‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 16 sur 38 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le parti catlioliijiw, ayant à sa tiMc M, de Montaleinbcit, commenoo la lutte. — Liberté religieuse. — Discours de M. de Monlalembert. — Dc/i'osr de l'allilude jyrise parle clcn/r. — Qti'c.^l-cc qu'un cvcquc ? — Sai)it Basile. — Itmniitabiliti' de l'K[ilise. — Le Cleiujé de France. — Ridicule de la sentetice d'ahut^. — L'Ktilise et ses derniers persée I leurs. — T)e qitel côté sont les persécuteurs'} —

Mais 1 -jà s'ouvrait cotte annùo I8i4. l'époque la plus brillant.' de la vie parlementaire de M. de Montalemliert et la plu-; glorieuse pour le parti catholique.

«. Il s'ost levé parmi vous, disait un peu plus tard le nobl.' Pair, s'adressant aux partisans de l'Université, une génération d'hommes que vous ne connais- •^oz pas. Qu'on les appelle néo-catholiques, sacristain.s, ultrainoiitains, comme on voudra, le nom n'y fait rien, la chose existe. Celte génération prendrait volontiers pour devi.se ci^ que disait, au dernier siècle, le manifeste des généreux polonais qui résistèrent à Catherine II :

« Nous qui aimons la liberté plus que tout au monde, et la religion catholique plus encore que la liberté, nous ne sommes ni des conspirateurs, ni des complaisants ; on ne nous trouve ni dans les émeutes, ni dans les antichambres ; nous sommes étrangers à toutes vos

nalilions. à toutes vos récriminations, à toutes vos luttes

de cabinet, de partis; nous n'avons été ni à Gand, ni à Belgrave-Squaro; nous n'avons été en pèlorinaL,^e qu'au tombeau des apôtres, des pontifes et des martyrs; nous y avons appris, avec le respect chrétien et légitime dos pouvoirs établis , comment on leur résiste tpaand ils manquent à leurs devoirs, et comment on leur survit, o (1)

M. de Montalcmbert était devenu, par ses limiières, par son dévouement et son courage, le chef de cette vigoureuse génération de chrétiens. Fidèle au poste d'honneur que lui assignaient l'admiration et la reconnaissance des partisans de la vraie liberté, il revint de Madère, et ce fut sous sa conduite que les catholiques s'avancèrent au combat.

Du reste, dans l'esprit de M. de Montai er.ibert comme dans la réalité desfaits,la liberté d'enseignement n'était que le corollaire de la liberté religieuse. Comme le disait avec beaucoup de sagesse alors le Père de Ravignan, la sphère s'était agrandie depuis 1830 et surtout depuis quelques années. La question de liberté d'Enseigneraent, en grandissant, avait donné naissance à une question plus importante : celle de la liberté de l'Église. Et, en effet, la noble et fière attitude prise par le clergé avait depuis longtemps refroidi ses rapports avec le Pouvoir et était même de- . venue de la part de celui-ci l'origine d'une série de persécutions mesquines contre lesquelles il était urgent de protester et de se défendre.

Ce qu'il s'agissait d'obtenir à cette époque, c'était, outre la liberté d'Enseignement, l'abrogation des articles organiques devenus aux mains du Gouvernement des instruments de per.sécution, la liberté des associations religieuses, l'alTrancliissement des entraves administratives qui arrêtaient perpétuellement l'action épiscopale. Les efforts furent dirigés vers ces objets multiples qui dé-

(1) Discours sur la liberlé de l'Eglise, OEuvrct de M. de Montalembert, luuic 1«% page 393.

— l'JÎ) —

coulaient en rôalili'' ù'uno so\ile sovuxe : la liliiMlé de l'Église.

Sous l'influonco cl rinspiralion de M. de Moiilalembert, un comité d(^ la liberté religieuse fut créé pour centralif^er les ellorts des. catholiques, cl tout étant prr>paré pour la guerre, elle commença, (.'omme on devait s'y atlerulre, elle fut terrible. Des évoques éloquents, (1) des prêtres pleins de feu et de doctrine, ('J) des laïques dévoués (3) y prirent part. Les écrits se succédèrent avec une elîVayante rapidité ; le? pétitions s'organisèrent de toutes parts ; les journaux catholiques, parmi lesquels on doit placer au premier rang l' i'n ivcrs, le Coi-resj^ondanl ,V Aw.i de la Reli'jion, dont la presse des provinces répercutait les échos, ne cessèrent de harceler l'ennemi. Et à la Chambre des Pairs, dominant et dirigeant la lutte, M. de Montalembert, aux applaudissements des siens, aux cris de rage de ses adversaire;.-, à l'admiration de tous, faisait tomber sous les attaques redoublées de sa parole brillante, passionnée, enti'aînante, pleine de défis et d'apostrophes, les prétextes spécienx derrière lesquels .se retranchaient les ennemis de la religion et de la liberté, et les accablait euxmêmes sous les coups de ses réparties pleines de finesse et d'énergie. Les trois discours qu'il prononfa à cette époque resteront comme un vivant témoignage de ce que peut un grand talent animé et .soutenu par une foi jjiiissanle, cl ils pei'pétueront dans les générations à venir la gloire de leur auteur et son indicible amour pour l'Eglise. Ce fut Iel0avrili8i4, huit joursavant la discussion sur la liberti.' (le l'enseignement, que M. de Montalembert porta à la tribune la question de la liberté religieuse. Sa

(1) l'iC3(jinï tous les cv6(iues de France fuiicni part îi lu lutlc, l'urnii eux, N.N. S.^. l'un-liovi^quc ilc. l'iiri--, \i> (•v(''<iiii's di; Liini;iCF, lie CliSldUs, de Cliarlrus, vo firciil ii'iiiar(]iicr par !<'!r seionce el If'ur énergie.

