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AVANT-PROPUS, 15
à l'analyse, les mêmes éléments constitutifs, les mêmes principes essentiels de providence immédiate et de miracle absolu. 7e Deum de Frontenac, Ze Deum de Vaudreuil, 7e Deum de Montcalm ne sont que de mutuels échos.
En dépit des années qui espacent leurs millésimes célèbres, ces trois exploits semblent aujourd'hui synchroniques.
L'histoire contemporaine du Canada les chante si près de nous que l'illusion en demeure invincible.
—‘* On ne savait comment témoigner sa gratitude à la Divine Majesté, écrivait l'archiviste du monastère des Ursu-
lines de Québec, la relivieuse Anne
Bourdon, reconnaissant que c'était un
coup de sa puissance qui nous avait délivrés et que nous n'avions aucune part à cette victoire.” (1)
La célèbre mère Juchereau de La Ferté, en religion Jeanne-Françoise de Saint-Iynace, hospitalière de l'Hôtel- Dieu de Québec, disait à son tour :
“ Nous n'avons pu donner une juste idée de la consternation que nous causa la venue des Anglais, ni des assauts que nous eûmes pendant le siège par les différentes alarmes aue l'on prit de tout ce que l'on craignait; mais il ne nous
est pas plus possible d'exprimer la joie
(1) Cf: PAips devant Québec, page 102.—Relation
d'Anne Bourdon, en religion Afère Sainte Agnes, archiviste du monastère des Ursulines de Québec
ait
AVANT-PROPOS. 17 de toute la colonie quand on les vit partir en désordre. On avait de la peine à se persuader qu'ils se retirassent, et dès qu'on ne les vit plus on pensa aux moyens de rendre à Dieu des actions de grâces publiques.
Monsieur le comte de Frontenac fut un des plus zélés pour en marquer sa reconnaissance. Îl fit chanter le 7e Deum dans la cathédrale avec toute la solennité requise. On fit après une procession magnifique dans toutes les églises de Québec ; on leur porta l'image de la très sainte Vierge en triomphe, comme notre libératrice qui
avait vaincu nos ennemis. Tout reten-
tissait des louanges de la Keine des
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Anges et des hommes qui venait de
nous donner des témoignages si singu- à
liers de sa maternelle protection. On 1
établit la fête de Vofre-Dame de la À
Victoire dans l'église de la basse-ville 4 pour mémoire éternelle de la défaite à des Anglais. Monsieur de la Colom- À bière, archidiacre, y précha, avec son À éloquence ordinaire, et en fidèle servi- à teur de Marie, sur les obligations que L lui avait la Nouvelle-France et ce qu'on :
devait faire pour en mériter la conti- .
nuation. On lui attribua toute la gloire de cette victoire, sans parler de la prudence des gouverneurs, de la valeur
des officiers, ni de la bravoure des
soldats et des habitants, ce que pas un
ne k h De Re" Le.
ne trouva mauvais tant on était persuadé qu'Elle seule avait repoussé nos ennemis. La dévotion envers Marie s'augmenta beaucoup en ce pays.” (1)
D'autre part, le jésuite Michel-Germain de Couvert racontait que ‘la bannière de Notre-Dame a toujours été exposée au haut du clocher de la vrande église depuis que les Anglais ont paru devant Québec jusqu'à leur départ. C'est sous ce saint drapeau que nos pauvres habitants ont combattu et vaincu. Et, en mémoire d’une protection de Dieu si visible et si extra-
ordinaire obtenue par l'intercession de
(1) Juchereau: ZZis/oire de l'Hôtel D eu de Quéiec— édition de 1751, pages 332 et 333.
Notre-Dame, on donnera le nom de Notre-Dame de la Victoire à une église qui est commencée depuis quelques années (1688) et qu'on achèvera de bâtir au milieu de la basse-ville. (1) Outre cela, tous les ans, à perpétuité, on fera une grande fête avec procession solennelle, le quatrième dimanche d'octobre.” (2)
L'expédition de sir William Phips
n'était donc pas aussi méprisable qu'on
(1) Les autorités politiques et religieuses du pays s'inspirèrent très probablement en cette circonstance du bel exemple de Louis XITT, élevant une église en l’honneur de la sainte Vierge, sous le vocable de ofre- Dame de la Victoire, comme témoignage de sa reconnaissance pour la prise de La Rochelle.
(2) Cf: Archives nationales—K 1374, no 80 — Paris,
France,
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ne le croit généralement dans nos écoles élémentaires ou académiques. Malgré quelle s'abima dans toute l'horreur d'une catastrophe, elle eut pour la Nouvelle-France un résultat désastreux, une conséquence fatale : elle apprit aux Anglais le chemin du Canada. Cotton Mather prédisait comme Cassandre lorsqu'il écrivit, à notre égard :
“ Like Israël engaging against Ben- “Jamin, it may be we saw yet but the ‘ begtnnine of the matter : and that /#e “way to Canada now berne learnt, the “ foundation of a victory over it might
“be laid in what had been already
“ done.”
En français, cette phrase sinistre
se traduit par le vers de Musset :
Où le père a passé passera bien l'enfant !
Vingt-et-un ans plus tard, en 1711, un autre amiral anglais, sir Hovenden Walker, partait de Boston. 84 bâtiments de guerre et 9,500 soldats l'accompagnaient à la conquête, apparemment définitive, de la Nouvelle-France.
Jamais la colonie n'avait encore été menacée d’un plus grand danger. Mais, encore une fois, la Providence la sauva.
Une violente tempête s'étant élevée dans la nuit du 22 août, huit des plus gros navires de la flotte furent jetés à
la côte et douze cents hommes périrent.
re ï Tout l'effort de la formidable armada ‘ se perdit sur les récifs de l'Ile-aux- (Eufs. Désespéré, anéanti, Walker rebroussa chemin, écrasé sous la res- , ; ponsabilité d'une catastrophe qui pesait n à deux fois le poids du sang anglais ré- - : pandu à l'expédition des Puritains. - ' Au sujet de cette miraculeuse déli- - : vrance, la mère Juchereau de St-Ignace écrivait derechef dans son /Z/is/oire de l'Aôtel-Dieu de Québec :
| - “ Nous avions un très juste sujet de