‹ M. de La Colombière, orateurChapitre 2 sur 12 · ÉPITAPHE DE FEU M. DE LA COLOMBIERE · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DE FEU M. DE LA COLOMBIERE

Cy-git messire Joseph de la Colombière, Français de nation, de la ville de Vienne, en Dauphiné, qui fut successivement grand archidiacre et grand chantre de la cathédrale de Québec, vicaire-général de Mgr de Saint- Vallier, très digne supérieur des religieuses hospitalières de Québec et des frères Charon, à Montréal, directeur des sœurs de la Congrégation, à Québec, conseiller-clerc au Conseil Supérieur {Souverain) de cette colonie, frère du con-

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fesseur d'une reine très vertueuse, d'un missionnaire qui eut l'avantage de confesser Jésus-Christ dans les prisons de Londres, (i)

Cet ecclésiastique, distingué par sa naissance, son savoir et sa piété, surtout envers le saint Enfant- Jésus et son Immaculée Mère, (2) quitta la France à la fleur du bel âge ; renonça géné-

(1) Le Vénérable Père Claude de la Colombière, nommé par le roi de France prédicateur de Son Altesse Royale la duchesse d'York, la princesse Marie D'Esté, femme de Jacques II. Claude de la Colombière passa en Angleterre et donna, à Londres même, en 1677, une retraite aux fidèles pendant laquelle la dévotion au Sacré- Cœur de Jésus opéra de nombreuses conversions.

(2) Sa dévotion admirable envers la très sainte Vierge était connue de tout le pays On disait agréablement des deux frères La Colombière : ' Claude est l'apôtre du Sacré-Cœur de Jésus, et Joseph est l'apôtre du Sacré- Cœur de Marie."

reusement aux douceurs de la patrie, aux charmes de Paris, et aux dignités qu'il pouvait posséder dans l'Eglise ; et, poussé par un sincère désir de glorifier Dieu, il passa la mer et vint travailler à la vigne du Seigneur dans ce pays si différent de celui qu'il avait quitté. Il arrosa de ses sueurs cette terre étrangère, il inspira aux peuples qui l'habitent sa douceur, son honnêteté et sa politesse. Par la ferveur de son zèle, il enflamma le cœur des habitants de cette zone si froide. Il les gagna à Jésus- Christ par sa piété, sa modestie et son affabilité, par une vertu qui n'avait rien de gêné ni de rebutant. Il les éclaira par ses discours,

il les instruisit par ses sermons et plus encore par ses exemples : il les édifia par ses vertus et les réjouit par ses pieuses et agréables conversations.

Imitant parfaitement les mœurs de la colombe, d'où il tirait son nom, il s'étudia soigneusement de ne faire peine à personne : au contraire, son inclination bienfaisante le porta toujours à faire plaisir à toutes sortes de gens.

Né avec le don de la parole, (i) il annonça par tout le diocèse, avec grâce et liberté, les vérités évangéliques :

(i) Les sermons de M. delà Colombière, conservés dans les archives de l'Hôtel-Dieu de Québec, remplissent huit cahiers manuscrits, de 450 pages chacun.

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et, dans ce temps de vertige pour la France, on le vit constamment demeurer attaché à la religion de ses pères, et au Saint Siège Apostolique.

Enfin, plein de jours et chargé de mérites, il finit sa carrière dans l'Hôtel- Dieu de Québec, le iSième jour de juillet 1723. En mourant, il laissa un grand exemple de patience dans l'humiliation et la maladie Comme il avait été aimé de tout le monde, il fut aussi regretté de toutes les personnes vertueuses qui l'avaient connu et pratiqué.

Plaise à Dieu que cette Colombe si douce et si aimable, qui s'est toujours plue dans la paix, repose éternellement

dans les fentes de la muraille et dans les trous de la pierre vive, qui sont les plaies glorieuses de Jésus- Christ ! Ainsi soit-il !

Ses filles spirituelles, les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Québec, ont voulu donner à leur digne père cette dernière marque de leur parfaite reconnaissance. ( I )

Nous avons dit que messire Joseph Séré de la Colombière était le frère cadet du jésuite Claude de la Colombière, justement célèbre par ses vertus et l'éloquence de ses prédications.

