‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 24 sur 38 · JO'.I · texte numérisé non relu

JO'.I

M. l.iaditML's, it'la u'csl ni ajiivahlt', ni llalli'ur. •> Nous |p Icions ot'peiulanl, v«. non pas certes que nous voulions suivre pas à pas ce rare esprit dans sa puissante argumentation. On peut nous condamner à su!)ir des lois laites par M. le lîapporleur de la Chambre des députés r[ ses coll»-yues, mais on ne saurait nous contraindre à discuter sérieusement avec des hommes- qui se moquent de nous. La seule chose que nous ayons à faire, c'est de passer en revue les injures qiu^ renferme ce document contre la liberté et la dignité des catholiques ; c'est d'en laire bien compi'endre l'amertume à ceux qui se sont attiré, par leur incurable mollesse, de pai'eils traitements; c'est enlin de mettra à nu tout ce qu'il y a à la fois d'hypocrisie et d'audace dans le système qui inspire à ses aveugles adeptes un semblable langage. » (1)

Et le noble pair, avec une indignation amère, parcourt ce rapport et en marque avec un altier mépris les principaux passages; tantôt, il écrase, de son dédain, cet amas inc(d)érent de toutes les erreurs, de tous les préjugés universiliiires; tantôt, s'attaquant au rapporteur lui-même, il le fu.stige du fouet d'une amère critique, le l)afoue, et l'ait paraître au grand jour .son manque de talent, de logi- (|ue et de bonne foi; tantôt, se retournant vers les catholiques, il leur reproche leur faiblesse et excite leur couiage .

Répondant à M. Liadières, qui, confondant les parli- -ans de la liberté avec les hommes de la Piestauration, les traitait de vaincus, le noble pair .s'écrie :

« Mais, en vérité, dans quelle bataille cet aide de camp nous a-t-il donc i-encontrés pour parler si à son aise de notre défaite? Dans quelle lutte a-t-il triomphé de nous? Où a-t-il |)ris la mesure de notie faiblesse? Et quels sont donc les exploits (jui lui donnent le dioit de se couronner Mii-i lie lauriers à nos dépens?

i\ ) Un ntjiitorl dr M. Li'f'lihrs iuf le }>rojf' 'Ir loi (Ir }J. S(il':aii'lif unii '. la liberté de CEnseiijncinenl ; œuvrci', lonic IV, page 103.

</ FauL-il donc dire à ce victorieux ([ue, parmi tous les soldats actuels de la Liberté d'enseignement, laïques ou ecclésiastiques, il n'en est pas un seul qui ait pris part au 'j;ouvernement de la Restauration, pas un qui ait la moindre solidarité avec ses fautes ou même avec ses gloires, H pas même avec la prise d'Alger^ dont il nous parle en termes si belliqueux?

« Faut-il ajouter que, si la Liberté d'enseignement cessait de nous être refusée ou escamotée, l'arme la plus légitime et la plus redoutable serait aussitôt brisée entre les mains des adversaires systématiques du gouvernement actuel ?

« Mais, encore une fois, à. quoi bon raisonner quand on est vaincu?

« Voici cependant ce que nous dirons : Qu'il soit permis à M. Liadières de prendre place à la fois dans le cortège du Roi et dans l'assemblée des représentants de la nation ; qu'il continue à rendre, avec les autres docteurs du Conseil d'Etat, ces lisibles sentences en droit canon devant lesquelles personne ne s'incline; que lui et ses amis aient le monopole de toutes les places rétribuées avec l'ai'gent des contribuables (c'est-à-dire avec le nôtre), depuis le portefeuille ministériel jusqu'au dernier bureau de tabac, nous nous y résignons volontiers. Mais nous exclure même de la place publique, de la vie civique et de l'égalité sociale; nous déclarer ainsi suspects, incapables et invalides, afin de nous parquer à part, dans je ne sais quelle bergerie, comme des créatures inoflénsives à tondre et à exploiter; traiter ainsi de nous, chez nous et sans nous, cela n'est ni dans son droit ni dans son pouvoir. Aussi ne dirons-nous plus : Mallieur aux vaincus! mais: Malheur au gouvernement qui permet à ses agents de l'entraîner^ par suite d'odieuses passions et de préjugés surannés, dans cette voie d'exclusion et de proscription ! Malheur au pays qui se laisse ainsi diviser en

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catégories! Malliour surtout aux lois qu'un pareil os[>rit a dictées! Leur destinée sera aussi épliémore que leur origine aura été impure ; elles méconnaissent en même teni|is la première notion de la justice et la première condition de la durée. » (i)

