‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 18 sur 38 · CHAPITRE X\T · texte numérisé non relu

CHAPITRE X\T

Loi sur l'enseignement. — Un reproclie de M. Villemain. — Une leçon d'histoire. — Apostrophe aux philosophes, aux rationalistes, aux gallicans. — La religion, unique remède des maux de la société. — M. Villemain dans l'embarras. — Les ordres religieux. — L'escobarderie de M. Cousin. — Les religieux dans les pays libres. — Le Père Lacordaire et le Père de Ravignan en face du projet de loi. — Retraite des catholiques. — At'erfissement à l'Etat. — Caractère et résultats de la lutte.

T.e jeune et infatigable orateur devait répondre à ce? rnarrpies de reconnai?;sante ^^ynipathie par de nouveaux services, par de nouveaux triomphes. 11 leparut à la trihune, le 20 avril, pour défendre la liberté d'enseignement.

« Nous aurons, avait-il dit dans la brochure qu'il avait publiée en 1843, nous aurons à la session prochaine une loi ; mais, cette loi, n'en doutons pas, ne sera que la reproduction des dispositions oppressives proposées par le Gouvernement de 1836 et de 18-41. a Ses prévisions furent réalisées. Tout ce qu'il y avait de généreux dans la loi de 1836 avait été enlevé et si, comme le disait alors un jirétre destiné à jo\ier un grand nMe dans l'Eglise (1),

(1) .M. l'ablx' ltiipanloii|).

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la loi ilr ISil a\ail éU- le pieiuior cl imis.saiil t'Iloii de rL'nivorsilt'. pour lonseiver. alVtMinir, ëlendro inôinc le monopole au mépris de la Charte et de la elameui' publique, celle de 18ii, en battant en retraite sur les i^etits Séminaires, était plus hostile sous tous les autres rapports, était directement diri<iée contre la liberté, consacrait l'odieux monopole de TUniversité et achevait de mettre à nu le mauvais vouloir du Gouvei'uement.

Aussi, M. de Montalembert l'altaqua-t-il sans ménajjenient et dans tontes ses dispositions.

i< Je la combatti-ai. dit-il, répondant aven- beaucoup d'esprit au repi'oche puéi'il et maladroit que M. Villemain lui avait adressé, dans l'une des séances précédentes, de n'être encore qu'un jeune homme et de n'avoir aiuiine expérience, je la cond)attrai peut-être avec trop d'ardeur, trop de chaleur, avec celte vivacité de jeune homme que M. le ministre de l'instruction publique et d'autres mo reprochent. La jeunesse est \\\\ délaut dont je ne tarderai pas à me guérir. {On rit.) Je m'en croyais même déjà iiuéri, quand l'honorable M. Villemain m'a appris le contraire, et que j'étais toujours un jeune homme à ses yeux. {Nouvelle hilarité.) Mais, à côté de cette jeunesse d'âge qui passe, il est une autre jeunesse dont je ne me défends pas ; c'est la jeunesse de cœur et de courage qu'on puise dans la foi à des choses qui n<; vieillissent jamais, parce qu'elles sont immortelles. Cette jeunesse de la foi qui fait mon bonheur et ma gloire, j'espère n'avoir jamais à m'en excuser devant vous. Huant à l'autre, celle de l'âge, puisqu'on me l'impute encore, je l'accepte ; daignez au moins m'en accoi'der le bénéfice aujourd'iiui.(.l/fOYyt<6'« (l'assentiment.) »

