‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 60 sur 214 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

rétablissent roi à la place de Ghilpéric (1). M. Thierry après avoir parlé de la délibération des Francs, libelle ainsi le message qu'ils adressèrent, dit-il, à Sigebert : « Les Franks^ qui autrefois regardaient du « côté du roi Hildcbert, et qui depuis sont devenus « hommes liges duroiUilpérik, veulent maintenant « se tourner vers toi et se proposent, si tu viens les « trouver, de Rétablir roi sur eux. » M. Thierry remarque que ce langage était « tant soit peu bizarre.» II y reconnaît la politique germaine et la manière dont les Franks exerçaient leur droit de quitter le prince qui les gouvernait, pour passer sous l'obéissance d'un autre descendant d» Mérowig. Mais le scrupule qui, dans une autre circonstance, saisit M. Thierry est encore plus bizarre que ce langage.

Lorsque le jeune Mérovée, fils de Chilpéric, se réfugia dans la basilique de saint Martin, Tévêque de Tours, saint Grégoire, le judicieux et charmant historien de cette épo((ue, célébrait la messe. Après les saints mystères, le jeune prince, dit l'historien, petiit ut et eulogiam dare deberemus{2). M. Thierry, qui raconte ces faits avec beaucoup d'ornements selon sa coutume, selon sa coutume aussi fait parler directement les personnages et met une apostrophe

(4) c Ad Sigiberlum Icgalioncm mittunt ul ad eos veaiens, dereiicto Chilperico, super seipsum regem slabilircnt. » S. Greg., lib. IV, c. LU.

(2) Liv. V, c. XIV.

dans la bouche du Mérovingien: « Evêque, pourquoi « ne me donne-t-on pas des eulogies comme au reste « des fidèles?» Toutefois, l'écrivain croit nécessaire d'ajouter ici une note pour prévenir le lecteur du changement apporté au récit de saint Grégoire et justifier le discours direct qu'il prête au jeune prince (1). Au récit d'une simple anecdote et dans un détail aussi peu important, un pareil scrupule a lieu de surprendre de la part d'un écrivain qui n'a pas craint, à chacune de ^s pages, de faire parler les rois ou les peuples à son gré. Mais peut-être aussi ce scrupule est-il de Tart ? En voyant la préoccupation de l'historien dans un détail aussi mince, le lecteur sera porté à croire que les discours de Cbilpéric, des Francs et de Sigebert ont quelque fondement.

C'est encore sur des fondements inconnus qu'est établie la description que donne M. Thierry de l'élection de Sigebert. Saint Grégoire dit qu'à l'arrivée du roi à Vitry « collectas est ad eum omnis a exercitiis impositumque super clypeo sibi regem « statmmt (2). » M. Thierry sait que la cérémonie eut lieu « dans une plaine entourée de baraques.» Il connaît ceux qui accompagnaient le roi Sigebert^ et il admire la vigueur de ses soldats (3). Il donne des détails sur les festins qui suivirent cette élec-

(ï) Temps mérov.y lom. Il, p. 99.

(2) S. Grég., liv. lV,c. LU.

(3) Récits des tempii mérov., lom. Il, p. B7.

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