Après ces paroles prophétiques, il passe en levue les insultes jetée<« à la face des pères de famille ; il on fait sentir toute ramertume et il ajoute :

« Eh bien ! franchement, je ne suis pas fâché de voir les pères de famille qui ont moins de cin([uante mille livres de rente traités avec cette ironie et avec cette insolence. Ils l'ont l)ien gagné, et j'ose leur prédire qu'ils ne .sont pas au bout des affronts et des humiliations qu'ils ont mérités. En eflet, ne nous lassons pas de le ré|)étei., la tyrannie de l'Université est bien moins l'œuvre de rUniversiJpi', ou des fils de Voltaire, (jue de la lâcheté poi-.sévérante et de l'incurable aveuglement des pères de famille eux-mêmes.

Et en efTet que font les catholiques de France ?

Les catholiques do nos jours ont en France un goût prédominant et une fonction qui leur est propre : c'est le sommeil. Dormir bien, flormir mollement, dormir longtemps, et, après .s'être un moment réveillés, se rendormir le i)lus vite possible, telle a été jusqu'à présent leur polilifjue, telle leur philosophie, telle aussi, selon quelques-uns, leur habileté.

Assurément il y a des exceptions : chacun les connaît; mais tenons nous pour certain que la généralité, l'immense majonté des catholiques français, rentre dans la catégorie des doi'ineurs. Ne nous anèbms pas, quant â pré.sent, à rechercher les causes de ce phénomène d'histoire naturelle. Bornons-nous à constater le fait et la position qui en résulte.

(1) Du rappoil de .M. Liallièrc^ sur le projet de loi contre la liberté de l'KiiscigDciiietii, tome 11, page 41i.

lui vain uinis (H ennemis se sont-ils évertués pour réveiller ce grand cor[»s de sa somnolence : les uns, par des avertissements toujours trop bien justifiés, les autres, par d'imprudentes agressions. En vain les Pasteurs des àines, les Evèques, presque sans exception, ont-ils secoué le flambeau de la vérité devant ces yeux appesantis, ou fait retentir la trompette de la parole divine dans ces oreilles assoupies. En vain le temps marche, entraînant à sa suite des changements d'une irrésistible force et d'une incalculable portée dans la situation des hommes et des choses, aggravant aussi chaque jour le parjure de ceux qui ont juré la Charte sans l'accomplir, et la lâcheté de ceux qui supportent un joug que le ciel et la terre les aideraient à briser. Tout a été inutile jusqu'à présent. Quand une voix par trop éloquente, ou un fait par trop significatif, a soulevé autour du catholique français assez de bruit pour troubler sa paix, il entr'ouvre un moment sa paupière et promène un regard terne et étonné sur le combat qui se livre à armes inégales au-dessus de sa tête : il saisit au vol le nom de Religion, et se dit aussitôt que son curé ne lui a rien dit au prône ; le nom de Liberté, et il sait que cet aliment n'est pas à son usage ; le nom de la Charte, et il se souvient qu'elle a déclaré que la majorité des Français se compose de ses pareils, et que, quand on est de la majorité, on est toujours le plus fort. Là-dessus il se retourne sur le flanc, se cache la tète sous n'importe quel voile grossier, pour fuir la lumière importune, s'impatiente en bâillant contre le bruit qui l'a dérangé, et se rendort en étendant ses membres affaissés, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la position nécessaire pour que les endormeurs puissent ajouter une entrave de plus à toutes celles qui doivent l'einpècher de se l'edresser, s'il lui [uenait fantaisie de se réveiller jamais.

Et cependant il se réveillera, (^iii [)ui.urail en duuler '.' •

IK' iK»> ji»ui>, l.i (loliliqiie c^l l)icii rusi'-c, l;i Foi It'un l'ailtlc, le coiirajic bien bus, le dévouement bien slt'ribx; mais que nous soyons irrévocablement condamnés à laiii<uir dans cette atonie, c est ce que personne ne saurait croire. Les catholiques se sont bien réveillés en Irlande, en Belgique, en Angleterre, et jusiiuen Allemagne : comment n'en serait-il pas de même en France? Qu'y a -t-il donc dans notre caractère national, dans nos antécédents historiques, dans nos penchants ou dans nos préjugés, qui nous inqwse à pei'pétuité le souiuieil el la servitude comme une seconde nature ? Non, non, il n'y a là qu'une question de tenqjs et d'occasion. Que les iiéritiers subreptices d'une tyrannie surannée se le tiennent i>our dit ; que les prophètes de la faus.ve pai.x, que les courtisans et les complices du système qui énerve les intelligences et déprave les cœurs d<.' nos enfants se le répètent: un jour nos neveux briseront leurs l'ers ! Mais • juand le sentiment de leur force leui' reviendra avec celui de leur tlroit ; quand ils dresseront la tète et (pi'ils .se trouveront cernés, circonscrits, enlacés de toutes paris tians les circuits lortueu.v (Fune législation détestable rt d'une tyrannie bureaucratique sans exemple jusqu'ici dans l'histoire, ils n'auront pas assez de malédictions poiu' la connivence de leurs pères avec les auteurs de leur abaissement et de leur détresse.» (1)