(2) l.cs abbés [.upanloup, Conibalot, des Garcls, clc» ^3) Louis Vcuillol, II. de Hiancey, Laurciilie, elc.

franchise fut égale à soa éloquence et il se montra fidèle à sa devise : Ne espoir, ne peur.

« Je viens, dit-il, défendre la conduite du clergé, je viens blâmer la conduite du Gouvernement sous quelques l'apports, et chercher à l'éclairer sous d'autres; je viens blâmer, combattre et détourner, autant que je pourrai, les conseils pervers et perfides qui lui ont été donnés.

« Je n'aborderai pas les faits qui ont amené cette attitude et cette conduite de part et d'autre ; ils seront mieux réservés pour la loi dont la discussion commencera la semaine prochaine.

((. Je me bornerai à rappeler très rapidement quelles ont été les occasions de ces démonstrations. Les évêques et les catholiques ont parlé à la suite de trois circonstances. En premier lieu, le discours de M. le Ministre de l'Instruction publique, à la fin de la session de 1842, à cette tribune, où il a dit que c'était une calomnie que d'attaquer, sous le point de vue religieux et moral, TEnseignement universitaire, et qu'il attendait les preuves de cette accusation; en second lieu, une série de leçons, que je ne veux pas qualifier en ce moment, au Collège de France ; (i) enfin, en troisième lieu, la présentation du projet de loi que vous allez discuter la semaine prochaine. C'est successivement, et à la suite de ces trois faits qu'a , été prise l'attitude nouvelle del'épiscopat et du catholicisme en France.

V. Messieurs, â la suite de cette attitude, que .s'est-il passé? De toutes parts s'est manifestée une violente opposition, des invective-; vii-ulentes ont éclaté : on a attaqué avec violence le clergé, on a évoqué contre lui toutes les lois possibles, existantes ou non existantes, les souvenirs de Tancien régime et les souvenirs de l'Empire ; et on a fini en demandant de nouvelles lois, en vous rapjit^lant que vous êtes législateurs pcar en faire. (1) Par Wichelet ©t Ouinct.

« Clioso t-tranm'! Messieurs, dans un pays connue c«»lui-i-i, où les plaintes et Topiiosition sont, en quelque sorte, le pain quotidien do la puMieité et de la presse, où la vie publique, je l'ai déjà dit, n'est qu'une espèce de murmure continuel, chaque fois qu'il aiiive au moindre citoyen d'élever une plainte contre ce i(ui le jiène ou Vo[)- |)nme, aussitôt il rencontie de nombreuses sympathies, de vives sollicitudes s'attachent à sa personne, et de nombreux encourafrements lui sont décernés. Mais, chaque lois (ju'un évé(iue, i[u'un prêtre, qu'un calholique élève la voix et proteste au nom de son opinion, de sa conscience, aussitôt une meute acharnée de joumaHstes, il'avocaU', de procureurs j^énéraux, de ct)nseillers d'Etat («««0"»t»»*e.^\ se déchaîne contre lui ; on cherche à présenter, soit comme un l'orl'ait, ^oit ((Hiime une ^rave inconvenance, chez lui. ce qui est le droit naturel et habituel des autres citoyens. Connue si l'éiiiscopat, le sacerdoce constituaient en France une obligation de mutisme '•t de servilité: comme si la profession franche et sincère du catholicisme devait entraîner l'obéissance pas.sive à tout ce que veut ou à tout ce que pen.?e le Gouvernement; comme si ce grand corps catholique de quatrevinglij évéques, de ciniiuante mille préties, de plusieurs millions de lidèles, qui existe dans ce pays depuis quinze siècles, devait être exclu de cette liberté de la plainte qui est le dioit connnun et l'apanage de tous les Français.

" Il est temps cependant de s'enle\idre. (Juand nous nr disions rien, on disait de nous : Ils conspirent dans l'ombre; ils «e livrent à di-s intrigues souterraines. Sous la Restauration on chantait : Hoitinies noirs, surtt'Z de 'l.i'usuus /("<•/>?. {{) Et quand nous sonnnes sortis, quand nous avons dit ce que nous étions et ce (pie nous voulions, on s'écrie : Que-Ile audace', (pielle insolence! Sous les monarchies ab<<jlue>. quan<l les calhoiiipies s(.' taisent.

