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trouvés aux deux premières escarmouches ; le premier à reçu une contusion au côté, il a eu, l’année dernière, un bras cassé au combat de Lachine, et le dernier a eu une jambe cassée :
il était cet hiver un des deux commandants du parti Villieu, qui fut à Corlar; le sieur de Villieu, lieutenant réformé, à parfaitement bien fait son devoir dans le dernier combat qui a duré trois heures, et la perte que les ennemis y ont faite les à obligés à s'embarquer la nuit suivante.
Le mauvais état où la plupart des vaisseaux ennemis ont été réduits par
notre canon a fait qu'ils n'ont pu s’en
aller aussi promptement qu'ils auraient,
je crois, souhaité ; nous avons su que
leur amiral a été obligé de mettre des Jumelles à son grand mât, qu'il a pensé se perdre à la traverse, et, pendant deux jours qu'il a été sans la pouvoir faire, on l'a vu plusieurs fois sur le côté, des charpentiers autour, qui travaillaient jour et nuit à deux bâtiments à ses côtés, qui ne l'ont pas abandonné depuis qu'il a quitté notre rade. Il aura de la peine à regagner celle de Boston, et, s'il en vient à bout, il arrivera avec un câble et une ancre de
moins qu'on a retirés, (1) cinq canons,
(1) Ce fut un habitant de la Pointe de Lévy, Jean Guay, qui retira lPancre et le câble du vaisseau-amiral
anglais, comme il appert par le document suivant :
Sur ce qui nous a été représenté par le Procureur du
son grand pavillon, qui nous est
demeuré, et ne remportera le second
qu'il remit en sa place que percé d'un
coup de canon tout au milieu.
[l aurait été à souhaiter qu'ils fussent
sortis de Port-Royal aussi honteuse-
Roi commis en cette Prévôté et Amirauté, quil a avis que le nommé Jean Gué (Guur) habitant de la Pointe de Lévy, ayant péché et tiré hors le fond de l'eau une ancre avec son câble que l'amiral anglais aurait été obligé de filer et abandonner à cause de l’incommodité qu'il rece. vait du canon de la ville, et qu’il a transportés en cette ville dans son canot par ordre de Monseigneur le Gouverneur et l'Intendant, pour les remettre en cette Amirauté, nous ayant requis le Procureur du Roi commis nous transporter au lieu où sont les dits ancre et câble et d'entendre sur ce le dit Jean Gué ; où étant, le dit Jean Gué nous a dit que l'an passé il vit filer et abandonner le dit câble, par le dit amiral anglais, lequel, après la retraite des ennemis, il tira du fond de l'eau avec beaucoup de frais et peine, y ayant employé huit hommes avec lui et deux barques dont l’une lui appartenait, et a payé
ment, mais il n’en a pas été de même, car ils s'en sont rendus maîtres, sans aucune résistance, comme vous verrez par le paquet que M. de Menneval m'adresse pour vous le faire parvenir :
ils ont envoyé ensuite à Chedabouc-
pour l’autre quarante francs, outre la nourriture des personnes qui étaient dans y travailler, et demande que la valeur lui en soit payée, si on en a besoin pour le service du Roi.
Sur quoi le dit Procureur du Roiï nous a représenté que par le règlement du Conseil Souverain du 21ième juin dernier, il a été ordonné que lorsqu'il serait tiré quelques choses hors du fond de l'eau qui ne seront pas réclamées par les propriétaires dans deux mois, vente en serait faite à l'encan et le prix distribué, savoir : un tiers à ceux qui auront trouvé, tiré et sauvé, un tiers à Monseigneur l’'Amiral, et l'autre tiers à Sa Majesté, les frais de justice préalablement pris.
Pourquoi le dit Jean Gué n'est pas bien fondé à prétendre le tout, et requis que l'estimation en soit faite pour en être payé seulement le tiers au dit Jean Gué.
tou, où l'officier qui y commandait, nommé Montorgueil, a fait une fort jolie action, n'ayant jamais voulu entendre à aucune capitulation, quoique le feu fut déjà à deux faces de son fort, d'où il avait une fois repoussé les
Sur quoi nous avons ordonné et ordonnons que l’estimation sera faite des dits câble et ancre var gens à ce Connaissants, pour en être le tiers de la vale: payé au dit Jean Gué, sur le pied de l'estimation par ceux qui auront le pouvoir de le prendre et adjugé un tiers à Monseigneur l’Amiral et l'autre tiers à Sa Majesté, les frais de justice préalablement pris
Et avons fait faire la dite visite et estimation en notre présence par Permaton de Lavander, bourgeois du navire Notre-Damnc du Rosaire, Dolbec, capitaine, commandant le navire le Saint Nicolas, et Frériort, capitaine de la caiche de M. Pachot.
axé pour nous trois livres les dépens pour les procédures et autant pour le Procureur du Roi.
CF: Aévistres de la Prévété de Québec, à la date du 30 Juillet 1691.
ennemis, qu'on ne lui promit de le laisser sortir armes et bagages, tambour battant, mèche allumée, et qu'on ne le conduisit à Plaisance avec sa garnison L'Ile Percé et toutes les habitations qui v étaient ont été brülées et saccagées, et ils y ont pris cinq navires pêcheurs.
Maintenant, Monseigneur, que le Roi a triomphé de ses ennemis et par mer et par terre, et qu'il est le maître de la mer, croirait-1l mal employer quelquesunes de ses escadres de vaisseaux à
punir l'insolence de ces véritables (1) et
(1) Péritables est le mot que je lis sur la copie officielle de la Correspondance des Gourerneurs français, conservée au bureau du Régistraire à Québec. J'ai toujours cru cependant que l'original de cette lettre portait le mot
redoutables au lieu véritables. EE M
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vieux parlementaires de Boston, de les foudroyer, aussi bien que ceux de Manatte, dans leur tanière, et de se rendre maître de ces deux villes, qui mettraient en sûreté toutes ces côtes et les pêches du grand banc dont la conservation n'est pas d'une petite importance ni d'une médiocre utilité ?
Ce serait aussi le véritable et peutêtre unique moyen de finir les guerres du Canada, puisque après cela on pour.
rait sans peine soumettre entièrement l'Iroquois en allant à la source du mal et couper tout à fait la racine.
Ces entreprises me paraissent ne se
pouvoir former ni exécuter que du côté
seul de la mer, puisque je crois comme
impossible, ainsi que je me donnai l'honneur de vous le dire en partant de Paris, Ge pouvoir prendre d'ici des mesures certaines et assurées avec ceux qui viendraient par mer, la distance des lieux, l'incertitude des temps, la difficulté de faire conduire si loin des vivres et des munitions nécessaires pour la subsistance des troupes dont on aurait besoin, sans aucun entrepôt, où l'on pût auparavant en faire un magasin, et l'opposition que ‘les Iroquois y pourraient apporter, étant, ce me semble, des obstacles insurmontables et capables de déconcerter tout ce qu'on aurait
projeté.