I ] ) Du rapport di- M. Liailières xur le projt'l ilr lui conirc lu libcrlr d' Ensci'jmmini ; œuvres de .M. de Monlaleniherl, loinc IV, p. 4'i().

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CH-iPlTKE XXI.

Une yiande Journée oratoire. — Le Radicalisme s'établit en Suisse. — Le Sonderbund. — La France au commencement de 1848. — Défaite du Sonderbund. — Hideux forfaits du Radicalisme. — Les banquets ot France. — Dcfuiihion du Radicalisme. — Conduite de l'Angleterre dans la question Suisse. — Attitude de la Chambre des Pairs pendant le discours de M. de ^lontalerabert,

((. Il y a loujour.s dans la carrière des gi'ands uraleuis une journée dans laquelle leur éloquence surexcitée par une question sympathique et d'un intérêt général, servie par les circonstances et exaltée par le sentiment d'un grand péril public, trouve son inspiration la plus haute et remporte une de ces victoires décisives qui étendent leur renommée et servent de mesure à leur talent (1). » Cette journée fut pour M. de Montalembert celle du 14 janvier 1848, et, comme nous le verrons, elle devait avoir une sœur.

Jamais cause ne fat plus digne du noble pair ; jamais circonstances ne furent plus solennelles.

Le radicalisme qui depuis longtemps cherchait une position d"où il pût établir son influence sur toute l'Europe, s'était réfugié en Suisse. Ce pays, situé entre la France. l'Allemagne et l'Italie, entrecoupé de montagnes

(1) M. Alf. Netlement.

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inaccessibles, ilt^ gorges profomles, semé de lacs nombreux, (le cours d'eaux coiTlant dans des vallées à perle de vue, lui offrait une citadelle imprenable.

Il s'y arma et s'y fortifia, mais bientôt deux obstacles se dressèrent devant lui : le Fédéralisme et la Religion. Pour les renverser, il s'appuya sur le protestantisme. Les persécutions commencèrent. Les calholique5î décidés à résister formèrent une ligue offensive et défensive qui reçut des radicaux le nom de So)idc)'bund (alliance séparée). Ceux-ci demandèrent l'expul.'^ion des jésuites et prononcèrent la dissolution du SoJiderhund. C'était une déclaration de guerre. Elle éclata bientôt. La lutte fut courte ; les catholiques furent accablés par le nombre et par la trahison. Ils défendaient leur liberté et leur religion : ils furent vaincus et le parti de l'ordre avec eux. De cruels excès suivirent le facile triomphe de leurs ennemis. La révolution ressemble à un fleuve débordé ; quand elle se retire, elle ne laisse que des débris. Les églises et les couvents furent pillés, les vases sacrés profanés et les hosties jetées aux vents servirent de jouni à une population ivre de sang et de vin.

Les scènes de 03 pfdirent devant h^s hoJ'iihles saturnales qui suivirent.

L'Europe assistait dans un morne silence à ce drame sanglant. La France surtout dont la conduite, dans celte question, n'était pas sans reproche, en était atterrée ; elle voyait fermenter dans son propre sein les passions qui bouleversaient la Suisse. L'horizon se chargeait de sombres nuage.s ; des livres étranges infusaient dans toutes les classes de la société de subtils poisons ; et, des banquets réformistes s'exhalaient en discours passionnés des miasmes délétères, .signes précurseurs de la tempête. Elle ne devait point tarder à éclater.

Plus que tout autre, M. de Montalemiberi voyait avec

tristesse id indignation ce qui se passait. Dans la défoite du Sonderhund parle radicalisme, il voyait le triomphe d'un despotisme brutal et hypocrite, sur les deux passions de sa jeunesse, la liberté et la religion. Aussi son éloquence dans ces douloureuses circonstances, sortit-elle à flots pressés de son cœur indigné.