(i) Cf. : Les Ursulines de Québec, tome II, 2ième édition, 1878, pages 27, 28 et 29.

Nous croyons intéresser nos lecteurs en ajoutant que cet illustre enfant de Saint Ignace était le directeur spirituel de la Bienheureuse Marguerite- Marie qui mourut, à Paray-le-Monial, le 17 octobre 1690, à sept heures du soir.

Le même jour, à quatre heures de l'après-midi, sir William Phips ouvrait le feu sur Québec et commençait un bombardement dont la fureur étonna même de vieux officiers qui, s'étant trouvés en France à quantités de sièges,, assurèrent cependant n'en avoir jamais vu de si vif.

Nous lisons encore, au sujet de ce vénérable serviteur de Dieu, dans L'Autre Monde, ouvrage d'un très

grand mérite publié par la Société de Saint Augustin, une étonnante révélation. La voici, telle que rapportée.

Claude de la Colombière, mort de la mort des justes, à Paray-le-Monial, subit, durant quelque temps, les peines du purgatoire.

. C'était un homme de si haute vertu que le Sauveur lui-même l'appela son serviteur fidèle : ''Je t'enverrai mon fidèle serviteur," dit Jésus à la Bienheureuse Marguerite- Marie lorsqu'on lui donna le Père de la Colombière comme guide spirituel.

Le divin Maître voulut même associer ce Père à la mission qu'il avait confiée à sa servante touchant son

Sacré-Cœur. '' Adresse- toi, dit-il, à mon serviteur, le Père de la Colombière, jésuite, et dis-lui de ma part de faire son possible pour établir cette dévotion. Qu'il ne se décourage pas pour toutes les difficultés qu'il rencontrera ; il doit savoir que celui-là est tout puissant qui se défie de lui-même pour se confier entièrement en moi."

Lorsqu'en 1682 il croyait quitter Paray - le - Monial pour retourner en Angleterre, la Bienheureuse lui écrivit que le Seigneur voulait à Paray-le- Monial le sacrifice de sa vie. En effet, il y mourut peu de jours après, le 15 février, à 5 heures du matin. Une pieuse fille en porta la nouvelle à la Bienheu-

reuse Marguerite : '* Allez prier, dit la Bienheureuse, et faites prier pour le repos de son âme."

Après l'enterrement, cette même personne, qui regrettait amèrement la mort du Père, reçut de Marguerite- Marie ce billet : " Cessez de vous attrister, implorez-le : il est plus que jamais capable de vous secourir."

Quelques temps après, la Supérieure de la Bienheureuse, remarquant qu elle ne demandait point de prières pour l'âme de son directeur, lui en témoigna son étonnement. — *' Ma mère, répondit-elle, il n'en a pas besoin : il est luimême en état de prier Dieu pour nous.

Grâce à la miséricorde et à la bonté du

Sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ, il occupe une bonne place dans le ciel. Seulement, pour satisfaire quelque négligence qui lui était restée dans l'exercise du divin amour, son âme a été privée de la vision de Dieu, jusqu'au moment où son corps a été mis au tombeau."

Voilà donc un grand serviteur de Dieu qui a été au Purgatoire l'espace d'environ vingt-quatre heures : qui oserait se permettre d'en être entièrement exempt ? (i)

Cette révélation singulière m'en rappelle une autre, fort étrange, faite à une

(I, L' Autre Monde, pages 58 et 59— Société de Saint Augustin -Lille, rue de Metz, 41 — 1892.

religieuse célèbre de l'Hôtel- Dieu de Québec, la révérende mère Catherine de Saint- Augustin.

Elle raconte que monsieur de Mésy, gouverneur de la Nouvelle- France, fut condamné à autant d'années de purgatoire qu'il avait demeuré d'heures en Canada. Or, monsieur de Mésy, arrivé à Québec le 15 septembre 1663, y mourut dans la nuit du 5 au 6 mai 1665, Cela donnerait donc 14,376 heures, c'est-à-dire 14,376 ans de pénitence!

