‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 23 sur 38 · VX · texte numérisé non relu

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pulilicil»'. «le l'atlion; nous avons ^oùlo son àpr(> o[ snhslanlielle saveur, nous n'en démordrons pas. Croire «pron pourra nous confiner désormais dans ces béates salislaclions de sacristie, dans ces vertus d'antichambre que praticpiaient nos pères et que nous prêche la bureaucratie qui nous exploite, c'est méconnaître à la fois et notre temps, et notre pays, et notre cœur.

« Et que craindrions-nous donc dans celte lutte? devant qui reculerions-nous? Quoi! nous avons vaincu le respect humain, et nous ne vaincrions pas les chétives inimitiés, les mesquins danp,ers au-devant desquels notre résistance nous conduit? Quoi ! nous avons appris à lutter contre nos mauvais penchants, contre notre corruption naturelle, contre nos passions les plus fouj^ueuses; quelquefois, hélas ! trop rarement, nous en avons triomphé ; et nous ne saurions pas lutter contre cette méprisable bande de préjugés vieillis, de mensonges usés, de passions d'emprunt, de chicanes et de sophismes ligués contre nous! Ce serait nous rendre bien peu de Justice à nous-mêmes; car enfin, et ici c'est à vous tous, i)ommes de mon âge et de ma génération, qui combattez avec moi, que je m'adresse; à vous, échappés comme moi des filets de ri'niversité et des duperies de la fausse philosophie et du faux libéralisme : se trouve-t-il donc quelqu'un parmi vous qui soit entré dans celte lutte par caprice ou par passe-temps, et qui ait ainsi rompu avec toutes les puissances et toutes les popularités du jour, faute d'un meilleur emploi de son temps et de son esprit? Pas un. Vous le savez tous, c'est le devoir, c'est la foi seule qui nous anime et qui nous soutient; c'est là le seul arsenal où nous puissions nous armer, et qu'on ne nous enlèvera jamais; <ar il n'est pas donné à nos ennemis d'y pénétrer, ;-;ms y devenir à l'instant nos amis et nos auxiliaires.

" El vuilà pourcjuoi lo défaites, les épreuves, les mé-

comptes, les humiliations que l'avenir nous réserve avant de nous donner la victoire ne nous effraient pas. Il y a longtemps que Leibnitz a dit des Jésuites : Ils sont comme cet Antée de la fable, qui se relève plus fort. Eh bien, nous que vous appelez Jésuites de robe courte, nous ferons comme eux : l'épreuve, l'humiliation, la mortification seront notre terre nourricière : chaque fois qu'on nous abattra, on nous la fera toucher de nouveau, et nous y puiserons de nouveau la vie, la force et le courage. » (1)

Les élections eurent lieu. Quelques jours après, M. de Montalembert en donnait ainsi les résultats aux catholiques.

« Nous pouvons le dire sans orgueil ; le premier essai de nos forces a dépassé nos espérances...

Plus de cent trente députés^ à notre connaissance, ont pris, soit dans leurs professions de foi, soit par des promesses verbales ou écrites, l'engagement de soutenir et de réclamer la liberté religieuse et la liberté d'enseignement. » (2)

(1) Du devoir des calholcqacs, dans les élections.

(2) Circulaire du Comité l'iectoral pour la défense de la liberté religieuse, 14 septembre 1846.

- lit-) —

CllAJ'lTlU-: XX.

O'Connel à Paris ; sa mort à Gênes. — Atteintes au diciit de pétilion. — Lu loi Salrancbj. — Le chapitre de St-Denys. — Embaitnicmcnt cl cutcrvonoil du Gallicunis)ne. — Danijers des tendances envahissantes de l'Etal. — Trislc 'position des dêjjulis et des ministres, en France. — Eloge funèbre de la session de 18-47. — Du raI'I'ORT he M. LiMiiÈRE.-^; coNiriE LA LUîEKTÉ d'knseignement — S'imnotenee des eath(diiiues français.

Ce succès alVermit le courage du glorieux chef du parti catholique; une circonstance tout accidentelle allait raugiuenler encore.