1) BéianutT.

on dit : Ils sont les complices de Tabsolutisme. Dans les pays de liberté, quand les catholiques cherchent à adopter les institutions et les allures du peuple et du siècle où ils vivent, on les injurie de plus belle. Regardez, diton, ces catholiques, ils font des livres, ils font des brochures; ils écrivent des lettres; il y en a un qui a dit qu'il était dominicain (1); un autre a écrit qu'il est jésuite {'2) ; des évoques ont même eu l'audace de s'écrire par la poste; ils font ce que M. le Ministre des cultes appelle un concert. (3) Cela se passe dans un pays où existent toutes les libertés, y compris les libertés de l'Eglise gallicane : et ils ne sont pas cluiiiés! Los moins méchants disent: c'est bien malheureux qu'ils aient dos sentiments si fanatiques; mais au moins s'ils voulaient ne pas les publier, ne pas les mettre dans les journaux! Et cependant, Messieurs, comme le disait hier M. le prince de la Moskowa, pourquoi cette aversion contre la publicité? la publicité n'est-elle pas l'àme du gouvernement représentatif? S'il fallait réduire à un seul terme tous les avantages et toutes les garanties de ce gouvernement, je n'hésiterais pas à dire qu'ils résident tous dans la publicité. Tout homme d'Etat qui ne comprend pas cette vérité, me paraît, j'oserai le dire, un traînard du despotisme, le demeurant d'un autre âge. Aussi, tous les hommes d'État séiieux la comprennent et l'applifjTient; tous les bons citoyens, tous les citoyens jaloux de leurs droits la comprennent et l'appliquent. Pourquoi donc les évoques, les pi'ctres et les catlioliques seraient-ils exclus de cette intelligence et de cette pratique du droit comniun de la France constitutionnelle ?

0 II y a peu de jours qu'un magistrat très haut placé se félicitait pul)liquement,à une autre tiil^une.de ce que nous

(1) Le P. I^acordairc.

(-2) Le P. (le Ravjgnan.

(3) Allusion aux mémoires pul>!ié.« par les cvô;jiic».

vivions sous un fjouvernomcnl qui ne se confesse pas. ("2) Cliacun s<m i;oûl; mais au moins on avouera iiue le j!;ouvcrnenienl sous lequel nous vivons lit les journaux, et on ne peut se plaindre do ce qu'on remplace le confessionnal qui, dil-on, n'existe plus, par les journaux qui existent fort bien. ,

« Il y a là. Messieurs, ce me semble, une déplorable confusion d'idées sur la véritable nature du sacerdoce et de l'épiscopat.

« On a dit que les évèques étaient en dehors du droit de tout le monde; que pour les fonctionnaires il y a des devoirs de position; que la coalition t-ntre les fonctionnaires est défendue. Quel est le devoir des évèques? a-t-on demandé; c'est de prèclier la soumission au pouvoir iHahli, l'obéissance aux lois, et le respect aux magistrats. Je cite textuellement.

« Eh bien! Messieurs, j'ose le dire, cette idée est complètement erronée. Non, mille fois non, l'évèqne n'est pas fonctionnaire; le prêtre n'est pas fonctionnaire. Elle est fausse, elle est erronée l'opinion de ceux qui ne voient dans un évoque qu'une espèce de préfet en soutane, un commissaire de haute police morale; de ceux' qui croient que les fonctions épiscopales se bornent à correspondre avec les bureaux des cultes, à être de bons administrateurs; à célébrer certaines fêtes avec une certaine pompe; à baptiser ou enterrer les princes; à les haranguer à leur passage. Tout cela n'est rien, presque rien dans la mission de l'évéque.

c Les évèques aux yeux des catholiques, et ils sont faits, après tout, pour les catholiques, ils ne sont pas faits pour ceux qui, d'après une expression fameuse, n'en usent pas; les évêf(ues sont commis par Dieu au gouvernement de l'É^i^ise ; ils ont reçu mission d'en haut pour diriger nos consciences et pour les troubler au besoin ;

(2) Dupin, procureur gcncral ù la cour de cassation.

ils sont les ambassadeurs de Dieu auprès de nous. Le roi les désigne, il les choisit; mais ce n'est pas de lui qu'ils tiennent leur pouvoir {murmures); la loi reconnaît leur autorité, mais ce n'est pas elle qui la crée! ils tiennent cette autorité de Dieu, ou ils ne la tiennent de personne. C'est là leur croyance et la nôtre. Tout évéque qui n'aurait pas cette croyance, qui ne se croirait pas revêtu d'une puissance indépendante de toute autorité humaine, serait un imposteur ; il ne devrait pas conserver un seul instant les fonctions qu'il remplit : et tout évéque qui, ayant cette croyance, n'agirait pas comme ont agi récemment les évêques français pour le salut des âmes, serait un prévaricateur.

« C'est là la doctrine formelle de l'Église, c'est sa pratique constante de siècle en siècle; elle explique la conduite qui a été tenue et qui a blessé tant d'opinions et tant d'ignorances.

