IV, c. XLVill. [Voir ci^ dessus j p. 40.)

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