(( Il ver.sa, dit M. Nettement, dans le discours qu'il prononça à la Chambre des Pairs, sa colère, son indignation, ses alarmes prophétiques, ses douleurs poignantes, les angoisses de son esprit et les bouillonnements de son cœur. » (1)

« Je tiens, dit-il en commençant, pour mon compte, qu'on ne s*est battu en Suisse ni pour ni contre les jésuites, ni pour ni contre la souveraineté cantonale ; on s'e?t battu contre vous et pour vous (sensation), et voici comment: on s'est battu pour la liberté sauvage, intolérante, irréguliérc, hypocrite, contre la liberté tolérante, régulière, légale et sincère, dont vous êtes les représentants et les défenseurs dans le monde. {Trèsbien !)

» Ce qui était en jeu de l'autre côté du Jura, ce n'était ni les jésuites ni la souveraineté cantonale : c'était l'ordre, la paix européenne, la sécurité du monde et de la France ; c'est là ce qui a été vaincu, étouffé, écrasé à nos portes, sur nos frontières, par des hommes qui ne demanderaient pas mieux maintenant que de lancer de notre côté des Alpes et du Jura les brandons de la discorde, de la guerre et de l'anarchie. {Très-hie7i ! trèshien !)

» Ainsi donc, je ne viens pas parler pour des vaincus, mais à des vaincus, vaincu moi-même à des vaincus, c'est-à-dire aux représentants de l'ordre social, de l'ordre

(1) Ilisloira (le la littrratuii' Fi'niirako. sohs le Gouvcrnemfnl de Juilli'i ; !omo T, pai;e 417.

icmilitT. «lo roviiic lilx'ial ijui vioiil d'C'Wo v.iiiuii ou Suisse et «(ui usl menacé ilans toute l'Europe |iar une nouvelle invasion de barbares. {Se)isatio)i.)

«) Telle est ma conviction; et je re<;;irde connue bien ;»,veugles ceux qui ne la |tarta|i"eraieut pas. {Mnrqxc^i irnssetitiment.'

» Mais en cp moment je suis <aisi d'un souvenir douloureux. L'année dernière, à pareille époque, presqu'à pareil jour, je venais dénoncer à cette tribune, au milieu des marques de votre sympathie et de votre indul^jence, un crime analop;ue, l'incorporation et la confiscation de (Jracovie ; et rne voici aujourd'hui oblif^é de vous dénoncer de nouveau une violation indigne, non pas seulement <le ce droit des traités, de ce droit politique que je respecte et estime, mais d'un droit supérieur à tous les droits, du droit des gens, du droit natuiel, du droit humanitaire, pom- me servir de l'expression en usage aujourd'hui.

i> l.e crime est le même à mes yeux. L'année dernière il s'agis-ssait du dernier débris de la nationalité polonaise ; cette année il s'agit ilu premier berceau do la liberté européenne, victime d'un attentai semblable. Seulement, l'an dernier, l'attentat était conunis par des monarchies absolues; il est commis cette année-ci par de prétendus lil)éraux qui ne >ont au fond que des tyrans de la pire espèce, .\fais alors comme aujoiu'd'hui qu'avons-nous vu? L'abus de la force, l'éloufTement de la liberté, du droit, par une violence brutale et \m])\c... (nombreuse!^ marques iVdpprnhnlion), la violation de la foi jurée, la siqiérioté du nombre érigée en dogme, et le mensonge .servant d'arme et de parure à la violence. (NovvpIIcs oiarqups il'opprnbotintt.)

» r^royez-le bien. Messieurs, ce n'est ))as tel ou tel débris d'une oligarchie inoflensive n\ populaire que je regrette en Suisse, dans r-efte contrée, dans cette oasi^

(lo rEut'opt' ([ui viciil (le àisjiaraiti'e .';(»iis ime lyraiiuii' égale à celle de Gessler ; ce n'est pas tel ou tel débris du moyen âge, pas })lus que je ne regrette dans l'ancienne Pologne la domination exclusive de la noblesse. Non, Messieurs, ce qui me navre, ce qui m'indigne, c'est le libre arbitre des nations confisqué par le nombre, c'est le libre élan des âmes violé par la force, en Suisse comme en Pologne.

y> Voilà ce que je regrette, ce que je déplore et ce que je dénonce. {Très-hien ! très-hie)i .')

» Et dans quel siècle vivons-nous. Messieurs, qu'il me faille revenir à cette tribune tous les ans dénoncer des crimes analogues, et leur opposer quels remèdes ? llélas ! rien autre chose que cette stérilité de la parole qui mo frappe si douloureusement toutes les fois que je m'eii sers devant vous. Et cependant j'ai besoin de me souvenir, comme l'année dernière, que cette parole n'est j)as toujours impuissante, que celte tribiuie est un tribunal où l'honnête homme est investi du droit de parler au nom de son pays, où il doit monter pour rendre justice contre le crime vainqueur {assentl)ne)it), et pour en appeler à l'avenir contre les iniquités du présent.