« L'honorable magistrat dont je parlais tout à l'heure, a dit, et je suis cette fois de son avis : «: Si nous n'étudions que nos libertés et nos politiques, sans étudier nos libertés religieuses, notre éducation n'est pas complète. » A voir ce qui se passe, M. le garde des Sceaux et beaucoup de magistrats me paraissent être dans ce cas, et avoir besoin de compléter leur éducation. Je demande la permission de vous raconter, à leur intention, une courte histoire que nous apprenons dans notre enfance avant d'être livrés à l'Université, et que nous tâchons de ne pas oublier.

« Il y a eu un évéque nommé Basile ; ce n'était point un jésuite ni un ultramontain, car il vivait au IV« siècle. Ce Basile avait eu des contestations avec l'État de son temps, c'est-à-dire avec l'empereur Yalens, sur ime question qui n'importait certes pas plus au salut des âmes que ne lui importe l'éducation des générations futures dont il s'agit aujourd'hui. L'empeieur le fit

inenacor par un de ses niiinslres, qui s'appelait Modosle, coiiiuie qui dirait le uunislie des cidtes de ce lenips-lù. {On rit.) Ce ministre, voyant Basile lui répondre avec fermeté et pul)liquement, ;Vécria : « On ne m'a jamais parlé avec cette arrogance. » Basile lui répondit : « C'est que sans doute vous n'avez jamais rencontré un évèquo. » El il ajouta : « Nous sommes les ^ens du monde les plus huiiddes, non-seulement envers l'empereur, mais envers le deriiier des hommes ; mais, quand il s'agit de Dieu, nous ne regardons que lui seul. »

«; Que ce .Modeste ait été étonné du langage que lui tenait un évéque. trois ou quatre cents ans après Jésus- Chnst, «ela était naturel ; mais ce qui ne l'est pas, c'est cette surprise perpétuellement renouvelée de tous les Préfets du prétoire, de tous les Ministres, de tous les Procureurs généraux et autres politiques de ce genre, qui depuis quinze siècles se trouvent en présence des résistances épiscopales. Il faut répéter toujours la môme chose : H yiinqumn in episcopum incidisti. Vous n'avez donc jamais rencontré d'évéque, c'est-à-dire, vous avez ou ahaire à des intrigants, à des ambitieux, quelquefois à des honnêtes gens, mais jamais à des hommes qui croient tenir leur mission d'en haut, et fjui ont une responsabilité envers Dieu. Et maintenant (jue vous les rencontrez, vous ne comprenez pas leur langage. ;)

Le même enseignement s'est constamment renouvelé à travers les siècles. Le doux, le charitable Fénelon, dont on voudrait se faire un auxiliaire contre la liberté, n'a point été d'un autre avis, et les Evoques contemporains ont plusieurs fois élevé la voix dans le môme sens.

« A cela nos adversaires répondent : Mais l'Église en est donc encore au moyen-âge ? C'est donc toujours l'Eglise de Grégoire YII, de Boniface VIII ? Mon Dieu, oui, Mes.sieurs, précisément la môme : l'Église de Grégoire VII était la même que celle de Saint-Grégoire-le-

Grand, de Saint Basile et de Saint Hilaire. Ah ! certainement ce serait Inen plus commode s'il on était autrement ! Je comprends que, pour nos hommes d'Etat, il serait plus commode que l'Église pût varier dans ses dogmes, dans ses droits, dans ses prétentions, dans ses pratiques comme les codes et les tribunaux. Il n'y aurait à cela qu'un petit inconvénient, c'est que l'Eglise catholique ne serait plus l'Église, elle ne serait plus qu'une de ces sectes religieuses qui se transforment de siècle en siècle, selon le milieu où elles vivent. Ce qui a changé, ce n'est donc pas l'Église, c'est la société ; et c'est là ce qui rend ridicules et injustes ces assimilations entre le passé et le présent, les accusations contre l'Église de vouloir intervenir encore aujourd'hui, comme elle a fait autrefois, dans le gouvernement des affaires humaines. Nulle part dans le monde aujourd'hui, elle ne désire ni n'essaie de se mêler au gouvernement temporel des hommes ; et si elle l'a fait autrefois, c'est parce que le monde entier l'y conviait, parce que la société d'alors comportait et exigeait celte intervention. Mais céder le gouvernement des âmes, le droit spirituel, c'est ce qu'elle n'a fait et ne fera jamais. Elle a subi maintes fois des tyrannies de ce genre, elle ne les a jamais acceptées ; elle supporte beaucoup, elle se tait quelquefois, mais elle ne recule jamais.

» Et quels sont ces critiques? Ils ne sont ni des factieux ni des ennemis politiques. La plupart ont été nommés par le gouvernement du roi et sont en général favorables au pouvoir.

î Et le clergé contenu qui les suit docilement et qui est si profondément uni avec eux sur cette question de l'Enseignement, d'où vient-il ? Est-ce par hasard un clergé d'émigrés, un clergé d'ancien régime, un clergé aristocralique ? Vous savez qu'il n'est rien moins que cela. Et je le dirai franchement, c'est presque une honte pour

l'ancienne nol)l«.'?^50 de Fi-ance, que le polil noin])i'e de membres qu'elle fournit au clergé, aujourd'lmi que sa mission est une mission de dévouement et de sacrifice, elle qui lui en fournissait un si ;xrand nombre, alors qu'il était riche et puissant.