La seule chose qui serait À notre
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portée, quand nous aurons ici assez de
troupes pour l'entreprendre et que nous aurons eu le temps de faire tous nos préparatifs, ce serait Orange, et encore faudrait- prendre des précautions, la chose n'étant pas si aisée que ceux qui l'avaient proposée se l'imaginaient (1) comme vous verrez par le plan que je vous en envoie auquel j'ai fait ajouter celui de Manatte et de Corlar.
J'ai eu avis qu'ils travaillent inces-
(1) Trente ans auparavant, D’Avaugour conseillar:t à Louis XIV de chasser les colons anglais d* .: Nouvelle- York, lui écrivait cette phrase prophétique : ** La France
‘ peut, en dix ans, et à moins de frais s'assurer en
Amérique plus de puissance réelle que ne sauraient [ui en ‘procurer cinquante années de guerre en Europe.” — Fâcheusement, D’'Avaug
our ne fut pas plus écouté que Cassandre,
samment à Orange, et qu'ils ont fortifié la garnison, mais si Manatte était une fois entre nos mains il faudrait nécessairement qu'Orange et tout le pays de la Nouvelle- Vork tombât, comme il serait arrivé du Canada siles Anglais se fussent rendus maîtres de Québec, qui est toute la communication de ce pays, comme Manatte l’est de l'autre.
Le sieur de Villebon, qui a été sur les lieux, pourra vous en donner encore plus de connaissance ; il en a une parfaite de ce qui s'est passé à l'Acadie où il arriva, peu de temps après la prise de Port-Royal, dans le vaisseau de la compagnie qu'il ne pût empêcher de
tomber entre les mains des ennemis,
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et duquel il eut de la peine à se sauver pour se rendre ici; il a été présent à tout ce qui s'y est fait depuis le mois d'août qu'il y est arrivé et y à eu sa part.
Il vous pourra dire l'embarras et l'extrémité dans laquelle nous nous SOMMES trouvés, non seulement du côté des Anglais, dont les forces étaient assez redoutables, mais principalement du côté de la subsistance et des vivres contre quoi je ne voyais presque point de différence ni de remède, Et, en effet, je ne sais pas comment M. l'Intendant Y En a pu apporter, ni comment il pourra faire à l'avenir, s'il ne nous arrive point de vaisseaux et qu'ils aient
relâché. Nous espérons qu'il doit néan- LU
moins y en avoir trois qui se sont jetés
dans le Saguenay pour y attendre que la flotte anglaise l'ait dépassé, parce que ceux par qui je leur en ai envoyé l'ordre ne sont pas encore de retour.
Mais il est aujourd’hui le 11 novembre, qui est une époque terrible pour la navigation d'une rivière qui, comme la nôtre, gèle quelquefois d'une nuit à l'autre dans cette saison; quoique les blés parussent les plus beaux du monde, les pluies et les brumes qui survinrent, huit ou dix jours avant qu'on les pût couper, les ont tellement rouillés et vâtés, que la récolte a été fort médiocre,
de sorte que personne n'ayant eu de
blé vieux à manger, comme on avait
RELATION DE FRONTENAC, coutume de faire, du moins Jusqu'à Noël, on a été obligé d'avoir recours au nouveau, et d'en faire battre aussitôt qu'il a été serré dans les granges, ce qui a fait que, n'étant pas sec, il rend beaucoup moins qu'à l'ordinaire, et que, si les farines que vous nous avez envoyées n'arrivent pas, il sera si cher et si rare qu'on n'en trouvera pas pour de l'argent. Toutes les autres choses manqueront de même, n'y ayant ici ni
vin, ni eau-de-vie, ni autres marchan-
dises et rafraîchissements de quelque
nature qu'ils pussent être, tous les magasins en étant épuisés, Je serai moi-même, avant qu'il soit
huit jours, réduit à boire de l'eau, tous
mes domestiques y étant, il y a déjà du temps. Mais dans quelque extrémité que nous puissions être réduits, nous ne perdrons pas pour cela courage, et attendrons avec patience les secours que je ne doute point que vous n'ayiez la bonté de nous envoyer l'année prochaine dès la fin de mars, et le plus promptement qu'il se pourra.
Vous voyez, Monseigneur, que nous avons besoin de tout, soit vivres, munitions, argent et troupes, car étant presque indubitable que nous aurons à l'avenir affaire non seulement à l'Iroquois, mais aussi à l'Anglais, qui voudra, sans doute, comme il nous en a
menacés en partant, avoir sa revanche
de l'affront et de la perte qu'il a faite ici cette année, nous sommes nécessités d'avoir de quoi opposer aux uns et aux autres pour se tenir même sur une simple défense, ce qu'on ne pourrait pas faire avec is compagnies qui sont ici quand même vous enverriez les recrues nécessaires pour les rendre complètes. Elles sont notablement diminuées, étant impossible quon ne perde toujours du monde dans les mouvements continuels qui se sont faits ici depuis un an et les fativues que les soldats ont eues. Ayez donc la bonté, Monseigneur, de faire considération sur
les mémoires que M. l'Intendant et
moi vous envoyons et de voir si vous
ne Jugerez pas à propos, en cas que Sa 8 |
Majesté voulût augmenter le nombre
des compagnies qui sont ici, de laisser
à remplir une bonne partie des places
des officiers afin de les pouvoir faire
occuper par la jeunesse des familles
nobles de ce pays, qui, selon mon sen-
timent, sont bien plus propres pour la
guerre que l'on a à y faire que ceux
qui viendront de France.
Je vous envoie l'état des officiers
que J'ai remplacés depuis la réforme
de l’année dernière; comme je ne pou-
vais pas encore les connaître, je n'ai
agi en cela que par les lumières que
M. l'Intendant m'en a données.
[ avait jugé à propos, aussi bien
que moi, qu'on trouvât des biais de contenter par ces quelques marques d'honneur, et sans qu'il en coutât rien au Roi, des personnes qui avaient fort bien servi dans les campagnes précédentes, et à qui M. de Denonville avait promis des récompenses, ce qui m'obligea d'ajouter quelques commissions à celles qui étaient fixées de capitaines, leutenants et enseignes réformés, mais ad honores seulement, dans l'espérance que vous ne le désapprouviez pas présentement.
Il y aura lieu d'en replacer la plus
grande partie par la mort des officiers
que nous avons perdus depuis, où de
ceux qui repassent en France. Il y en
a quelques-uns à qui je n'ai pu m'empêcher d'accorder le congé à cause des affaires pressantes de famille qu'ils mont fait connaître qu'ils avaient, et d'autres qui m'ont remis leur commission et qui ne sont peut-être pas trop à regretter.
