‹ M. de ChateaubriandChapitre 2 sur 43 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

et la plus incontestée, je sais qu'on a pu quelquefois on célébrer avec trop de complaisance les Représentants présumés. Quand la Tribune était debout, un publiciste, alors démocrate, écrivant, jour par jour, l'histoire de tous ceux qu'il voyait y monter, entassait une centaine de noms dans son Livre des Orateurs. Aujourd'hui qu'elle n'est plus qu'un souvenir, dont le signe matériel même a disparu, aujourd'hui que la parole politique n'est plus exposée, comme une Puissance, à la flatterie ou à la haine, on sentira que l'historien doit s'arrêter à peu de noms éminents, assez instructifs, s'ils sont bien choisis.

Par orgueil de Français et par amour des lettres, j'ai mis, en tête de ces noms, celui de M. de Chateaubriand^ dont la longue et laborieuse vie a rempli une si grande part du dix-neuvième siècle, et qui, en France et à l'étranger, a laissé de si vives empreintes sur la littérature et les idées du temps. Mais, d'autres noms, qui précédèrent le sien et eurent avec éclat une influence plus restreinte, m'occuperont avec moins de détails. Ce sont les noms deBurke, de Fox, de Canniiig y et de lord Grey, l'homme respecté qui attacha le prix glorieux de ses efforts et de sa vie au grand événement delà réforme électorale, en Angleterre : ce sont aussi, dans notre pays, et pour un temps d'épreuve malheureusement plus court, les noms de quelques-uns des fondateurs de ce régime

IV PHKFACK.

parlementaire, dont la France a profité trente ans, pour se relever de ses malheurs et, grandir par la paix ; ce sont MM. Laine, de Serrea, le général Foy, Royer-Collardy afin de ne parler que des renommées * garanties par la mort.

A l'étranger et en France, une confiance, dont je m'honore, a mis dans mes mains beaucoup d'intimes et nouveaux témoignages sur quelques-uns de ces hommes, dont je retrace l'histoire, en vue d'une vérité générale, supérieure encore à toute dette de justice particulière réclamée pour le patriotisme et le talent. L'intérêt de ces souvenirs devra s'en accroître. Mais, ce que j'ai prétendu, avant tout, rappeler, c'est une époque à jamais illustre pour la France ; c'est un noble exemple qu'elle a donné au monde, que le monde n'a pas oublié, et dont la puissance est visible, autour d'elle, dans les institutions affermies du Piémont, de la Belgique, de la Hollande, de la Bavière, de la Prusse, et dans le regret, ou le vœu de tout homme civilisé.

* Maxime solutum, et sine obtrectatore fuit prodere de iis, quos mors odio aut invidiae exemisset.

(In Tac. Annal., lib. IV, c. xxxiv.)

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