» Quoi qu'il en soit, ce fait semble démontrer que le clergé sort des entrailles du peuple français , et que jamais il n'y a eu un clergé plus national, et, dans le bon sens du mot, plus démocratique. L'immense majorité du clergé français sort du peuple des campagnes : comme autrefois les soldats de la républi(iue quittaient la charrue de leurs pères pour courir à la frontière et vaincre l'Europe liguée contre nous, ainsi le clergé français quitte aussi la charrue de ses pères pour voler à la conquête des âmes et du ciel. Et c'est contre ce clergé ainsi composé, dépouillé de tout ce qui faisait sa grandeur et sa puissance, qu'on ne craint pas d'évoquer les actes de l'ancien régime des édits de Louis XIV et de Louis XV, comme si c'étaient là des autorités valables sous un gouvernement libre. En résumé, je n'ai qu'un mot à répondre sur ce point, mais je le crois décisif. Vous invoquez l'autorité de l'ancien régime contre nous ; eh bien ! rétablissez aussi pour nous l'ancien régime ; rendez-nous ce serment de la royauté au sacre, de maintenir la religion catholique et d'exterminer l'hérésie. (On rit.)

>; Vous invoquez l'ancien régime contre nous ; soit : mais alors rétablissez tout ce qui, dans l'ancien régime, nous était favorable. Ainsi, l'ordre du clergé composait une chambre tout entière, la première des Etats-Généraux ; il avait 80 millions de biens-fonds : les ordres monastiques, les abbayes, Ic.^ couvcnLs couvraient le sol de la France ; il y avait des conseillers d'État d'Église et des con.«ieiners clercs au Parlement. (7/i/a)*Jié. — Bruit.)»

Abordant de front la question des libertés de l'Église gallicane et les quatre fameux articles de 1(382 dont ses

adversaires se disaient une arme conlre l'Éiiliso, M. de Monlalembert démontre avec une évidence irréfragable que les arguments qu'on en tire sont plutôt nuisibles qu'utiles au pouvoir et ont avec les faits et les doctrines de la société moderne une incompatibilité absolue. 11 fait ensuite remarquer que le Concordat, cet autre épouvantail, qu'on ne cessait de lui opposer obligeait l'État aussi bien que l'Église, et, quant aux articles organiques, qu'il rejette comme une odieuse interpolation, il ne trouve point de termes assez énergiques pour les flétrir, et avec un-î ironie pleine d'enjouement il s'attaclie à mettre au grand jour Tinfini ridicule de la sentence d'abus prononcée contre les Évèques.

« De tous les legs du despotisme, s'écrie-il, assurément c'est là, sinon le plus cruel, du moins le plus absurde et le plus révoltant. Quoi ! dans un pays où l'inamovibilité des juges, la publicité des tribunaux, la libre défense des accusés sont de droit commun, où le moindre braconnier jouit de ces garanties, voilà les plus liants magistrats de la conscience et de la morale qui sont traduits, pour les faits les plus délicats et les plus importants de leur saint ministère, devant un soi-disant tribunal, amovible, sans publicité et sans défense, sans garantie quelconque ! Si la moindre peine s'attacbait aux arrêts de cet étrange tribunal, on verrait, je n'en doute pas, malgré les préjugés irréligeux encore si puissants, on verrait l'opinion du pays se soulever tout entière contre une pareille juridiction. C'est l'absence de toute pénalité qui rend son exi.stence encore pos.sible. Mais qu'on n'aille pas croire pour cela que ces arrêts exercent la moindre répression morale. En vain M. le garde des Sceaux a-t-il essayé ailleurs de démontrer que cette répression morale existait : on ne lui a répondu que par des rires. D'autres ont encore été plus loin que lui : on a prétendu que l'honneur des évèques était compromis par ces déclarations d'abus ;

qu'un prt'tre ainsi frappé (lovait épiouvor le laènie sentiment qu'un soldat blànié ù l'ordre du jour de rarniée ; on a même poussé la folie jus(ju'à comparer un évoque ainsi frappé à un avocat admonesté par son Conseil de discipline ! Il est vrai «jue c'est un ancien avocat qui s'exprime ain>i, {hilaritt') ce qui peut excuser son aveu - Vilement. Mais on oublie que pour exercer cette répression morali' il faut deux cIidscs au pouvoir ([ui se l'arrojie, l'autorité morale et la compétence. Ur ces deux choses manf[uent également au Conseil d'État en matière ecclésiastique.

« Comment un Pitntife catholique reconnaîtiait-il, sur tles faits de conscience et de discipline, d'administration de sacrements, l'autorité d'un conseil ([iii peut être composé d'hommes sans relii;ion ? Kt concoit-ou ([uehjiie chose de plus absurde que la compétence de prolestants, de juifs, de catholiques laïcs, qui seraient à coup sûr fort ♦•rnbarrar.-sés si on les invitait à réciter les commandements de Dieu et de l'Ki^lise, et qui prononcent sur le refus des sacrements dont il n'usent peut-être jamais? Dans la dernière déclaration d'abus, on a déclaré que l'évèque de Chàlons avait troublé les consciences. Or, de deux choses l'une, ou les consciences en question sont catholiques, ou elles ne le sont pas Si elles ne le sont pas, elles ne peuvent pas être li'oublées par un évèque, et n'ont pas besoin d'être rassurées. Si elles le sont, ce n'est pas à vous qu'elles reconnaîtront le droit ou le pouvoir de le.s guérir. Je le demande à tout lioninie de bon .sens, y a-t-il une idée plus risiblc ([ue celle d'une conscience assez délicate pour être troublée par les dires d'un évèque, et en même temps assez facile pour être rassurée par un rapport de M. le viconde d'IIaubersait et une ordonnance de M. Martin (du Nord ? [On rit.)