L' vaillant précepteur ([uil .s'était donné, i'illustie O'Connel, n'avait cessé de combattre pour la libellé de <a verte Erin. Ce n'est pas ici le lieu de raconter les nombreuses victoires qu'il remporta contre les oppres- .seurs de l'Irlande. Il aimait .sa religion, la liberté, et sa patiie, avec passion. Il leur sacrifia sa vie. Les longues et glorieuses agitations de son existence finirent par altérer gravement sa santé ; les médecins lui coaseillèrent d'aller passer un an dans le Midi de l'Europe. Le grand orateur acc4'-da à leurs dé-sirs. Dans le midi de l'Euiope, se trouvait Home, la ville éternelle ; elle l'attirait comme un aimant : il pailil.

Lorsfiu'il lut aiiivé à Paris, un grand nombre de ca-

— lOP) —

llioliques, iiyanl M. de Nlcnilalemltpil ;'t li;ur IcHV", :sc pivsoiilèrent (levant, lui et lui ollrii-enl riioniinage de leiif .-sympathique admiration.

Ce fut un instant touchant et solennel que celui où ces deux défenseurs des droits de l'Église et de la liherté se rencontrèrent. Les paroles qu'ils échangèrent, émurent profondément ceux qui avaient le bonheur •l'assister à cette entrevue. Le grand O'Connel ne put revoir sans un sentiment de noble orgueil, celui qu'il avait vu enfant, qui avait marché à pas de géant sur ses traces et qui avait, en si })eu de temps, conquis, le nom d' O'Connel français. En partant pour PiOme, il emporta, pour le présenter à Pie IX, l'hommage de l'amour, du respect et du dévouement des catholiques de France et de leur illustre chef.

Pie IX, O'Connel, Montalembert, ces trois noms ne rappellent-ils point les plus beaux siècles de l'Église !

O'Connel ne parvint point à Rome ; son cœur • seul y arriva.

Après sa mort, qui eut lieu à Gènes, le 15 mai 1847, son corps fut transporté en Irlande. « Le cœur d'O'Connel à Rome, son corps en Irlande et son àme au ciel, écrivait son chapelain, n'est-ce pas là ce que veulent la justice des honnnes et la miséricorde de Dieu ? "»

Pie IX, dont lavénement avait été salué avec enthousiasme, allait être visité par l'adversité. Son intelligente lionté à l'égard de ses sujets allait être payée de la plus noire ingratitude.

Quant à M. de Montalembert, il reprit avec énergie ses glorieux travaux.

O'Connel disait : « (Ju'on me laisse le droit de pétition

et je me charge de passer à travers les filets de tous les

despotismes. » Or, ce droit avait été, depuis quelque

temps, en France l'objet de nombreuses violations.

Le noble comte le défendit avec vii:ueur à la Chambre

fies l'aiiî; ci »'iii:;i«;t'a de i»liis (M1 [iliis les ( allidliciiios à s'en l'aire une arme pour coiuiuérii' la liherlé (luOn l(>ur rel'nsail, pour hi-iser les entraves donl ou les cliaryeail.

Ces recouunanclalions èlaienl loin d'être ino[)i)ortunes.

Depuis dix ans, la i>resse, la tribune, les pères de lamille, répiseoi»at, demandaient au nom de la charte et de la religion, l'abolition du monopole. Les dernières élections s'étaient faites sous l'inlltience de ce sentiment universel : destruction du monopole, libre concurrence des établissements privés. On attendait un projet de loi.- Les catholiques étaient jileins d'espérance. Le nouveau ministre, M. de Salvandy, se montrait conciliant et plein de bonnes intentions.

Hélas! rillusion tut courte et l'on vit bientôt ([ue M. de Salvandy pouvait compter narmi les ennemis les plus systématiques de la liberté de l'Enseignement.

Son projet de loi [tarut.

i< On nous avait promis la libejlé, disait ([iielques jours après >L de Montalembert, on ne nous en donne pas même le semblant. On nous avait annoncé la conciliation de deux grands intérêts, on ne nous oll're pas même un progrès, dans la se\ile voie qui puisse aboutir à cette conciliation. »

» En présence d'un semblable résultai, conlinuc-t-il, serait-ce le moment de reculer, de. se décourager, de renoncer a la lutte ? Nous ne le pensons pas. » (i)

» 11 faut que, par tous les moyens et de tous les cotés à la fois, les écrivains, les citoyens, les pères de famille catholicjues, témoignent la résolution calme mais indomptable où ils sont de ne pas se résigner au sort (pi'un leur ollre. »

L'exjiosé des motifs du projet de lui, les coiuessidus

(1) Cil culuii r jioui la tli'frnsf (le la liljci !(} icli'jicusv, Ol'^uvres de M. ôi: MdiiUilcml» ri. tome II, page 180.

insigniOanios, il est vrai, faites au.\ catholiques montrent qu'on connaît leur force.