Et de même que l'âme du Vénérable Claude de la Colombière fut privée de la vision de Dieu jusqu'au moment où son corps fut mis au tombeau, de même, pour l'âme coupable du malheureux

Saffray de Mésy, l'arrêt comportait " qu'elle ne doit participer à aucunes *• prières ou suffrages que son corps *' ne soit avec les pauvres, où il a '' désiré d'être enterré."

Voici, pour la satisfaction des plus incrédules, le texte même du récit :

" Cependant, la sainte Vierge fit faire un acte de contrition à ce pauvre pécheur, et lui fit donner un arrêt favorable. Il fut condamné à autant d'années de purgatoire qu'il avait demeuré d'heures en Canada. Après que le moribond eut fait l'acte de contrition, il reconnut la grande miséricorde que Dieu lui faisait de l'avoir mis dans un lieu où il avait eu de si fortes aides

pour son salut. Les prières de monsieur l'Evêque [Mgr Laval) l'ont puissamment aidé. 11 me semble aussi que son arrêt porte qu'il ne doit participer à aucunes prières ou suffrages, que son corps ne soit avec les pauvres, où il a désiré d'être enterré." (i)

Catherine de Saint-Augustin et son historiographe, le jésuite Ragueneau, avaient la charité de taire le nom du grand coupable condamné à quatorze mille ans de purgatoire. Et, cependant, en dépit de leur généreux silence, nous

(il La Vie de la nièie Catherine de ^aint- Augustin, par le Révérend Père Paul Ragueneau, de la Compagnie de Jésus Paris — 167 1. livre 4ième, chap. 6ième, pages 260 et 261

savons parfaitement bien que z^ pauvre pécheur n'était autre que le chevalier Augustin Saffray de Mésy.

Qui donc fut indiscret ? Nulle autre que la célèbre annaliste Juchereau de Saint- Ignace. J'ai tort d'écrire ce mot indiscret : il est injuste autant qu'impropre, en la présente circonstance, car ce renseignement — et ce n'est rien autre chose, — que la vénérable hospitalière a fourni à l'histoire, n'était, de son temps, un secret pour personne. Ce qu'elle en fit, d'ailleurs, était dans son esprit absolument inoffensif. Loin d'elle, certes, la pensée mauvaise d'avoir voulu ternir davantage la mémoire d'un homme pour lequel elle eut de

profondes sympathies. Sans doute ce gouverneur avait déchiré le cœur et brisé l'âme de monseigneur de Laval, son meilleur ami, mais, d'autre part, il avait tant aimé les pauvres, ses plus chères affections après Dieu, que l'austère religieuse pleure les graves écarts et les fautes déplorables de sa vie politique, laissant à d'autres voix plus autorisées le devoir et le droit de les lui reprocher.

" Son humilité, dit-elle, et sa charité pour les pauvres lui firent désirer d'être enterré avec eux dans notre cimetière.

Il donna, pour son inhumation, trois cents livres à l'Hôpital il' Hôtel- Dieu de Québec). Ses intentions furent suivies.

NOTICE BIOGRAPHIQUK. 113

On éleva sur sa fosse une grande croix qui subsiste encore, (i) Nous avons déjà parlé des vertus de monsieur de Mésy, de ses liaisons avec monseigneur l'Evêque et de la satisfaction du prélat quand il l'eut obtenu pour gouverneur.

Mais, par je ne sais quelle fatalité, il ne fut pas longtemps à se repentir de son choix. Il reçut de son ami les plus grands affronts ; il le trouva opposé à toutes ses vues et l'auteur ou le fauteur de la plupart des troubles. Mais, enfin, par la grâce de Dieu, une sincère pénitence termina fort chrétiennement sa vie. Cest lui dont il est parlé dans la

(I) Elle était encore debout en 1760

Vie de la Mère Catherine de Saint Augustin, à qui Dieu donna bien des connaissances extraordinaires sur cette âme. Livre 4, chapitre 6." (i)

(i) Juchereau : Histoire, de t H^tel-Dieu de Québec, édition de 1751, pages 171 et 172.

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