I' Uni. JH flélie qu'on me trouvf en l'rance un seul Imiiimi' qui -f dise : bif-r, j'étais tioublé, nion évèque

avait dit des choses qui m'inquiétaient ; mais aujourd'hui M. d'Hauhersart et M. Martin ont parlé : me voilà tranquille. {Nouvelle hilarité.)

» On sent si hien l'impuissance de ces remèdes, qu'on vous pousse à faire des lois nouvelles, des lois implacables pour réprimer notre audace. Eh bien ! faites-les : nous ne les redoutons pas. Vous ne pourrez rien faire qui soit nouveau pour nous. Nous avons passé par toutes les tyrannies du monde, et nous leur avons survécu.

» Après tout, nous ne sommes pas des parvenus nés d'hier ; nous sommes d'une vieille race dont l'histoire est bien connue. Elle est là pour nous encourager et pour éclairer nos persécuteurs. Nulle assemblée n'aura jamais en France la popularité de la Constituante, la toute-puissance de la Convention, le prestige de gloire de l'Empire. Or, il y a parmi nous des iiommes qui ont vu passer les constituants, les terroristes et Napoléon. On a essayé du schisme en 1791, de l'échafaud en 1793, des déportations en 1797, des prisons d'État en 1811, et rien n'a prévalu contre eux. Faites donc des lois, si bon vous semble; elles seront exécutées peut-être, mais elles seront à coup sûr impuissantes. La conscience est hors d'atteinte des légistes, et vous n'êtes pas de taille à vaincre dans une lutte qui n'a porté bonheur ni à Mirabeau, ni à Robespierre, ni à Napoléon.

» J'ai nommé Napoléon ; c'est à lui que remontent la plupart des lois incompatibles avec l'ordre social de la Charte qu'on nous applique, et des mesures despotiques qu'on invoque contre nous. Napoléon a eu une puissance que vous n'aurez jamais, et en a largement usé contre l'Église. Il a tenu le Pape lui-même pendant cinq ans en prison; il l'a fait traîner de R.ome à Fontainebleau dans une voiture qu'on fermait à cîef comme les voitures cellulaires ; il a tenu son premier ministre, le cardinal Pacca, au cachot à Fenestrolle, et quand ce prélat de^

mandait un bréviaire, on lui donnait un voIuukî de Voltaire. )) {Violent l'a réclamations.)

M. le cont • Excelmans : C'est impossible, jamais Napoléon n'a tait pareille cliose.

M. le comte de Montalcmbcrt : Ce n'est pas Napoléon, ce sont ses agents ; d'ailleurs, c'est le cardinal Pacca qui le raconte lui-même. Ce qu'on ne niera pas, c'est que Napoléon a reu^pli Vincennes d'évèques prisonniers ; et, pour bien mor.lrer qu'il n'éparp;nait aucun ordre de la hiérarchie ecclésiastique qui avait l'audace de lui résister, le 6 avril 1813, il fit partir, comme conscrits réfraclaires, tous les séminaristes de Gand, elles fit incorporer en masse dan-^ je ne sais quel escadron d'artillerie, à Wesel .

» Eh bien, Messieurs, à quoi tout cela a-t-il abouti ? Mon Dieu, on l'a dit cent fois, l'Empereur est allé mourir à Sainte-Hélène, et Pie VII est rnurt à Rome, en donnant l'hospitalité à la famille de son persécuteur. Le cardinal Pacca édifie encore l'Église par sa généreuse vertu, et derni>' remenl encore il traçait à grands traits le tableau des luttes de l'Église, en se félicitant de n'avoir jamais cédé a.ix conseils pusillanimes de la prudence humaine. Et, qiant aux pauvres séminaristes de Gand, CMix qui ne sont pas morts dans les neiges de la Russie, sont revenus reprendre leur premier état et retremper l'énergie du clergé de Belgique... »

On avait essayé de jeter l'odieux sur le mouvement en faveur de la liberté d'enseignement, en l'attribuant aux légitimistes; M. de Montalembert réfute cette assertion, et, apros avoir reproché au Pouvoir de contraindre maladroitement à l'hostilité les catholiques qui lui auraient volontiers prêté leur concours, il termine par ces magnifiques paroles :

« Quand il s'agit de recourir à de nouvelles lois, et c(da au sujet d'une institution aussi universelle que le catho-

— ni —

licisrno. il est bon, il osl nécessaire de regarder autour do soi.