Le chevalier d'Eau ne serait pas de ce nombre, quelques destinées qu'il ait pü avoir, car il est plein de mérite, de courage et de prudence ; on ne saurait en être plus en peine que je ne le suis, n'ayant eu aucune de ses nouvelles depuis son départ. J'ai appris seule-
ment, par l'ecclésiastique que nous
avons retiré d’entre les mains des An-
lais, qu'il a su que les Iroquois l'avaient
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envoyé à Manatte pour marquer aux Anglais qu'ils ne voulaient entendre à aucune proposition d'accommodement avec nous, et qu'il y était bien traité.
Il ne serait peut-être pas impossible que les [roquois, de l'humeur dont ils sont, sachant le mauvais succès qu'ont eu les Anglais, ne le retirassent de jeurs mains, et n'envoyassent proposer quelque accommodement. Il faut attendre un peu et voir les démarches qu'ils feront ; car j'ai toujours été fort résolu, comme le Roi me l'ordonne, quelque iécessité qu'il y ait d'avoir, s'il se peut, la paix, à n'en point faire qui soit honteuse, ni qui puisse marquer que nous
la souhaitons trop.
Vous verrez, Monseigneur, par tout ce que je me suis donné l'honneur de vous dire, que j'ai, en quelque façon, prévenu les ordres de Sa Majesté sur le parti de la défensive, des négociations de paix, des soins des semences et des récoltes, et des différents détachements pour harceler les ennemis, et être averti de leurs mouvements.
Présentement que ses intentions me sont connues, je m y appliquerai encore davantage.
Quelque difficulté qu'il y ait présentement à avoir de la correspondance avecles sauvages de la Rivière St-Jean,
à cause de la perte de l'Acadie, j'espère
trouver le moyen de les assister de
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RELATION DE FRONTENAC. 155 munitions et d'armes et de les entretenir dans la bonne volonté où ils sont.
Je n'ai garde de manquer aussi aux Cannibas et principalement aux Abénaquis, qui ont rendu le plus grand service qu'on pouvait jamais attendre d'eux en avertissant, comme ils ont fait, de l'approche de la flotte anglaise, puisque sans eux elle serait arrivée dans notre rade avant que nous en eussions eu aucune nouvelle.
L'année avant que je partisse (168:) de ce pays, je vous demandai une commission en faveur du sieur Bizard, major de la vilie de Montréal, pour y
commander en l'absence du gouver-
neur, et, quand je fus arrivé en France.
je vous renouvelai mes instances, et vous eûtes la bonté de me l'accorder et de l'envoyer à M. le Marquis de Denonville, qui ne la lui a point délivrée pour des raisons que je ne sais pas et peut-être parce que c'était moi qui lui avait procuré cette grâce auprès de vous. De sorte que depuis ce tempslà il a été privé de cet avantage, comme il le sera toujours, jusqu'à ce qu'il vous plaise me faire renvoyer une seconde expédition de sa commission, comme je vous en supplie très humblement.
Etant nécessaire de prendre présentement un peu plus de précaution pour la conservation de la ville de Québec
qu'on n'a fait par le passé, et n'y ayant,
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en mon absence, qu'un seul officier pour y commander, qui est le major, Je ne sais, Monseigneur, si vous ne Jugeriez pas à propos d'y créer un lieutenant du Roi pour y commander avec plus d'autorité. En ce cas, ie ne crois pas que vous puissiez jeter les yeux sur personne qui s'en acquitte mieux que le sieur Prévost, major, qui, par les soins et la vigilance qu'il a apportés en cette dernière occasion peut espérer assurément quelque récompense et quelque marque de distinction.
En cas que vous lui procurassiez cette grâce, Je vous demanderai la
place de major pour le sieur de La
Vallière, capitaine de mes gardes, qui,
sans préoccupation, est assurément le gentilhomme de tout le pays qui est le plus capable de s'acquitter des choses qu'on lui voudra confier de quelque nature qu'elles puissent être, et, si vous daignez vous en informer, il n’y a personne à qui vous le demandiez qui ne lui rende le même avantage.
JE joins à cette lettre un mémoire de ceux qui m'ont prié de vous recommander leurs intérêts, et l'on vous présentera un placet pour le sieur et la Delle Denis, sur lequel je vous demande en dernière grâce de faire quelque réflexion.
Je ne saurais, Monseigneur, finir cette
lettre sans vous féliciter sur les grands
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avantages que Sa Majesté a remportés par terre et par mer sur ses ennemis, et auxquels vous avez tant de part par les soins et les ordres que vous avez donnés pour fournir cette prodigieuse et formidable armée navale.
Je prends la liberté de lui faire mes très humbles compliments et de mettre dans votre paquet la letire à cachet volant que je me donne l'honneur de lui écrire, afin de vous supplier de la lui présenter si vous le jugiez à propos.
Ces victoires vous ont à la vérité coûté des larmes, par la perte que vous y avez faite de MM. vos frères, à laquelle j'ai pris toute la part qu'une
personne aussi attachée que je le serai
toujours à tous vos intérêts devait
prendre,
Il ne me reste donc plus, Monseigneur, quà vous demander la continuation de votre protection et de vouloir bien songer à moi dans la distribution des grâces et des honneurs que le Roi pourra faire, si vous jugez que J'en aie mérité par quelque chose qui lui ait pu plaire.
Il est assez ordinaire de regarder ce qui se passe dans un pays aussi éloigné qu'est celui-ci avec beaucoup moins d'attention que ce qui est plus proche et plus important, mais je ne laisse pas
d'espérer de la bonté que vous avez
pour moi, que vous ne saurez bien
lemployer en ma faveur quand vous en trouverez l'occasion.
Je n’en perdrai jamais aucune de
vous donner des marques du profond
respect et du véritable attachement avec lequel je suis, Monseigneur,
Votre très humble, très obéissant et
très obligé serviteur,
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Je prends la liberté de vous envoyer, Monseigneur, un mémoire sur quelques petites choses qui me regardent en mon particulier, sur lequel je vous supplie de faire quelque considération.
Le sieur de la Chesnaye, ci-devant fermier général de ce pays, vous en fera présenter un par ses amis. Il mérite assurément quelque grâce qui lui donne de la distinction pour Îles
services qu'il a rendus, et les établisse-
ments qu'il y possède.
Enfin, Monseigneur, les trois navires que nous attendions se sont rendus à notre rade le 15, le 16 et le 17 dece
mois, ceux que jai dépêchés au-
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RELATION DE FRONTENAC, 163 devant d'eux les ayant fait entrer dans la rivière du Saguenay, et, par ce moyen, fait éviter les ennemis, Nous espérons d'en renvoyer deux quoique la saison soit extrêmement avancée pour pouvoir vous donner de nos nouvelles et des avis de la nécessité qu'il y à que nous recevions un prompt secours l’année prochaine, ce que les vaisseaux nous apportent pouvant un peu diminuer l'extrémité dans laquelle nous étions réduits, mais non pas
remédier à tous nos besoins.