(^hi'ils saclientla reconnaître eux-rnêmes, qu'ils sachent en user avec l'énergie du droit et la gravité du devoir.

« Quoi qu'on fasse, s'écrie le noble comte, la brèche est faite à l'édifice du monopole. Montons-y, portons au cœur de la place le flambeau de la discussion, et prenons envers nos enfants et envers nous-mêmes l'engagement do ne nous reposer que lorsque nous aurons renversé les murs de cette geôle, où des sophistes et des bureaucrates voudraient emprisonner à jamais la conscience et la famille, TÉglise et la société, la liberté et le génie de la France. » (1)

« Mais sachons-le bien (car l'audace de nos adversaires doit plus que jamais nous servir de leçon), nous n'avons rien à attendre que de notre persévérance, de notre courage et de notre bon droit.

» Continuons donc avec la plus indomptable résolution. Que les vœux de la France se produisent chaque jour plus énergiques et plus pressants ; que nos pétitions viennent plus nombreuses que jamais apporter aux Chambres la volonté des pères de famille ; que la liberté de l'enseignement à tous ses degrés soit réclamée avec une force nouvelle. Plus de cent vingt mille signatures nous sont déjà parvenues depuis le commencement de cette année. Redoublez de zèle, et qu'il n'y ait pas sur toute la surface de la patrie une seule voix libérale et catholique qui ne s'élève pour revendiquer les droits imprescriptibles de la conscience, de la famille et de la loi! » (2).

Le projet de loi fut renvoyé à une Commission. En

(1) Circulaire du com. élect. pour la défen. de la lib. re!.; OEuvres, tome Ilj page 483.

(2) Circulaire du Comité ciectoral pour la défense de lu liberté religieuse, 31 mai 1847 ; œuvres, tome II, page 488.

attendant lo rappoit. M. do Montalembei'l dirigea ailltin-.s son activité. Une (luestion surgit bientôt : il s'agisî^ait de sa:ictionner, par une loi, l'exemption conféive par une huile du souverain Pontife au Chapitre de St-Denys.

La discussion lut longue et embarrassée.

Les nobles pairs se trouvaient mal à l'aise sur le tcri'ain tliéologique et canonique, où on les avait tout-à-coup transportés. Le Gouvernement de Juillet, en n'admettant point le principe de l'incompétence de l'Etat dans les questions spirituelles, s'était engagé dans une a ornière toute semée d'écueils, de bourbiers, d'embarras sans nombre. » Ces embarras se faisaient .sentir dans la discussion. L'exposé des motifs de M. Dumon, ministre par intérim^ et le rapport de M. le comte Portails, fourmillaient d'erreurs et d'inexactitudes, et les Pairs qui parlèrent, ne lirent que les amplifier ou les remplacer par d'autres.

M. de Montalemberl païut à son tour dans la lice. Incertain dans son exorde, jamais il ne fut plus libre, plus ironique, plus mordant dans le reste de son discours.

La loi , il l'accepte, mais non pas comme un bienfait. L'Eglise demande, dit-il, i( la liberté complt le de son enseignement, la liberté de sa législation dans le;? conciles |)rovinciaux et ses synodes diocésains, la liberté complète de ses relations avec Rome, et enfin liberté des ordres religieux. Elle n'a jamais réclamé l'exemplion de St-Denys. >»

Quelques catholiques craignaient de voir à la suite de cette loi, le Chapitre devenir un Séminaire d'Év.ques, la juridiction du primicier de St-Denys s'étendre aux aumôniers de France; ils redoutaient enfin de voir reparaître un clergé de cour ou un clergé politi([ue. L'illustre orateur montra le peu de fondement de ces craintes, et il ajouta :

'( Celte loi, d'après Torgane du gallicanisme ecclésiastique en France, est <( l'acte d' ultra montanisme le plus outré qui ait été lait depuis longtemps en France. »

') C'est bien comme cela que je l'entends, et c'est pour cela que je la défends.