« Jetez un instant les yeux sur ce qui se passe dans le monde entier depuis quinze ans, et dites de quel côté sont les persécuteurs? dites où sont les oppresseurs?

« En Suède, est-ce le catholicisme qui condamne un citoyen coupable d'avoir voulu retourner à la foi que son pays a professée pendant sept siècles? est-ce le catholicisme qui le condamne au bannissement et à la confiscation de ses biens ?

<( En Suisse, est-ce le catholicisme qui \iole le pacte fédéral afin de détruire les abbayes, et qui dit, dans un langage digne du Collège de France, qnU faut atteler les moines aux canons ?

« En Russie, est-ce le catholicisme qui a égorgé une nation et qui lui arrache peu à peu, avec ce qui lui reste de vie, la foi de ses aïeux? Non, c'est une puissance schismatique qui a exercé avant vous et mieux que vous le monopole de l'enseignement par l'État, c'est la Russie qui égorge la catholique Pologne.

(c En Prusse, est-ce le catholicisme qui a fait violence aux consciences, qui a emprisonné un vieillard, mis en feu les bords du Rhin? Non, c'est un l'oi protestant, dans la patrie du rationalisme, qui enlève un prélat catholique, coupable de n'avoir pas voulu accorder les bénédictions de l'PJglise à des unions que sa conscience réprouve.

«: En Angleterre, cette nation opprimée, qui veut briser ses fers, sont-ce des catholiques qui l'ont enchaînée, volée, insultée! Non, c'est une Église parlementaire, une religion d'État, une Église dans l'Etat, c'est elle qui a foulé aux pieds les catholiques irlandais, et qui a préparé à la nation anglaise le plus terrible danger.

« Partout ce sont les catholiques qui sont les opprimés, et nulle part ils n'oppriment.

(( Et le seul pays où les catholiques ont eu, depuis la

révolution de 1789, non pas le dessus, mais voix prépondérante, à l'abri de tout esprit gallican et janséniste, la Belgiiiue, est le seul aussi où a été sincèrement proclamée, loyalement appliquée et noblement garantie la liberté pour tous et en tout.

« Mais, en revancbe, si partout le catholicisme est persécuté, nulle part aussi on ne le persécute impunément.

« Voyez plutôt : en Prusse, la résistance héroïque de l'archevêque de Cologne a ébranlé jusque dans ses fondements le prestige de la puissance prussienne. Le dernier roi de ce pays ne l'a pas emporté; malgré l'astuce de ses diplomiates, malgré le zèle de ses administrateurs et de ses généraux de cavalerie, il a été vaincu, j'ose le dire, par la résistance du vieillard enqjrisonné qui a sauvé les droits de la conscience et la sainteté du mariage.

« Ln Russie, ce qui oppose à la puissance impériale une indomptable résistance, et qui l'empêche de marcher avec sécurité à l'accomplissement de ses ambitieux desseins, n'est-ce pas le catholicisme, que nul ne pourra jamais déraciner du co?ur martyrisé de la généreuse Pologne''* Et n'est-ce pas le pape qui, seul parmi les souverains du monde, a eu le courage de protester contre les abus de cette force et l'iniquité de ce despotisme?

€ Et en Espagne, voyez cet homme que M. le marquis de Boissy qualifiait l'an dernier de bourreau, et que moi, je me bornerai â appeler le persécuteur de l'Eglise (1). Lui aus.si était de ces gouvernements qu'on ne confesse pas ; il avait exilé et emprisonné les évêques, dépouillé l'Eglise des derniers débiis de sa s[)lendeur : il avait fai^ plus, et je recommande ce trait aux canonistes du conseil d'Etat et de la cour de cassation, il avait imaginé d'interdire l'exercice des fonctions sacerdotales aux prêtres qui îie pouvaient pas présenter un certificat constatant leurs

(1) Le pénpra! Etiinrirrofàuc de la Violoire, r«^gPiU <l'i'Ispagne au nom d'Isabelle 11, après l'expuleion de la reine mère Christine

bonnes opinions politiques. Eh bien! cet homme, j'ai vu sur les lieux les derniers temps de sa çjrandeur. On le croyait tout-puissant : il avait expulsé sa In'enfaitrice, fusillé ses rivaux; il était soutenu par l'Angleterre; il se jouait de la France; on le croyait plus puissant que jamais. Tout à coup un léger nuage se forme à l'horizon, et ce nuage se transforme bientôt eu formidable orage.

Cet homme qui avait vaincu tout à la fois le courage et le bon sens, il laisse tomber son épée; Tintelligence qui l'avait heureusement guidé jusque-là, l'al/andonne; et je ne crois pas insulter au malheur en disant qu'il est tombé sans honneur et sans gloire. Cependant qu'avait l^iit l'Eglise? Au milieu des risées de la faus^^e philosophie et du faux libéralisme, le vieux pontife qui règne à Rome, qui dirige nos consciences et qui les trouble au besoin, avait ordonné un jubilé; c'est-à-dire que de toutes parts l'arme qui ne sera jamais ni brisée ni rouillée dans nos mains, celle de la prière, s'est dressée vers le ciel, et, depuis le Gange jusqu'au Danube, tous les catholiques ont prié. Les vieilles dévotes de Paris et les vieilles dévotes de New-York ont dit à Dieu, dans le langage du roi David : a Lève -toi et juge ta cause. » Eh bien! la cause a été jugée; le persécuteur de l'Église est tombé, et aujourd'hui les évêques qu'il avait expulsés, qu'il avait déportés, qu'il avait spoliés, rentrent un à un en triomphe, et remontent au milieu des acclamations publiques sur les sièges d'où il avait voulu les précipiter. Et ne croyez pas que je vous présente cela comme un miracle. Messieurs; ce n'est que la conséquence la plus naturelle de notre foi, la leçon la plus ordinaire de notre histoire.

