‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 12 sur 38 · SI · texte numérisé non relu

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/"c)js l'Oiiua le monde, ne remuera pus avjourd'hui une école de petits garçons. » Mais les iriùines «i tu moi:! qui m'apportaient ces lettres empoisonnées, m'en apportaient trautres hien [tins nombreuses, où le vrai prùtrc, où le véritable ami rétablissait les droits de la vérité en me montrant les sommets toujours accessibles de la lumière et de la paix. M. Lacordaire vint même de sa personne me cbercber et xne prêcher auprès du tombeau de sainte Elisabeth. Avant comme après ce ti'op court voyage , il revenait sans cesse à la charge avec une inépuisable énergie, avec une indompUible persévérance. Sacrifié, méconnu, repoussé, il n'en prodiguait pas moins des avertissements toujours infructueux , des [trédiclions toujours vérifiées ; mais avec quelle raison, quelle spirituelle et touchante éloquence, quel charmant mélange de sévérité et d'innuble allection , quelles salutaires alternatives d'imjtiloyable franchise et d'irrésistible douceur! Non, la plus tendre des providences n'aurait pu fain; plus ou mieux. Après avoir assis la vérité dans son austère et inviolable majesté, il la parait de toutes les (leurs de sa poésie, et, usant tour-à-tour de la supplication et du raisonnement, il entremêlait à des arguments sans réplique le cri d'un l'ur sans pareil dans son fraternel et infatigable dé- \'iuernent. »

« L'Eglise ne te dit pas : Vois. (Je ))ouvoir ne lui appartient p;LS. Elle te dit : Crois. Elle Ir dit, à vingt-trois ans, attaché (jue tu es à certaines pensées, ce (ju'elle te disait à tii première communion : « Reçois le Dieu caché 'l incompréhensible ; abaisse ta raison devant telle de Dieu et devant l'Eglise qui est son organe. y> Eh ! pourquoi l'Eglise nous a t-elle été donnée, sinon pour nous ramener à la véi'ilé, quand ikjus pri-uons l'crieur pour elle ?... Tu t'étonnes de ce que le Saint-l'ère exige de

M. de la Mennais... Certes, il est plus dur de se soumettre quand on s'est prononcé devant les hommes que lorsque tout se passe entre le cœur et Dieu. C'est là l'épreuve particulière réservée aux grands talents. Les plus grands hommes de l'Eglise ont eu à briser leur vie en deux, et, dans un ordre inférieur, toute conversion n'est que cela... Ecoute cette voix trop dédaignée, car qui t'avertira si ce n'est moi ? qui t'aimera assez pour te traiter sans pitié? qui mettra le feu dans tes plaies, si ce n'est celui qui les baise avec tant d'amour et qui voudrait en sucer le poison au péril de sa vie ? »

(( Je n'étais pas rebelle, comme on pourrait le croire d'après ces ardentes remontrances ; je n'étais qu'hésitant et troublé. Pendant que je résistais opiniâtrement aux pressantes sollicitations de Lacordaire, j'invoquais auprès de la Mennais la fidélité de mon dévouement, le plus obstiné de tous ceux qu'il avait suscités, pour obtenir de lui la patience et le silence. Mais j'en voulais à mon ami d'avoir suivi une autre voie, plus publique et plus décisive. (1) Je lui reprochais témérairement l'oubli apparent des aspirations libérales dont le souffle nous avait tous deux enflammés. Quand je cédai enfin, ce ne fut que lentement, comme à regret, et non sans avoir navré ce cœur généreux. Cette lutte avait trop duré. J'en parle avec confusion, avec remords, car je ne lui rendis pas alors toute la justice qu'il méritait. J'expie cette faute en l'avouant, et je fais de cet aveu un hommage à la grande âme qui a maintenant trouvé le juge qu'elle invoquait avec une si légitime confiance. C'est alors, c'est ainsi que j'ai pu plonger dans les derniers replis de cette âme un re-

(1) M. Xacordaire avait répondu aux Paroles d'un croyant, par un écrit intitulé : Considérations sur le. système philosophique de M. de la Mennais. Plusieurs écrivains catholiques blâmèrent comme M. de Montalembert, ce qu'ils appelaient une u agression de Lacordaire contre son ancien maître. t>

^nl (ral)onl distrait ot irritô, mais depuis et aujonrd'liui baij,fno des larmes d'une reconnaissance immortelle. C'est d'elle que j'ai appris à comprendre et à vénérer le seul pouvoir devant lequel on grandit en s'inclinant. Captif de l'erreur et de l'oi'^ueil, j'ai été racheté par celui qui m'apparut alors l'idéal du prêtre, tel qu'il l'a lui-même défini : u Fort comme le diamant et plus tendre qu'une mère. » (1)