» Le gallicanisme, à vrai dire pour moi, n'est plus qu'une momie. (.¥ouuement.)Cela ne l'empêche pas d'avoir encore des adorateurs ; car, comme vous le savez, les Egyptiens embaumaient les animaux qui leur servaient de dieux, et puis les adoraient encore après les avoir embaumés. {Nouvelle hilarité.) Ces adorateurs, en petit nombre, ne sont pas très dangereux, mais ils sont quelquefois incommodes et hargneux; et il est bon qu'ils soient éclairés ou humiliés ; je crois qu'ils le sont ou qu'ils doivent l'être profondément dans la circonstance actuelle.

» Il y a parmi nous un homme éminent par son talent, sa science, qui marche à la tète de la magistrature, à la tête des procureurs généraux du royaume, et qui a consacré ce que j'appellerai l'arôme de son talent et de sa science à embaumer cette momie dont je parlais tout à l'heure. {Hilarité générale.) »

« Eh bien ! continue le noble pair, cette loi lui inflige une terrible humiliation (1). » Après l'embaumement, liii reste, viendra l'enterrement du défunt.

» Vous allez vous charger de ce soin; vous lui ferez un linceul avec l'exposé des motifs de l'honorable M, Dumon. et le rapport de M. le comte Portalis, et puis

(1) En effet, M. Dupin, avait dit dans son Manuel du druil ecclésiastique : u Le Pape n'a le pouvoir d'exempter qui que ce soit de la Juridiction de l'Evoque ; il faut au contraire reconnaître comme un fait qui est en môme temps un principe, savoir, qu'aucune exemption n'a pu être accordée et n'a pu être admise en effet qu'avec le consentement des rois et des Evèques. o Ceci était faux mais c'était la doctrine de M. Dupin.

— ^2(tl —

V(ni< l'tMiti'iT.'ie/ (OH ril^: t'I ce sera toit bu.'u lail, suivant iiio: : ce sora suilttut un aclc dérlatante et providentielle justice. Pouniuoi? l'aice ([ue la doctrine du galliciinisme s'élanl faite depuis longtemps la servante de l'Etat, il est juste, il est naturel qu'elle soit souffletée et congédiée, comme une servante {murmures), ou, si vous aimez mieux, sacrifiée et immolée par son maître. »

Le gallicanisme enterré, M. de Montalembert se mit ci flageller la centralisation administrative. M. de Salvandy, par sa fécondité, lui en fournit l'occasion. Un congrèfi médical avait eu lieu à Paris, l'année pré- •'édente. On avait réclamé du Gouvernement des meures capables d'assurer aux docteurs brevetés le monopole de leur clientMe. M. de Salvandy, appelé à ce congre.*!, y avait été très a[tplaudi : il avait promis une loi. Il présenta la loi promise, en juin 1847.

.\f. de Montalembei-t l'apprécia en «es termes :

■■', Le but de ce projet , me paraît être d'augmenter d'une façon exorbitante l'action de l'Etat sur l'intelligence du pays.

■) EU bie»i ! coiitinua-l-il, cette tendance du pouvoir à mettre la main sur tout ce (pii constitue la vie sopiale et intellectuelle du pays m'inciuiète et nvalarme ; elle m'inquiète pour l'avenir du pays, pour l'avenir du Gouvernement lui-même. Je ne comprends pas la prudence, l'utilité qu'il y a à imposer au gouvernement de ce pays, fléjà tellement surcbargé, un fardeau comme celui de la direciion et de la responsabilité des forces scientifiques lu pays.

B Ces alarmes ne me sont pas particulières; elles ont été exprimées par des savants distingués dans un autre ordre d'idées, au sujet des envahissements de l'Etat sur la propriété par le moyen du droit administratif. Je m'alarme comme eux, et plus qu'eux, de ces envahissement« rpiolidiens et piogressifs du Gouvernement, de

l'Etat, dans tons les domaines où rien ne jnstifie son intervention.

