‹ M. de Bougrelon [par] Jean Lorrain [pseud.] Illustrations de Marold et MittisChapitre 7 sur 19 · X. DEBOUGRF. LON · texte numérisé non relu

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parlait toujours chapeau bas).

Une marquise Délia Morozina ne s'entretient pas comme une fille, mais un galant homme peut aider une amie : voilà comme nous étions autrefois en Avrancbes.

» Mercedes, car elle s'appelait Mercedes, a songé pourtant à moi à sa dernière heure ; le chapelet sur lequel je dis mes patenôtres, vous le verrez chez moi au-dessus de sa miniature : mon chapelet. Messieurs, a chacun de ses Paler fait de trois gros rubis. »

Oc longt enchantements vcr^s par les rcgirJs Des vicun portraits de femmes, apparus dans le* Louvre Plus d'un porte une plaie au flanc, qui pleure et s'oustc. Ht lui fait un front bUmc et des gestes hagards.

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•I Cette plaie au flanc, Messieurs, je l'ai portte toute ma vie, car, toute ma vie, j'ai été un triste et fol amant d'anciens portraits. Ces vers commis au temps de ma jeunesse (car j'ai été poète, moi aussi, comme les autres) résument encore l'éperdue nostalgie de mon âme, cette âme nostalgique et hautaine, qui me fit, de dix-huit à vingt cinq ans, l'assidu extasié des musées de Dresde et d'Italie. M. de Mortimer l'avait aussi, cette âme.

Notre amitié. Messieurs, fut une eucharistie : nous communions dans les mêmes admirations, et nous aimions dans les mêmes haines. C'est à l'autel des maîtres qu'on nous

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voyait agenouillés, fnais nous nous redressions dans l'oratoire des belles : inclinés devant l'Art, debout devant la Beauté. Ah ! les sourires du Vinci, Messieurs, quel poème de férocité perverse et royale, des baisers de ventouse où s'engouffraient nos âmes. Moi, la Moita Lisa m'aspirait tout.

Et les femmes du BotticcUi doncques, la grâce de leur nudité fuyante et gracile, le piment Je leur maigreur, la Pn'maiKTa surtout ! Tel que vous me voyez, Messieurs, je fus épris durant deux ans de cette nymphe à face de goule, car c'est une goule et peut-Otre pis ! L'ambiguïté de son sexe nous tenait angoissés, fiévreux,

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exaspères, M. de Mortimer et moi, car nous eûmes toujours, mortes ou vivantes, les mêmes maîtresses; mais nous préférions les mortes pour l'inanité même de notre passion, trempée, telle une épée, dans la lave et le soufre du désespoir. . . Une souffrance d'art, en vérité, telle a été notre jeunesse, notre jeunesse

En proie aux vains regrets des vaines nusta'

» Comme je l'ai écrit quelque part, dans le dernier tercet d'un sonnet dédié, celui-là, il me semble, à M. de Mortimer; en effet, oui, je m'en souviens, quel sonnet ! Je l'y comparais, m'apit03ant ainsi

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sur moi-même, à quelque ensorcelé des gothiques magies ; car cet amour des spectres (tous les portraits ne sont-ils pas des spectres) empestait, avouez-le, le philtre et l'envoûtement, et je lui disais, dans ce sonnet, miroir et grimoire (car je m'y reflétais moi-même) ces trois vers attestatoires de notre enchantement :

Désormais, obséda des grlccs captivantes Des Mortes, insensible aux charmes des Vivantes, Ton cœur au seul passé veut trouver des attraits, Edgard î

■> Car il s'appelait Edgard comme le seigneur de Ravcnswood, et cet Edgard ne man-

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quait pas de Lucy, mais c'étaient des Lucy de Nevermore, et non pas de Lammermoor, car, dans la vie comme dans le rêve, sa devise, notre devise, Messieurs, était ce glas d'orgueil : Nevermore. Jamais plus.

» Mais le moj-en, en vérité, de s'éprendre , que dis-je !

même de s'amouracher d'un portrait de musée dans ces grasses Hollandes! Ce sont des béguines. Messieurs, le cheveu rare et le sourcil absent, des faces roses et délavées !

Goûteriez-vous, par hasard, ces chairs saumonées ! Des harengères, ce sont des harengères, pis, des engelures sur fraises godronnées...

Les roses et les nacrés de

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l'Ecole flamande, m'objecterez-vous peut-être ! Vous me la baillez belle, ce sont des roses et des nacrés de crevettes. L'Ecole flamande, c'est l'étal de la poissonnerie, quand ce ne sont pas les quartiers de viande fraîcbe aux crocs des boucheries de Rubens... Parlez moi des Vélasquez, k la bonne heure ! Ses Infantes ont beau avoir des têtes de cire et des cheveux de soie floche, on peut s'éprendre de ces poupées.

11 y a des reflets d'autodafé dans les moires et les satins de leurs robes ; et les roses qu'elles tiennent dédaigneusement du bout des doigts, ces roscs-li sont rouges de tout le sang des juifs égorgés aux

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seuils des cathédrales. Et si délicieusement scrofulcuses avec cela!... Ce Vélasquez, est-il assez le peintre des vieilles aristocraties ! Le voilà l'historien fastueux d'une fin de race de rois.

Devant un flot bouffant de lanipas et Je i Où s'ébauche une pâle infante aux doigts Revivre, 6 rois d'Espagne, au fond de vos Sinistres, vos éJits et vos tragiques gloire

>> Cela, Messieurs, ce n'est pas du Bougrelon, c'est du Mortimer. Il avait, comme moi, l'effrénée passion de .l'École espagnole ! Et Gova, Messieurs, le fantastique dans la réalité, et Cœlo, et Antonio Moro, et le plus merveilleux

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de tous, peut-être, le sublime dans l'horrible, El Greco, infernal et céleste à la fois, car l'enfer c'est le ciel en creux.

D'autres ont eu sur leur palette, du soleil, des chairs d'enfant, des perles et des roses ; le Greco lui, Messieurs, peignait avec le sang des plaies des anatomics dessinées avec un charbon ardent, et ce charbon, il l'avait pris au bûcher de la sainte Inquisition.

Avec quelle sombre ardeur il fait flamber ses hérétiques dans le tableau de l'Escorial I C'était un catholique de haute dévotion, et ces Hollandais puent la Réforme.

" Avcz-vous visité, i Harlem, leur église de Saint-Ba-

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