(Signé) FRONTENAC.
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Archives dela marine. Paris, À yance.
(Extrait.)
Le départ de M. le comte de Frontenac pour Québec était marqué au Loième d'octobre ; comme il était prêt de s'embarquer avec M. et Mde l'Intendante, un canot dépêché par M.
Prévost, major de Québec, arriva sur les deux heures après-midi. Il avait fait fort grande diligence et n'en était
parti que le sept. Il apportait deux
de ses lettres.
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La première lettre était datée du 5, et il lui envoyait une copie de ce que les principaux sauvages de l'Acadie, Abénaquis de nation, députés exprès par leurs chefs, lui avaient rapporté.
“ Je viens incessamment pour t'avertir que j'ai appris, par une anglaise considérable, que proche Pentagouët, 30 vaisseaux, dont 3 sont fort grands, partent pour venir prendre Québec:
Que ces vaisseaux sont de Boston et de quatre villes considérables ; que les Anglais se vantent de prendre Québec aussi facilement qu'ils ont pris le Port-Royal:
“ Cette nouvelle étant apprise, les
chefs les plus considérables ont jugé
qu'il fallait incessamment envoyer avertir le grand capitaine de Québec.
J'ai été douze jours à venir ainst; il doit y avoir six semaines depuis Île départ de ces vaisseaux.”
La seconde parole était pour demander au grand capitaine de Québec qu'il leur fit rendre par les Iroquois plusieurs de leurs gens qu'ils avaient pris croyant donner sur des sauvages qui fussent entièrement à l'Anglais.
La troisième qu'ils ont envoyée, c'était pour faire savoir au grand capitaine des Français que les principaux chefs ne pouvaient pas descendre cet
automne pour lui venir parler comme
ils avaient promis, parce qu'ils sont
encore actuellement en guerre ; qu'ils tâcheront d'envoyer quelqu'un sur la fn de l'hiver prochain; qu'après Noël, qui est le temps qu'ils jugent que les Anglais seront retournés dans leurs maisons, ils feront subite irruption chez eux.
L'autre lettre disait que le sieur de Cannanville revenant du côté de Tadoussac, et s'étant arrêté pour voir s'il n'apercevrait point quelques navires de France, il en avait vu 24, dont huit lui avaient paru fort gros.
Le sieur Prévost envoya, sur ces nouvelles, le sieur de Grandville, lieutenant réformé, son beau-frère, avec
une biscaïenne et un canot bien armé
pour aller à la découverte du côté de Tadoussac.
On partit un moment après ces nouvelles reçues sans y ajouter pourtant beaucoup de foi.
Le lendemain, sur les 2 ou 3 heures après-midi, étant vis-à-vis de Saint- Ours, à 15 lieues de Montréal, Monsieur le Comte reçut d'autres nouvelles du sieur Prévost qui confrmaient les premières. Il avait appris par trois hommes qui s'étaient sauvés que la barque dans laquelle étaient Mesdemoiselles Lalande et Jolliet avait été prise à 30 lieues de Québec par une flotte anglaise de 30
navires : que les ennemis pouvaient
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être à l'Ile-aux-Coudres. à 12 (sr) lieues d'ici, (1)
Cette dernière confirmation obligea Monsieur le Comte à dépêcher le sieur de Ramesay, capitaine, pour en donner avis à M. de Callières et faire descendre toutes les troupes et une partie des habitants. Il alla coucher cette nuit même à Sorel.
Le jeudi, le vent s'étant trouvé tout à fait favorable, il arriva à midi aux Trois-Rivières où il donna ses ordres pour faire descendre tout le monde.
Il fut obligé de coucher dans la galiote à 15 lieues au-dessous, vis-à-vis
1) L'Ile-aux-Coudres est située à vingt lieues
(Québec.
les Grondines, la nuit et le mauvais temps l'ayant empêché de pouvoir mettre à terre.
Le vendredi, il ne put que gagner la Pointe-aux-Trembles où il arriva à midi; la pluie et le vent contraire l'y retinrent tout le reste du jour. Il en partit le samedi— 14—en canot et arriva à midi à Québec, où vous pouvez Juger, Madame, (1) qu'il fut reçu avec bien de la joie. Il semblait que les bourgeois n'avaient plus aucune crainte, possédant leur gouverneur, et, quoiqu'il n'amenât avec lui que deux
(1) Tous nos historiens ont présumé que le Mémoire
de Monseignat avait été adressé à Madame de Main-
tenon,
Où trois cents hommes, ils disaient
hautement qu'ils attendaient les Anglais
de pied ferme et qu'ils pouvaient venir
quand il leur plairait,
Il visita tous les postes dès qu'il fut arrivé, trouva toutes les choses en parfait bon état, et fut surpris de la diligence avec laquelle Monsieur le Major avait fait faire des retranchements aux endroits qui n'étaient point fortihiés, et des batteries que l'on aurait cru avoir été commencées depuis plus de deux mois quoiqu'on n'y eût travaillé que six jours avec fort peu de monde.
Le sieur Lemoine de Longueuil
était déjà parti avec quelques sauvages
hurons et abénaquis pour examiner les mouvements des ennemis. Les côtes de Beaupré, Beauport, l'Ile d'Orléans et la Pointe de Lévy étaient bien garnies et les habitants avaient promis d'v faire bonne résistance si les ennemis s'en approchaient; ce qu'ils ont parfaitement exécuté.
Les autres habitants des environs de Québec et qui étaient couverts par la ville s'y étaient jetés. Il'en arrivait à tout moment à la file et 1l semblait que tout le monde voulût avoir part à une action que chacun espérait être glorieuse pour le Canada.
Le dimanche matin, 15 octobre, M.
de Vaudreuil, colonel des troupes,
partit avec 100 hommes pour aller audevant des ennemis et les charger s'ils mettaient à terre. Il devait aussi les avoir toujours à la vue et donner ordre du moment de leur arrivée. M. le comte fit partir deux canots dans le même temps qui devaient aller par les deux côtés de la rivière au-devant de nos vaisseaux et les avertir de ce qui se passait. [1 fit commencer, le matin même, une batterie de 8 pièces sur la montagne, à la droite du fort, qui fut achevéele lendemain, à la pointe du jour.
Quoique je ne sois point ingénieur,
je vais vous faire, Madam:, un petit
plan de Québec, qui ne sera peut-être
pas dans les termes de l'art, mais vous
excuserez mon peu de capacité sur cette matière.