Lacordaire ne fut pas le seul ange gardien que la Providence plaça sur la route de M. de Monlalemljert. Une femme illustre, russe de naissance, française de cœur et catliolicjue par choix, exerça sur lui, à cette époque de sa vie, une puissante et salutaire influence. M'"'' Swetchine, dont un éminent esprit (2) nous a fait connaître l'existence et les brillantes qualités, joignait à une intelligence toute virile et à une àuie fortement trempée , un co'ur tendre et aimant , une délicatesse charmante , ime amabilité exquise. La connaissance qu'elle avait du monde , les épreuves qu'elle avait subies, son esprit pénétrant et son immense charité la rendaient éminemment propre à panser les blessures de ceux qui avaient été atteints dans les coml)ats de la vie. Aussi fut-elle , dans ces temps orageux, la sauvegarde de plusieurs catholiques. M. de Montalembort fut l'un de ses enfants de jirédilection. Klle contribua plus q\ie tout autre à relever son courage abattu par la chute de M. de la Mennais et par la défiance <jui jtlanait, à cette époque, sur la tête de tous les anciens rédacteurs de V Avenir.

Lorsque le jeune comte revint en France, en 1835, il y rentra donc sous la protection de trois anges tutélaires, de la chère sainte Elisabeth, de Lacordaire et de iM""= Swetchine. L'une de ses premières visites fut pour sou

(1) Le Pire Lacorditirc, par le coinle de Monlalembeil, pajic 77.

(2) Le biogra|)ho de Mme Swelchiiie el l'édileur de ses œuvres esl M. de Falloux.

ancien maître. Le vide s'était fait autour de cet homme de génie. La foudre (1) qui venait do le frapper avait dispersé la jeunesse ardente et généreuse qui l'entourait jadis ; ses anciens amis avaient successivement disparu. Après l'abbé Lacordaire, l'abbé Gerbet avait signalé sa séparation, par une réponse toute empreinte d'une douce alîection. Les journaux religieux enregistraient chaque jour de nombreuses retractations. M. de Montalembert trouva son ancien maître rempli d'aigreur envers; ses chefs et déjà dans le camp de l'ennemi.

Heureux cependant de revoir l'un de ceux qui avaient fait sous lui leurs premières armes et qu'il avait le plus aimés, M. de la Mennais s'empressa de lui lire un manuscrit qu'il venait de rédiger sur les Affaires de Rome.

Cet écrit, qui renferme dans ses pages tout l'orgueil que peut contenir le cœur de l'homme et dans lequel bouillonnent les plus violentes passions, acheva d'ouvrir les yeux de M. de Montalembert sur les dispositions de M. de la Mennais. M. de la Mennais exposait les doctrines de V Avenir, racontait le voyage de ses rédacteurs à Rome, faisait un taljleau des maux de l'Eglise et terminait par une conclusion politique sur l'Europe et sur la Papauté. Le jeune comte réclama avec franchise contre l'exposition des faits, et protesta, pour ce qui le concernait, contre l'impression du livre.

Renouvelant ses anciennes hésitations, le prêtre rebelle, comme pour les Paroles d'un Croyant, promit de réfléchir ; mais, quelques mois plus tard, son ouvrage parut. M. de Montalembert, le dernier de ses élèves et de ses amis, le quitta pour ne plus le revoir. Néanmoins,

(1) Grégoire XVI, par une leUre encyclique datée du 2."> juin 1831, avait condamné les Paroles (Tua C/'oi/^nU et le système philosophique de M. de la Mennais.

tendre et compalissant jusqu'à la lin, il conserva lonjoiirs pour son ancien maître un amour et un respect ((ui l'honorent et rendent plus coupable celui qui en fut l'objet. Tandis qu'égaré par son orgueil, l'infortuné fondateur de V Avenir se plongeait de plus en plus dans l'abîme (1), lui, comprenant que l'usage le plus saint et le plus raisonnable que l'on puisse faire de sa liberté est de se laisser guider par la plus infaillible des autorités de ce monde, s'apprêta à continuer, sous la direction de l'Eglise et sur un nouveau théâtre, ses glorieux combats en faveur de la religion et de la liberté.

(1) Pans le testament de M. Rohrbacber, on lit celte phrase qui résume d'une manière originale la vie de M. de la Mennais : u M. de la Memiaig... i-crivaiii en deux Cornes : le premier dit ovi, le second dityon; vuleur totale, zéro, h

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