‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 21 sur 38 · ISI · texte numérisé non relu

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Ciacovie était lo dernier lambeau et « un lanil)e;ui sauii:lant de la Pologne; celait le dernier débris de sa nationalité, le dernier asile de son indépendance, de sa langue, de ses souvenirs historiques ; là étaient le château de ses rois, les tombeaux de ses saints et de ses héros, de la reine Hedwige, de Sobieski, de Kosciusko, de Poniatowski, enfin, tous ses souvenirs les plus précieux, les plus chers; là, régnait encore, parle code Napoléon, le souvenir de la récente indépendance du jjrand duché de Varsovie; là. régnait enfin ce que les peuples do nos jours estiment beaucoup, la liberté commerciale. Tout cela fut anéanti : grande perte pour ceux qui en étaient les victimes ; et perte encore pour cette grande chose ({u'on appelait la nalioualité polonaise. » (1)

L'incorporation de Cracovie était donc l'anéantissement de la Pologne, le mépris des traités et la consécration du droit de la force, dette cause était digne d'inspirer un grand talent ; l'indignation était générale ; il fallait une noble voix pour rendre In colère généreuse qui fermentait dans tous les creurs.

Il était réservé à M. di' Montalembert, qui. depuis quinze ans, répondait aux cris de la Pologne outragée par des cris d'indignation et de douleur, de se faire l'organe, l'interprète du mécontentement général. Son discours fut à la hauteur de la noble nation qu'il défendait. Ses accents mâles et énergiques , les chaleureux élans qui jaillirent de son âme de feu, les réflexions politiques si élevées qu'il sema dans son discours, remuèrent profondément les âmes de la Chambre et des nombreux auditeurs qui se preh.saien't dans les tribunes.

Du reste, en montrant les tristes résultats de cette incorporation pour le droit i)ublic en Europe, il (it sentir que des excès du mal sortirait enfin la réhabilitation, et son dernier cri fut un cri d'espérante.

(1) Monlalemijerl ; page 432 du lomt- il.

(( La Pologne a-t-cUe jamais plus vécu, s'écria-t-il, qu'elle ne vit aujourd'hui? Je ne le crois pas. Jamais, à mon avis, elle n'a occupé une si grande place en Europe. » Reportez-vous, je vous prie, à ce qui s'est passé en Europe lors du partage de 1775; il a passé presque inaperçu en Europe, tant la vitalité de la Pologne était alors chose de peu d'importance, peu comprise ou peu .sensible.

» Aujourd'hui, c'est tout autre chose : on a beau égorger la noblesse, peupler la Sibérie d'exilés, bâillonner tout ce qui reste dans le pays, l'Europe sent que la vie est là. 11 est impossible de le dissimuler, et il est également impossible d'en désespérer. Comme l'a si bien dit l'homme éloquent que j'aime tant à citer, surtout quand je ne le com-bats pas, M. Villemain, « depuis que le Christ a paru dans le monde, aucune nation qui a reçu le baptême n'a disparu de la chrétienté. » Voilà ce qu'il a dit l'année dernière, dans un langage que vous n'avez pas oublié. Cette admirable vérité, proclamée par lui, est surtout applicable à la Pologne.

» Toutes les fois qu'on a essayé d'anéantir une nation, cette nation est devenue le châtiment de la puissance qui a essayé de l'anéantir. La nation opprimée est restée attachée comme une plaie vengeresse, toujours saignante, toujours poignante, aux flancs de la puissance opprimante.

» Il y a des insensés parmi nous qui disent que c'en est fait de la Pologne; qu'elle est condamnée, qu'elle est morte et qu'elle ne fait plus que se débattre. Messieurs, sachez bien que, quand la Pologne aura cessé d'exister, vous vous en apercevrez bien autrement qu'aujourd'hui. Quand la Pologne n'existera plus, c'est-à-dire quand ses 20 millions de Slaves auront été agrégés, non pas à l'Autriche, non pas à la Prusse, cela est impossible, mais à la Russie, ce qui peut bien arriver, vous verrez ce qui se

pa.-«era en Kuiope; riiulépeiulance ilo l'occidenl tremblera sur sa base, et les destinées do la civilisation seront menacées comme elles ne l'ont jamais élr dopuis los jours d'Attila.

« Si la Pologne pouvait cesser d'exister et de résister, si la noblesse, qui conserve la tradition nationale, pouvait être anéantie, comme on y travaille, savez-vous ce qui en résulterait? C'est que la Russie, ayant 20 millions de Slaves de plus, dévoués à sa cause, 20 millions d'hommes qui, pour se venger eux-mêmes, deviendraient les instruments dociles de ses entreprises, la Russie serait irrésistible, et ces millions de Polonais, transformés, enrégimentés dans ses armées, soudés, ponr ainsi dire, aux destinées moscovites, viendraient, après avoir cliàtié , après avoir anéanti l'Allemagne , viendraient jusq\ie sur le Rhin bouleverser l'Occident. (.Çenscdion.) C'est aloi*s que vous retrouveriez cette avant-garde qui, comme on l'a dit, s'est retournée en i830 contre le corps de bataille ; vous la retrouveriez prête à vous faire payer, pour le compte de la Russie, la rançon de l'abandon où vous l'avez laissée.

» Je souhaite que ce ne soit pas là \me prophétie; mais, en présence de tout ce qui se passe en Europe au sein de la race slave, il est impossible et il serait insensé de ne pas ouvrir les yeux. Cette révolution n'est pas encore consommée, elle est loin, j'espère, de se réaliser, mais elle le serait du jour où la Pologne cq^serait de résister.

» Jusqu'à présent la Pologne n'a pas cessé de résister; jusque dans les étreintes de son agonie, cette nation sert do frein à la barbarie et de boulevard à l'Fiurope occidentTle. La garantie qu'une diplomatie bien intentionnée, je veux le croire, mais bien étroitement inspirée, chercha dans le congrès de Vienne, savez-vous où nous la trouvons? C'est dans les angoisses et les révoltes perpétuelles de la Pologne. !.•' jour où elle sera résignée à son sort, où

elle acceptera de servir d'instrument à la puissance qui l'opprimera, vous verrez des choses dont vous ne vous doutez pas, et qui vous serviront à la fois de leçon et de châtiment. {Nouveau moux^emetit). (1) »

(1) Discoiu's siir l'indépendance de Cracovie, séance du 21 janvier 18n. Olîluvres de M. de Monlaleinbert, tome II, page 4'36.

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l>isscilution do la Cliainl)rt' des Députés. — Du DEVOin des

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