Vous savez que la rivière (S#-ZLaurent) y forme un fort grand bassin ; elle y descend par un seul canal et se divise en deux à l'Ile d'Orléans, deux lieues au-dessous, dont l’un passe au nord encre cette île et la côte de Beaupré, et l'autre au sud entre cette même ile et la Pointe de Lévy; c'est ce qui forme ce grand bassin où la flotte ennemie a mouillé du côté de Beauport, qui n'est séparé de la côte de Beaupré que par le Sault de Montmorency dont la chute fait la plus belle nappe d'eau du
monde. Beauport n'est éloigné de
Québec que d’une lieue ; il y a entre
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deux une petite rivière (Sé-Charles) que l'on passe à oué en basse marée.
Québec est placé vis-à vis la Pointe de Lévy, un peu au-dessus: il est divisé en haute et basse villes qui n'ont communication ensemble que par un chemin assez escarpé. Les églises et les communautés sont toutes à la haute ville. Le fort est sur la croupe de la montagne et commande la basse ville où sont les plus belles maisons et où demeurent tous les marchands. Le Palais, où demeure M. l'Intendant, est presque détaché de tout le reste de la ville : il est situé sur la gauche, sur 1e bord de la petite rivière (S4. Charles)
et au bas de la côte.
Les fortifications que M. le Comte avait fait faire y commençaient et remontaient du côté de la haute ville qu'elles entouraient ; elles venaient finir à la chute de la montagne du côté du fort, à l'endroit nommé le Cap au Diamant.
On avait continué auprès du Palais une palissade tout le long de la grève qui venait gagner au-dessous de l’hôpital (Æôtel- Dieu) jusque à la clôture du Séminaire et se perdait à des roches inaccessibles. Il y avait au-dessus une autre palissade qui joignait au même endroit que l'on nomme le Sauit-au-
Matelot où l'on avait mis une batterie
de 3 pièces de canon. L'autre batterie
RELATION DE MONSEIGNAT. 177 haute dont je vous ai déjà parlé était à la droite, Il y en avait deux à la basse ville de 3 pièces de 18 livres de balles chacune et toutes deux posées au milieu des côtes d'en haut. Les endroits ouverts où il n'y avait point de portes étaient barricadés de bonnes poutres et barriques pleines de terre, de graviers et de pierres.
Le chemin de la basse ville était coupé de trois différents retranchements de barriques et de sacs de terre.
On fit, depuis l'attaque, une autre batterie au même Sault-au-Matelot, un peu plus sur la droite que la première.
On en fit une aussi à la porte qui va à la petite rivière (S/-Charles).
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Il y avait quelques petites pièces disposées autour de la haute ville, principalement sur la butte d'un moulin qui servait de cavalier.
C'est ainsi, Madame, que la ville était disposée lorsque les Anglais y vinrent ; mais nous fondions beaucoup plus d'espérance sur notre bonne cause et la résolution où chacun paraissait de bien faire son devoir que sur ces faibles fortifications.
Le même jour, sur les 7 heures du soir, on apprit que la flotte ennemie avait levé l'ancre et était passée la pointe du bas de l'Ile d'Orléans. Un
autre message apprit qu'ils étaient
mouillés à 3 lieues de Québec.
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Le lundi, 16ième octobre, sur les 3 heures après minuit, M. de Vaudreuil revint et l’on vit le feu des navires peu de temps après ; dès qu'il fit jour on découvrit toute la flotte au nombre de 34 voiles. Il n'y avait que 4 gros VAISSEAUX, 4 un peu moindres, Je reste était caiches, b:-ques, brigantins et Hibots parmi lesquels on dit aussi qu'il Y avait quelques brûlots. Les petits bâtiments se rangèrent au côté de la côte de Beauport, et les gros se mirent un peu plus au large.
Sur les dix heures, une chaloupe, portant à son avant pavillon blanc.
partit de l'amiral et vint à terre, quatre
canots allèrent au-devant portant le
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même pavillon. Ils la joignirent presque à la moitié du chemin. Il y avait dedans un trompette qui accompagnait l'envoyé du général. Il fut mis seul dans le canot; on lui banda les yeux et il fut conduit dans la chambre de Monsieur le &crnte.
Voilà la copie de la lettre qu'il lui présenta :
Sieur Guillaume Phips, chevalier et commandant général en chef sur toutes les forces de leurs Majestés de la
Nouvelle-Angleterre par mer et par
terre,
Au Comte de Frontenac, Lieutenant Général et Gouverneur pour le Roi de France en Canada, ou, en son
D ER A A mA Re fe ne Re
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absence, à son député ou à celui qui commande en chef à Québec :
Les guerres entre les deux couronnes d'Angleterre et de France ne Sont pas seulement un suffisant motif mais la destruction faite par les Français et les Sauvages sous votre commandement et encouragement sur les Personnes et biens des sujets de leurs Majestés de la Nouvelle- Angleterre, sans aucune provocation de leur côté, les oblige de faire cette expédition pour leur propre sûreté et satisfaction.
Comme aussi les cruautés et les barbaries qui ont été exercées par les
Français et les Sauvages pouvaient,
Par cette présente occasion, nous en-
gager à nous revancher sévèrement, cependant, étant désireux d'éviter les actions inhumaines et contre le christianisme, comme aussi pour prévenir l'effusion du sang autant que possible, moi, ci-dessus, Guillaume Phips, chevalier, par ces présentes et au nom de leurs très excellentes Majestés Guillaume et Marie, Roi et Reine d'Angleterre, Ecosse, France et Irlande, Défenseurs de la Foi, et par ordre de leurs susdites Majestés, Gouverneur du Massachusetts, colonie dans la Nouvelle-Angleterre, demande que vous ayiez à rendre vos forts et châ-
teaux sans être démolis, comme aussi
toutes les munitions sans y être touché,
comme aussi une prompte délivrance de tous les captifs ensemble avec la délivrance de vos personnes et biens à ma disposition.
Ce que faisant vous pourrez espérer pardon de moi comme un chrétien, ainsi qu'il sera jugé à propos pour le service de leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets ; ce que, si vous refusez de faire, je suis venu pourvu et résolu, avec l'aide de Dieu dans lequel je me fe, par force d'armes de revancher tous les torts et injures qui nous ont
été faits et de vous rendre sous la
sujétion de la couronne d'Angleterre :
et lorsque trop tard vous le voudrez
faire regretterez de n'avoir pas plus tôt
accepté la faveur que l'on vous a offerte.
Votre réponse positive, dans une heure, par votre trompette, avec le retour du mien, est ce que je vous demande sur
le péril qui pourra s’en suivre.