Je crois que le Gonvernement marche vers un abîme, en se portant en quelque sorte comme héritier de la féodalité, c'est-à-dire d'une puissance excessive, abusive, inutile, minutieuse et vexatoire, qui, après avoir été quelque temps acceptée, longtemps subie, a fini par devenir insupportable au monde entier, et a été renversée et brisée. La féodalité a été dans son temps une grande et belle chose , nn bienfait social ; tous les vrais historiens, tous les penseurs sont d'accord sur ce point; mais elle a cessé d'être quand elle a voulu tout envahir, tout gouverner, intervenir dans tout, faire sentir partout le joug d'une autorité abusive. De même l'Etat moderne, l'Etat administratif a été dans son temps un bienfait, quand il s'est agi de réagir contre les abus du régime précédent; mais, s'il continue dans la ligne où le Gouvernement actuel tend à le faire entrer, je suis convaincu qu'il deviendra à son tour l'objet de malédictions et de soulèvements. Car, réellement, la vie telle qu'on nous la fait aujourd'hui, la vie politique, la vie sociale et la vie civile, rappelle le cours de certains grands neuves sous le régime féodal; le Rhin, par exemple, où l'on ne pouvait faire un pas sans rencontrer ici un péage, là une digue, ailleurs un château fort, partout enfin une extorsion, un obstacle ou une interdiction. Eh bien! dans la carrière actuelle des citoyens, il en est de même. A chaque pas on nous arrête pour nous faire payer un impôt ou exhiber un brevet : si nous voulons enseigner, il faut une autorisation; si nous voulons imprimer, il nous faut un brevet; si nous avons une source d'eau minérale dans notre jardin, nous ne pouvons pas en faire boire à nos amis sans une permission de la police; enfin, par ce nouveau projet, qui est une aggravation considérable du système actuel, ce sera désormais un délit pu-

nissable des peines les phis «graves que de guérir ou de panser ses semblables sans rauldiisation du Gouvernement. » (1)

En l'ombatlant la fenlrali-alion le nolilc pair défend la liberté de la cliaiité.

H Et sur qui frappera celte pénalité? Frappera-t-elle toujours sur ce qu'on appelle les charlatans? Non, certes! Savez-vous qui elle atteindra? Elle atteindra surtout les hommes de charité et de dévouement, les hommes qui, par charité, par pliilantophrie et par dévouement, se consacrent quelquefois à l'exercice de la médecine, dans le but de soulager les pauvres. Elle s'appliquera aux iiabitants de l)eaucoup de châteaux et de presbytères, aux religieuses , aux sœurs de beaucoup d'hospices. Soyez sûrs que c'est surtout contre eux que l'application de la loi sera invoquée. Car, après tout, c'est la concurrence qu'on redoute le plus; les charlatans se font payer : il n'y a que la médecine faite par charité qui .soit gratuite, et qui, par conséquent, soit réellement à craindre par ceux qui, guidés avant tout par un intérêt pécuniaire, repoussent toute concurrence, et ont ouvertement dénoncé les secours donnés par la religion à l'indigence malade. » (2)

Le monopole ! c'est là ce qu'on ne cessait d'opposer aux partisans de la liberté , et ce que les partisans de la liberté , M. de Montalembert surtout , ne se lasi«aient pas de repousser. Du re.ste, le noble pair, n'était point radical; il admettait les transitions, pourvu qu'elles fussent un progrès. Mais le progrès, qu'on louait beaucoup, n'était plus qu'un mot.

Le Gouvernement et les Chambres consumaient leurs eflorts en de vains débats. La session qui allait se ter-

(1) Diêcouri sur l'cn»ci(jnenieitl ih- la ini'dcchte, séance ôv. T» juin 18n ; œuvres, lomc II. po^e ïj'il.

miner, pouvait se résumer eu un seul mot... Rien. Depuis trente trois ans que le Gouvernement représentatif existait en France, on n'avait pas encore eu, comme résultat, un néant plus complet. M. de Montalembert, (gémissait de cet état de choses ; faisant l'oraison funèbre de cette session il recherclia et découvrit avec une tristesse indignée les causes de sa stérilité.

« Je parlerai si on veut, dit-il, non pas au présent, mais au conditionnel passé ou futur; je vous demanderai, par exemple, s'il n'est pas loisible de se figurer un état de choses comme celui-ci : un état où les électeurs en majorité ne s'informent plus le moins du monde du talent, de l'opinion ou de la conduite politique de leur représentant, mais bien des progrès de la carrière de leurs fils, de leurs neveux, de leurs gendres ou même de leurs filleuls, dont ce député a la charge et la responsabilité ? Où, d'un autre côté, le député, au lieu de s'occuper des intérêts majeurs du pays, au lieu d'écouter les orateurs qui s'évertuent à la tribune pour l'éclairer et le persuader, passerait son temps, même pendant les séances, à écrire à ses électeurs, et à leur dire : « Mon Dieu! prenez patience; je n'ai pas encore obtenu... » ou bien : « Piéjouissez-vous, j'ai obtenu, j'obtiendrai demain... » et remplirait de lettres pareilles les malles-poste qui partent tous les jours de Paris, en gémissant sous le poids de cette correspondance intarissable. {Rires et ïnouvernents divers.)