Et, de sa main vengeresse, le jeune orateur .soulève le voile qui cache toute la lyraimie et toute riiypociisie de la loi. I/liistoire en maiu. il déniuMlre que, contraire-

jnent aux assertions de ses adversaires, l'État n'avait jamais refusé à l'Église le droit d'enseigner poui- son compte et à son gré ; il écarte la prétendue analogie enti-e les anciennes Universités françaises et l'Université moderne, dont on s'était fait une arme, en la résumant en ces deux mots : (( Les anciennes Universités étaient catholiques et n'étaient point exclusives ; la vôtre est exclusive et n'est point catholique ; » il justifie par les faits la liberté du reproche qu'on lui faisait d'afl'aiblir les éludes ; arrivant à la loi elle-même, il établit d^me manière irréfragable que le monopole de l'Université ou la prépondérance forcée et abusive de l'Enseignement donné par l'État, telle que la loi le constitue, est incompatible avec la liberté politique et blesse tous les droits de la conscience religieuse ; que jamais, dans les États les plus absolus, on n'a, depuis que le Christianisme a transformé le monde, rêvé l'intervention directe et exclusive de l'État dans l'éducation, telle que l'annonce le projet ; l'histoii'e ajoute-t-il, et l'exemple des peuples libres démontrent victorieusement l'existence perpétuelle d'une solidarité intime entre la liberté de l'Enseignement et la liberté politique. Passant alors de la défensive à l'attaque, il dénonce avec une noble indignation les funestes résultats de l'Enseignement sous le rapport de la foi et il appuie son accusation du témoignage des protestants eux-mêmes. Il montre l'hypocrisie, dont s'alTuble l'Université pour tromper les yeux des pères de famille, impuissante à cacher l'indilTérentisme qui la ronge de jour en jour davantage, et dans l'Église seule, le salut de la société.

« Et, s'écrie-t-il en terminant et s'adressant aux philosophes, aux rationalistes, aux gallicans qui veulent enchaîner la religion, que craignez-vous donc? Honneurs, crédit, places, traitements, tout cela vous appartient exclusivement. Vos lois excluent le clergé, autrefois regardé comme la lumière du monde, de toutes les assemblées

|iiibliqiu':>, (le|)iii.s le couijeil municipal jiist^u'à lu Ciiamltre (les Pairs, el il ne s'en plaint pas. Vonr;; peuplez tout, lliiumhivti, acailéiiiies, tribunaux. A la Sorbcinue coniniu au Palais de justice, au Colléiie de France comme à la (^our de cassation, vous parlez toujours, et vous parlez loul seuls. ,(>/* rit.) Vous êtes les seuls maîtres, et vous l'êtes paitout; vous êtes tout, et nous ne sommes rien ; el cependant vous ti-emblez! Devant qui? devant nous, pauvres ianaliques ultramonlains, devant la sacristie, ( onune vous dites. Vous avez peur de quoi? peur de la liberté, peur de la lumière, peur de la concurrence, de tout ce qui vous a lait ce tjue vous êtes. Mais tàcbez donc de meltrt; d'accord voli'e orgueil avec votre peur. Si nous ne sonuues rien, alors dédaignez-nous et honorez-nous de votre indillérence. Si nous sommes (|uel(pu' cUose, alors respectez-nous et sachez honoi'er en nous le piincijie et les conditions de votre propre existence. Apôtres de la Icjlérance, sachez tolérer autre chose (jue votre seule voix et vos seuls intérêts. {Asse ni i nient.)

» Mais ce ne seront pas seulement les faux libéraux et les faux philosophes qui soi'tiront meurtris et discrétlités de celle lutte. Les faux conservateurs, les amis aveugles et imprudents du Pouvoir porteront aussi leur part de responsabilité, et elle sera cruelle. Quoi ! tout le monde est d'accord pour s'ellrayer sur l'avenir d'une société menacée par le matérialisme, quelque hiillante, ({uelque savante, quelque riche qu'on la suppose : tout le monde est d'accord pour reconriaitre que le seul remède, le seul contr«,'-poids à cet entraînement vers le mal est dans l'instruction morale et religieuse, cest-à-dire dans le «hristianisme, car tout le mondf; répèle aussi, d'après Portails, qu'une morale sans dogme est comme une justice sans tribunaux. 11 n'est pas de père digne de ce nom qui, jetant les yeux sur ses enfants, ne se sente eflrayé de leur avenir, de les voir grandir uu sein de ces provo-

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