LC farm FA ' Comme on achevait d'expliquer cette lettre, qui était en anglais, l'envoyé tira de sa poche une montre qu'il présenta à Monsieur le Comte. Il la prit, et faisant semblant de ne pas bien voir quelle heure il était, l'envoyé s'avança pour lui dire qu'il était dix heures et qu'il lui demandait qu'à onze heures précises il le voulut renvoyer avec sa
réponse.
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“ Je ne vous ferai pas tant attendre, lui répliqua Monsieur le Comte. Dites à votre général que je ne connais point le roi Guillaume et que le prince d'Orange est un usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés du sang en voulant détrôner son beau-père; que je ne sais, en Angleterre, d'autre souverain que le roi Jacques; que votre général n'a pas dû être surpris des hostilités qui ont été faites par les Français dans la colonie du Massachusetts puisqu'il a dû s'attendre que le Roi, mon maître, ayant reçu sous sa protection le Roi d'Angleterre et étant
prêt à le replacer sur le trône, par la
force de ses armes, comme j'en ai nou-
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velles, Sa Majesté m'ordonnerait de porter la guerre en ces contrées, chez les peuples qui se seraient révoltés contre leur souverain légitime.” —Et, lui montrant quantité d'officiers dont sa chambre était remplie, il lui dit en riant :—“* Votre général croit-il, quand il m'offrirait des conditions un peu plus douces, que je fusse d'humeur à les accepter, que tant de braves gens y voulussent consentir et me conseillassent de me fier à la parole d'un homme qui n'a pas gardé la capitulation qu'il avait faite avec le gouverneur de Port- Royal, et à un rebelle qui a manqué à la fidélité qu'il devait à son roi légitime
en oubliant tous les bienfaits qu'il en
avait reçus pour suivre le parti d'un prince qui, en essayant de persuader qu'il veut être le libérateur de l’Angleterre et le Défenseur de la Foi, y détruit les lois et les privilèges du royaume, et renverse la religion angli.
cane, ce que la justice divine, que votre général réclame dans sa lettre, ne manquera pas de punir un jour sévèrement.”
Ce discours ayant fort surpris et alarmé l’envoyé, il demanda à Monsieur le Comte s'il ne voulait pas lui donner de réponse par écrit.—“* Non, lui répondit Monsieur le Comte, je n'ai
point de réponse à faire à votre géné-
ral, que par la bouche de mes canons
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et à coups de fusil ; qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer un homme comme moi; qu'il fasse du mieux qu'il pourra de son côté, comme je ferai du mien.”
Cette réponse finie, on banda les yeux de l'envoyé et on le ramena à sa chaloupe.
Sur les quatre heures après-midi, le sieur de Longueuil, revenant avec ses sauvages, accompagné du sieur de Maricourt, son frère, qui arrivait de la baie d'Hudson dans le navire commandé par le sieur de Bonaventure qui, par bonheur, fut averti assez à temps pour ne point tomber entre les
mains des ennemis, passa avec ses
canots le long de la flotte ; quelques
chaloupes se détachèrent pour le charger, mais il gagna terre en les recevant à bons coups de fusil; ces chaloupes se trouvèrent obligées de retourner à leurs navires et furent saluées en passant par les habitants de Beauport qui étaient sur la grève.
Le mardi, une barque chargée de monde, alla du côté de terre entre Beauport et la petite rivière (.S4 Charles) ; on s'y escarmoucha assez longtemps après qu'elle eut échoué, et on l'aurait même attaquée s'il n'avait fallu se mettre dans l'eau jusqu'à la ceinture pour y aller.
Le mercredi, 18, on vit presque
toutes les chaloupes chargées de monde gagner le même endroit où cette barque avait échoué la veille.
Comme on était incertain de l'endroit où les ennemis feraient leur descente, il y avait peu de monde de ce côté-là.
On détacha la plupart des habitants de Montréal et des Trois-Rivières et ceux qui se trouvèrent les plus lestes pour aller escarmoucher. Les ennemis étaient déjà à terre au nombre de deux mille hommes, et s'étaient rangés en bataille devant que nos gens arrivassent qui, avec quelques habitants de Beauport, qui se joignirent à eux, faisaient au plus trois cents hommes :
encore ne donnèrent-ils pas tous.
Comine le terrain est fort difficile, plein de broussailles et de rochers, et qu'on y a, à marée basse, de la vase jusqu'à mi-jambe, ils étaient divisés en plusieurs petits pelotons et attaquèrent, sans tenir presque d'ordre et à la manière des sauvages, ce gros corps qui était fort serré. Ils firent plier un premier bataillon et l'obligèrent de regagner la grève; le feu dura plus d’une heure ; nos gens voltigeaient incessamment autour des ennemis, d'arbre en arbre, et ainsi les furieuses décharges qu'on faisait contre eux ne les incom-
modaient pas beaucoup.
Monsieur le Comte fit passer un
bataillon de troupes pour assurer la retraite de nos gens.
Nous perdîimes dans cette occasion le chevalier de Clermont, capitaine réformé, qui avait suivi, avec d’autres officiers, comme volontaire. Il s’engagea un peu trop avant et ne put se
retirer. Le fils du sieur de la Touche,
seigneur de Champlain, y fut aussi
tué ; le sieur Juchereau de St-Denis, âgé de plus de soixante ans, qui commandait la milice de Beauport, y eut le bras cassé. Nous eûmes en tout dix ou douze hommes blessés dont un est mort depuis. On espèr: que tous les autres guériront.
Les ennemis perdirent dans cette
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Occasion cent cinquante hommes au rapport d'un habitant qui visita la nuit le champ de bataille. Ils brûlèrent quelques habitations après le combat.
Sur le soir, leurs quatre plus gros navires vinrent mouiller devant Québec.
Le contre-amiral, qui portait pavillon bleu, se posta un peu plus sur la gauche, Presque vis-à-vis du Sault-au-Matelot.
L'amiral était sur sa droite ; le viceamiral un peu au-dessus, tous deux vis-à-vis la ville basse : et le quatrième, qui portait la flamme de chef d'escadre, se tira un peu plus du côté du Cap au
Diamant.
Nous les saluâmes les premiers et
ensuite ils commencèrent leurs canon-
nades assez vigoureusement ; on leur répondit de même; ïls ne tirèrent presque que sur la haute ville ce soirlà. Il y eut le fils d'un bourgeois de tué et un autre blessé. Le sieur de Vieuxpont eut son fusil emporté du même coup et en eut le bras démis.
Les coups de canon cessèrent de part et d'autre sur les huit heures du soir.