« Et où ce duc de la Victoire détrôné a-l-il porté ses pas? En Angleterre. Et qu'y a-t-il trouvé? Ah ! c'est ici où la justice de Dieu est manifeste. Oui, la libre, la puissante, l'invincible Angleterre voit sa grandeur menacée, sa puissance compromise, ses incroyables prospérités neutrali-

-ces par la suite de sc;< altenlals conlro l'Kglise cl les poiijil«^s catlioli(iueï=. Au sein même de ranglicani.snie, de raristocralie spolialiice, nn parti puissant se lornie el «irandit chaque jour, un parti (|u'on appelle aussi comme iri le parti ecclésiastique, et qui réclame pour leur fantôme d'Église la liberté, l'autorité et les biens dont on a dépouillé le catholicisme.

» Que dis-je? Écoutez cela, Messieurs. Ils demandent même le rétablissement des ordres monastiques, comme seul remède à cette misère chaque jour croi.>^sante d'un peuple à qui on a volé la foi et la charité catholiques.

» Pendant que l'organe principal des prétendus conservateurs en France menace le cardinal de Bonald de supprimer le traitement du clergé, le Times, organe des conservateurs anglais, exhorte le gouvernement anglais à doter largement le clergé d'Irlande, l'un et l'autre dans le même but, parce qu'ifs espèrent a.sservir l'Église, l'un en la dépouillant, l'autre en l'enrichissant. Et cependant l'Irlande, vengeresse du catholici'<mo, se dresse à côté de l'Angleterre, et demande compte de trois siècles d'oppression exercée sur les catholiques. Chaque jour le danger s'accroît; nul ne peut dire par où il finira. Mais ce qu'on peut voir déjà avec certitude, c'est qu'il y a certaines spoliations pour lesquelles il n'y a pas de prescription, certaines iniijuités pour lesquelles il n'y a point de pardon : les spoliations et les iniquités infligées à l'Église. Kn vain le flot des siècles, de l'oubli, de toutes les prospérités humaines semble avoir recouvert le rocher : tôt ou tard vient le moment du reflux, et le rocher reparaît inébranlable et vaimjueur.

» Croyez-vous, Messieurs, que ce grand spectacle des justices du Seigneur soit .sans influence sur nous, nous (ui formons depuis dix-huit siècles la plus vaste fraternité I" rimi\ci-' Croyez-vous quo nous soyons insen-ibles

aux Icftons <(uo nous (loiniont nn> fivrrv i\o< nalions rtrnirjrères? Et quand vous abaissez vous-mcnio les l)arnèrcs nui nous séparent d'eux; (juaiid les eheniins de 1er et la vapeur annulent les distances ; ({uand ce ([ui s'est dit hier à Dublin ou à Bruxelles se réimprime aujourd'hui à Paris, et va. demain porter le courage et Tespérance au fond du dernier presbytère de France, croyez-vous que nous resterons sourds et aveugles, et que la fibre catholique ne vibrera pas avec une énergie croissante dans nos cœurs?

» Dans cette France accoutumée à n'enfanter que des gens de cœur et d'esprit, nous seuls, nous catholiques, nous consentirions à n'être que îles imbéciles et des lâches ! Nous nous reconnaîtrions à tel point abâtardis, dégénérés de nos pères, qu'il nous faille abdiquer notre raison entre les mains du rationalisme , livrer notre conscience à l'Université, notre' dignité et notre liberté aux mains de ces légistes, dont la haine pour la liberté de l'Église n'est égalée que par leur ignorance profonde de ses dogmes! Quoi! parce que nous sommes de ceux qu'on confesse, croit-on que nous nous relevions des pieds de nos prêtres tout disposés à tendre les mains aux menottes d'une légalité anti-constitutionnelle ? Quoi? parce que le sentiment de la foi domine dans nos cœurs^ croit-on que l'honneur et le courage y aient péri? Ah! qu'on se détrompe. On vous dit : Soyez implacables. Eh bien ! Soyez-le, faites tout ce que vous voudrez et tout ce que vous pourrez; l'Église vous répond par la bouche de TertuUien et du doux Fénelon : Nous ne sommes pas à craindre pour vous, mais nous ne vous craignons pas. Et moi, j'ajoute au nom des catholiques laïques, comme moi catholiques du xix« siècle : Au milieu d'un peuple libre, nous ne voulons pas être des ilotes; nous sommes les successeurs des martyrs, et nous ne tremblons pas devant les successeurs de Julien l'apostat; noi'S sommes

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