» Je ne dis pas que cela soit : je vous laisse le soin d'en juger; mais j'affirme qu'on peut se figurer que nous en arriverons un jour à cet état, et qu'alors le gouvernement de la France sera une espèce de chasse effroyable où les neuf ministres seront constamment pourchassés par quatre cents députés, avec une certaine quantité de pairs de France, si l'on veut, pour faire nombre (hilarité), et où ces quatre cents députés seront

à leur loin ^»(»iii>Mivi> el liarciOés parcfMil mille électeurs infaligahles et ;'i|»res à In cmve. nui ne leur laisseront pas un instant de repos et de liberté. Je dis qu'un pareil état peut tort bien se poser à Tétat d'bypotbèse. 'Jhù ! oui !) j> i([)

Hélas! cette hypothèse était, en grande partie, une triste réalité. Les i>laces se trouvaient aux mains du Gouvernement qui les donnait presque toutes en vue des élections. Toutes les ambitions convergeaient vers Paris, [»ar l'entremise des députés, et accablaient de leurs imporlunités les minislies déjà préoccupés de mille soins «livers.

» Messieur.5, disait .\I. île Montalemberl, comparons ces ministres, comparon.s leur existence avec celle de leurs voisins, leurs collè|iues d'Anj^leterre. Maintenant les ministres actuels de ce grand peuple, qui ont iini les fatigues de la session, que vont-ils l'aire ? Ils vont se promener, ils vont chasser ; ils vont prendre ce repos qui est nécessaire à tous les hommes ; ils trouveront dans ce repos des idées, de la liberté d'esprit, ce qu'il laul pour méditer et rélli-cliir sur l'étendue de leur mission et leurs devoirs.

A leui- retour, ils altendi-ont le parlement ; ils feront de la grande politique ; ils ne nommeront peut-être pas à cinquante places d'ici à la prochaine session.

Pour un ministre franr^ais, au contraire, ce n'est rien pour lui que la fatigue parlementaire, que la gestion des grands intérêts du pays, des grandes questions ; ce qui pèse de tout son poids, d'un poids quotidien et accablant pour lui, c'est la gestion des misérables petits intérêts qui lui sont tous les jours confiés (Très bienl très hienl); c'est l'exercice des mille el une attributions ridicules el excessives dont il e>t investi.

(1) Ditcoui s iui lu siiUfiHnn iji'in'iiili' ilr In Frtiiicr, H'-nnco du 'J

Messiour.';, un rneuihit' de Taiitre Chambie. dans un écrit remarquable, dit quil fallait augmenter le nombre dos ministres, etimiler sous ce rapport l'Angleterre. Mais, Messieurs , persuadez-vous bien que si vous en aviez quarante, cinquante, ils succomberaient également sous le faix des sollicitations incessantes et des attributions excessives.

J'irai même plus loin, et je dirai que si vous aviez ici un de ces grands ministres anglais, sir Robert Peel(l) en personne, et si vous l'installiez dans le fauteuil de M. Duchàtel ou de M. Dumon, il gouvernerait comme vous gouvernez, ou plutôt avant la fin de la première journée il aurait donné sa démission {nn rit), en disant qu'une pareille corvée n'était pas faite pour un homme comme lui.

Cet état de choses ne provient pas de la faute des hommes qui sont au pouvoir, c'est la faute du système dont ils sont les instruments et les chefs. Leurs prédécesseurs ne faisaient pas autrement qu'eux, et leurs successeurs ne feront pas différemment, à moins qu'on ne renonce au système qui condamne les députés d'une grande nation à passer la journée entière à solliciter, et les ministres, chefs responsables de la politique de cette grande nation, à consacrer les heures de leur journée, déjà trop courte, à peser avec une minutieuse inquiétude, et à ti'avers mille anxiétés pitoyables, comment ils nommeront, quoi ? des surnuméraires, des buralistes de tabac et des maîtres d'étude.