Le jeudi, à la pointe du jour, nous recommençames encore les premiers. IT semblait que les ennemis avaient un peu ralenti leur feu ; le contre-amiral qui avait tiré le plus vigoureusement se trouva fort incommodé par les batteries du Sault-au-Matelot et celle d’en
bas du côté de la gauche. Il fut aussi
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obligé de relâcher le premier: l'amiral le suivit d'assez près, mais avec bien de la précipitation. Il avait reçu plus de vingt boulets dans le corps de son vaisseau, dont plusieurs l'avaient percé à l'eau. Toutes ses manœuvres étaient coupées ; son grand mât presque cassé auquel il a été obligé de mettre des jumelles, quantité de gens y avaient été blessés et plusieurs tués. Il avait obligation à la plus grande partie de ces coups au sieur de Ste-Héiène qui pointait lui-même le canon. Craignant d'en recevoir encore quelques-uns qui l'achevassent, il fila tout le câble de son
ancre, l'abandonna, et se retira tout en
désordre.
Les deux autres tirèrent encore quelque temps, mais ils ne tirèrent plus depuis midi.
Sur les cinq heures du soir, ils s’allèrent mettre à l'abri dans l'Anse des Mères (Ursulines) derrière le Cap au Diamant où ils se sont radoubés le mieux qu'il leur a été possible. On avait envoyé dans cette anse un déta-
chement pour les observer ; on leur tua
quelques hommes, de terre, et ils furent
obligés de mouiller hors de la portée du fusil.
Le vendredi, les sieurs de Longueuil et de Ste-Hélène avec quelques Français commencèrent à escarmoucher, sur
les 2 heures après-midi, contre la tête
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de l'armée des ennemis qui marchaient en bon ordre le long de la petite rivière (SÆ Charles). Ils firent plier leurs vers détachés qui se rejoignirent à leur gros. Le combat fut assez longtemps opiniâtre. Nos gens se battaient de la même manière qu'à la précédente escarmouche. Monsieur le Comte avait cependant fait mettre en bataille trois bataillons de troupes du côté d'en deça de la rivière et était à leur tête prêt à recevoir les ennemis s'ils en avaient voulu tenter le passage.
Nos gens firent leur retraite en bon ordre, mais, par malheur, le sieur de
Ste-Hélène eut la jambe cassée d’un
coup de fusil, le sieur de Longueuil,
son frère, qui eut, l'année passée, un bras cassé au combat de Lachine, reçut aussi une contusion au côté et aurait été tué sans sa corne à poudre qui se trouva à l'endroit où donna la balle.
Il y eut deux autres hommes de blessés et un soldat et un habitant de tués.
Les ennemis tirèrent sur nos gens quelques volées de canon, sans effet. Ils en envoyèrent aussi à l'endroit où nos troupes étaient en bataille. Nous connûmes par là qu'ils en avaient mis à
terre. On leur répondit de la batterie
qui était à la porte de la petite rivière
(S4-Charles). Ils mirent ensuite le feu à quelques granges, ce que l’on ne
pouvait empêcher et tuèrent quelques
bestiaux qui erraient dans la campagne et qu'ils ont transportés à leurs navires.
[ls n'ont perdu pas moins de monde dans cette occasion qu'à l’autre,
Le samedi, 21, le sieur de Villieu, lieutenant réformé, qui avait demandé à Monsieur le Comte un petit détachement de soldats de bonne volonté, alla aussi du côté où étaient campés les ennemis. Les sieurs de Cabanac et Duclos de Beaumanoir sortirent aussi avec d’autres petits détachements. Le sieur de Villieu commença l’escarmouche sur les deux heures aprèsmidi, et attira les enremis dans une
embuscade et s’y maintint fort long-
temps. [ls firent un détachement pour
200 SIÈGE DE QUÉREC.
l'entourer qui fut chargé par une autre embuscade des habitants de Beauport, Beaupré et l'Ile d'Orléans. Les sieurs de Cabanac et de Beaumanoir don-
nérent aussi de leur côté. Nos gens
escarmouchaient toujours en perdant
du terrain et firent ferme lorsqu'ils se furent tous rejoints à une maison où il y avait quantité de palissades, sur une hauteur, derrière laquelle ils tirèrent. (1) Le combat dura jusqu'à la nuit, et les gens frais que les ennemis y envoyaient toujours ne servirent qu'à augmenter leurs pertes. Nous n'y avons eu qu'un
jeune écolier et un sauvage de blessés.
(11 Très probablement la maison du chirurgien Timothée Roussel.
RELATION DE MONSEIGNAT, 201 Les ennemis y ont dû perdre quantité de monde,
La nuit, qui fut fort obscure et pluvieuse, leur donna le moyen d'enlever leurs morts et d'empêcher de connaître le désordre où ils étaient, car leur épouvante fut si grande qu'à sa faveur ils se rembarquèrent avec précipitation et abandonnèrent leurs canons. Le sieur de Villieu et les habitants n’en eurent aucune connaissance: is ne s'aperçurent de leur avantage que le lendemain, dimanche, 22ième, au point du jour.
Les sauvages qui faisaient la découverte trouvèrent les premiers les cinq
pièces de canon avec leurs affûüts de
campagne, cent livres de poudre et
quarante à cinquante boulets. Ceux de Beauport et de Beaupré s'en saisirent. Plusieurs chaloupes tentèrent de mettre à terre et furent repoussées,.
Le sieur de Monic (Ÿoseph Demonic), capitaine, étant sorti, la veille, avec cent hommes, avait fait un fort grand circuit pour s’aller jeter dans Beauport et ne
s'était pas trouvé au combat. Monsieur
le Comte le fit rester à quelque distance
du camp des habitants pour les soutenir au cas d’une nouvelle descente.
Ils se faisaient fort de garder leurs postes avec deux pièces de canon que l'on leur avait laissées. Les trois autres furent amenées ici le même Jour.
L'après-midi, les deux navires qui
étaient dans l'Anse des Mères (Ursulines) mirent à la voile pour aller rejoindre la flotte. On les salua à boulets en passant et ils nous répondirent sans nous faire grand mal.
Le lundi, les sieurs de Subercaze et d'Orvilliers, capitaines, partirent à la tête de cent hommes pour s’aller jeter dans l'île d'Orléans. Le sieur de Villieu avait aussi reçu ordre de descendre au cap Tourmente, au-dessous de la côte de Beaupré. On jugeait bien que les ennemis nous quitteraient bientôt et on craignaïit leur descente en ces endroitslà. Ils mirent à la voile vers le soir
et se laissèrent porter au courant : mais
quelques-uns n'ayant pas pu trouver
de bon mouillage furent obligés de relâcher. Ils disparurent enfin tous le lendemain, mardi, sur les dix heures du matin et furent mouiller à l'Arbre Sec.
La demoiselle de Lalande, qui était prisonnière sur l'amiral, voyant qu'ils se disposaient à retourner en leur pays, fit demander au général Phips, par un interprète, s'il voulait l'y mener et laisser à Québec quantité de ses compatriotes qui y étaient prisonniers, qu'elle espérait que, si on proposait de faire un échange, cette négociation pourrait réussir. Elle fut elle-même envoyée sur sa parole pour faire cette
proposition.