Voilà, Messieurs, sachez-le bien, ce qui énerve parmi nous les cœurs les plus haut placés, et ce qui affaiblit la portée des intelligences les plus éminentes ; voilà ce qui produit cette stérilité et cet abaissement progressif de notre politique que tout le monde déplore. Il y a là un double joug à briser, et j'adjure tous les conservateurs

(1) Né en 1798, mort en 1S50.

(le Itcuiue foi dy ivlli-cliii-, L>";il)(ird Ir joiii: ilu dcjuilo ; car enfin, »ju;uul !»• ili-putô niiniun' ipiitto son arrondis.scnienl. le n'o^^t plus un vaiminoiu" (jui marche libre et fier veis le but ([u'il a conquis, c'est un malheureux qui part jiour Paris, chargé de trois cents promesses qu'il lui faut tenir aux dépens de l'État, mais souvint aussi aux dépens de sa propre dignité.

Ensuite le joujj de l'administration tout entière, qui se consume à satisfaire les députés et les électeurs, et qui, au lieu de marcher droit devant elle, avec l'appui certain • l'un plus ou moins grand nombre d'amis, est obligée de faire entrer en ligne de compte dans tous ses actes, dans tous ses projets politiques, la nécessité de satisfaire cette impitoyable cohue de solliciteurs électoraux qui l'assiège depuis le premier jour de Tannée jusqu'à la lin. » (1)

Du reste, la décadence était générale ; la corruption se faisait sentir partout ; un souffle mauvais semblait avoir flétri les caractères. 11 fallait des remèdes. M. de Montalembert, après avoir signalé tous les maux dont la société était atteinte, indi<[ua la religion connue étant seule capable de les guérir.

)i Je sais que les assemblées politiques n'aiment pas les homélies ; elles ont raison, et je n'ai pas l'intention d'en faii"e. Mais enfin qu'y a-t-il de [)lus infirme dans ce pays ? Vous l'avez proclamé avec plus d'éloquence que personne, avec une éloquence incomparable ! C'est l'état des âmes; c'est elles qui ont besoin (ju'on leur prêche le dévouement, le désintéressement, la pureté. C'est l'éducation morale de ce i)ays qui est, sinon à refaire, du moins à modifier et à épurer profondément. Kl comment vous y prendrezvous ? C'est une banalité que de le dire : vous ne pouvez vous y prendre sérieusement que par cette forte discipline «les âmes et fies consciences qui se trouve dans la

(1) Discjurs $ui In siluadun ijriirrale de t'i France; œuvres, l. tl, page 642.

leligum. El cuiamenl tbrtilieiez-vous son aclion ? Est-ce par un privilège quelconque? Non. Est-ce par des faveurs, par une protection affichée? Non, mille fois non. Est-ce par une intervention quelconque de celte auguste action dans l'action politique ? Encore une fois non, et toujours non.

Par quoi donc ? I^ar la liberté que nous garantissent et que nous promettent la Charte, le bon sens et la raison ; par la liberté du dévouement, du désintéressement et de la charité.

Qu'avez-vous fait pour assurer cette liberté? Rien. ))('!)

Rien ! c'est vrai, et, nous allons le voir, à l'inaction on joignait l'insulte.

En effet, le projet de loi Salvandy, dont nous avons parlé, était sorti de la Commission, à laquelle on l'avait soumis, avec des modifications qui en aggravaient la portée. M. Liadières, organe de la Commission, était tout à la fois ofticier de la maison du Pioi, Conseiller d'Etat et député. On pouvait donc croire qu'il représentait à la fois l'esprit qui dominait à la Cour, dans l'administration et dans la majorité législative. Il déposa son rapport, le 24 juillet 1847. Les droits de la Religion et de la liberté y étaient effrontément niés. Chaque page était remplie de dérision, d'ironie de mauvais goût, d'insulte au sens commun. Ce rapport était, à vrai dire, c<; le soufflet du bouffon. » (2)

Il fit bondir l'intrépide défenseur de l'Eglise et de la liberté.

Il .«aisit sa plume et répondit dans le Correspondant.

i( Descendre, s'écrie-t-il, des fiers dédains de M. le duc de Broglie, et des agressions passionnées, mais habiles et logiques de M. Thiers, à la grotesque théologie, aux bizarres contradictions, aux assertions cavalières de

(1) Discours sur lu siUialion géut-rale de la fraucc, page 642.

(2) Expression de M. de Montalcmbert.

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