Monsieur le Comte l'accepta avec
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Joie étant bien aise de la recevoir avec sa fille aussi bien que le sieur de Grandville et le sieur Trouvé, prêtre, qui avait été pris au Port-Royal et qu'ils avaient amené ici avec quelques autres prisonniers de l'Acadie, espérant qu'ils leur seraient d'une grande utilité après la prise du pays. Elle s'en retourna le soir, fort joyeuse, à bord de l'amiral.
Les prisonniers anglais que nous voulions rendre furent assemblés le soir même; ce n'était que des femmes et des enfants, et il n'y en avait pas un de considérable que le capitaine Davis qui commandait dans le fort que le sieur de Portneuf avait pris. Il y avait
aussi les deux filles de son lieutenant
(Clarke) qui fut tué, qui paraissaient assez bien nées. Monsieur le Comte les avaient rachetées des sauvages et les avait mises en pension. Madame l'Intendante avait racheté une autre petite fille de neuf ou dix ans, assez jolie, qu'il lui fâchait beaucoup de rendre ; cependant elle s’y résolut pour le bien public. Ils faisaient en tout dix-huit.
Monsieur de LaVallière fut chargé de cet échange. Il se rendit à terre, le mercredi matin, vis-à-vis l'endroit où les Anglais étaient mouillés. La négociation dura tout le jour. Un ministre avait passé à terre et on trouva Île arder sur les difficultés
secret de le g
ent qu'ils (%s Anglais) faisaient de rendre ite Monsieur Trouvé. Enfin tout fut et échangé de bonne foi: mais nous y ne gagnâmes beaucoup puisque nous tre eûmes pour des enfants des hommes eZ faits et en état de servir, et que le de nombre des Français était plus grand ur que le nombre des Anglais.
ut Îls ont gardé deux de nos pilotes français à qui ils ont donnc parole de v'é mettre à terre lorsqu'ils auraient passé le les dangers de la rivière. On ne sait où s'ils la tiendront parce qu'ils se vantent O- de revenir le printemps prochain.
re Tous nos prisonniers arrivèrent le le . soir même, à la réserve de Monsieur és ’ Trouvé, qui ne revint que le jeudi
matin, avec Monsieur de LaVaillière.
Le vendredi, 27, trois hommes arrivérent de la baie Saint-Paul qui rapportèrent qu'ils avaient été à deux navires français qui étaient prêts à passer le détroit de l’Ile-aux-Coudres, qu'ils les avaient avertis que la flotte anglaise était devant Québec; qu'ils avaient appris d'eux qu'ils devaient être suivis de huit autres avec lesquels ils étaient partis de La Rochelle. Peu de temps après, des canots que Monsieur le Comte tenait exprès sur Îles côtes lui confirmèrent ce que ces habi-
tants lui avaient dit.
Un troisième navire, nommé Ze
Clorieux, fut aussi averti de la même chose et on en eut avis qu'il se préparait à entrer dans la rivière du Saguenay pour s'y cacher Jusques à ce que la flotte ennemie eût passé. On na eu aucune nouvelle de tous les autres.
À l'égard des deux premiers on ne sait pas encore quel parti ils ont pris ; à l'heure que j'écris ceci, qui est le neuf de novembre, on n’en a point encore de connaissance.
Monsieur le Comte avait dépêché, immédiatement après avoir été averti par ces habitants, quantité de canots remplis de monde pour se Jeter dans
ces navires, mais ils n'ont pas pu les
rejoindre. Un de ces canots a poussé jusqu'au Saguenay et n'est point encore revenu. Ce qui fait espérer qu'il aura joint quelqu'un de ces navires et reviendra ici dedans lorsque le vent le leur permettra. On a fait aussi partir une barque armée avec trente hommes dessus, pour aller au-devant. Tout cela nous empêche de désespérer encore de leur venue et nous les attendons de jour en jour avec beaucoup d'impatience pour le besoin où nous sommes de toutes choses, tout généralement manquant dans ce pays et la maison de Monsieur le Comte n'étant pas plus exempte de cette disette que
celle des autres.
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Plusieurs passagers ont débarqué et se Sont rendus ici en canot. Le sieur de La Forest à rendu à Monsieur le Comte les paquets du Ro: et vos lettres. Ce nous a été une grande joie de recevoir des nouvelles aussi agréables que celles qui nous sont venues de France.
Nous espérons que les grandes victoires que Sa Majesté à remportées sur ses ennemis par mer et par terre et les avantages que la France en retire Pourront rejaillir jusques sur nous et qu Elle n'abandonnera pas ce pauvre Pays qui, malgré la misère où il est depuis longtemps, tâche à faire con-
naître à l’autre extrémité de la terre |
gloire de son auguste monarque et s'est trouvé assez heureux pour ajouter quelque chose à ses triomphes.
Dimanche dernier (5 novembre) les réjouissances furent faites avec grand appareil. Le grand pavillon de l'amiral et un autre que le sieur de Portneuf avait pris à l'Acadie furent portés à l'église au son du tambour. Le 7e Deun y fut chanté par Monsieur l'Evêque et l'on fit ensuite une procession solennelle en l'honneur de la Vierge patronne du pays. Toutes les troupes étaient sous les armes.
On a institué, à perpétuité, une fête
sous le nom de Notre-Dame des Vic-
toires, et l'église qu'on a commencée à
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la basse ville est dédiée sous le même nom pour être une marque éternelle de la protection que nous avons reçue du ciel dans cette attaque subite, puisque, si les ennemis avaient fait toute la diligence qu'ils pouvaient, et qu'ils n'eussent point été arrêtés par les vents, ils seraient arrivés à Québec devant que l’on en eût eu avis et s'en seraient infailliblement rendus maîtres, le trouvant dépourvu de monde.
Le feu de joie fut allumé à l'entrée de la nuit par Monsieur le Comte. I] y eut plusieurs décharges de notre canon et de mousqueterie : et l'on n'oublia pas à faire tirer plusieurs fois les
pièces que nous avons gagnées sur les
ennemis et qui nous seront utiles dans la suite.
Enfin, le r2ième novembre, nous avons appris que les trois navires français qui avaient passé à l'Ile-aux- Coudres avaient entré dans le Saguenay; qu'après avoir vu passer devant eux la flotte ennemie, ils étaient sortis de ce fleuve et qu'ils étaient fort proche d'ici.
Le Saint François-Xavier y vint mouiller le 15, la frégate nommée La [leur de May, le 16, et le Glorieux, le 17. Ces deux premiers se préparent
à repartir (1) quoique la saison soit
(1) Un seul partit : la Æ7ewr de May, le 26 novembre.