» Du reste, quand je considère ces deux crimes, j'y remarque une différence que je ne peux manquer de relever.

» Le crime de l'année dernière, crime de la force, a été commis au nom de la force. Cette année-ci, c'est le crime du despotisme avec l'hypocrisie de plus : il est commis au nom de la liberté. A mes yeux, cet odieux mensonge aggrave l'attentat et le rend dix fois plus digne de votre indignation et de. votre mépris. {Vive approbation.)

S) Croyez-le encore. Messieurs, je ne viens pas faire ici une doléance religieuse ou catholique. Oui, le catholicisme a. été blessé en Suisse, tout le monde le sait ;

jiKiis lt»iil \r monde sait aussi (|Ut' li's l»l('ssiut's cl les «lélaites lie la loli^non ne sont pus des Idessures inciuahles ou iiT«''|Kirahles; qu'au fond, son métier l'st d'être blessée, persécutée, opprimée : elle en souHVe, mais pour un temps seulement ; elle en guérit, elle se relève, elle sort de ses épreuves plus radieuse et plus forte.

» Mais savez-vous ce qui ne se relève pas si facilement, ce qui ne peut subir impunément de pareilles atteintes ? C'est l'ordre, c'est la paix, c'est la liberté surtout, et c'est là ce dont je viens plaider la cause devant vous, c'est là i-e que je viens avec vous déplorer et revendiquer. {^farq^(es li'apprnJmtion.) »

Dans un récit rapide , le généreux orateur raconte avec une éloquence indignée, la honteuse histoire du radicalisme et fait le dénombrement de ses hideux forfaits. Chaque crime nouveau qu'il dénonce, fait bouillonner plus intense, dans son àme, une noble colère qui Unit par éclater en de sublimes accents.

•( Ce n'est pas tout encore ! s'écrie-t-il, ces fiers vainqueurs dont on nous a fait l'éloge, savez-vous ce qu'ils ont fait le lendemain de la victoire? Ils ont osé écrire, de leui" j)lume sanglante, le nom de saint Vincent de Paul dans un décret d'expulsion, et d'expulsion contre ces sœurs de charité qui sont les filles de saint Vincent de Paul, et qui sont l'objet du culte, de l'admiration et du respect du monde entier. Et comment les a-t-on expulsées? Comme des bêtes fauves, en leur donnant trois fois vingt-quatre heures pour évacuer le canton, sans pensions, sans indemnité, sans pudeur; elles, ces saintes femmes, ces filles, non pas de .saint Ignace de Loyola, mais de saint Vincent de Paul. (Tri-s-hien ! trH-hipn '. — Marques iCindlfi nation.)

I) Mais on ne s'est pas arrêté là.

I) Voypz-vou«ces hommes armés qui iiiont<"nl par ce dé-

lil('' (le> Alpos (|uo l.'oaiicoup d'entre vous uni Iranflii? les voilà qui suivent le sentier escarpé que , pendant tant (l(^ siècles , des milliers de chrétiens, d'étrangers, de voyageurs, ont foulé avec respect et reconnaissance ; ils vont là où la Ré])ublique française s'était arrêtée avec respect (vive sensation) ; là où le premier consul Bonaparte avait laissé avec sa gloire le souvenir de son intelligente tolérance {vive approhation); là où le corps de Desaix, de votre camarade Desaix, a trouvé un tombeau digne de lui!... Et que vont-ils y faire, ces vainqueurs sans combat V II faut le dire sans détour, car le mot est encore moins ignoble que la chose : ils y vont pour voler {approbation marquée), oui, pour voler le patrimoine des pauvres, des voyageurs, de ces moines de Saint-Bernard que dix siècles ont entourés de leur vénération et de leur amour.

» Et, puisqu'on a eu le triste courage de venir à cette tribune se moquer des vaincus et ajouter à l'amertume de leur défaite l'amertume de la dérision {très bien ! très bien .'), qu'on me permette de dire tout ce que je pense. Oui, la défaite a été honteuse. La Aérité m'arrache ce témoignage, au détriment même de mes amis. Mais savezvous quelque chose de bien plus honteux que cette défaite? C'est la victoire (iwes acclamations), celte victoire remportée, sans combat, par dix contre un, victoire qui se présentera à la postérité flanquée d'un côté par une sœur de charité expulsée, et de l'autre par un moine de Saint-Bernard, spolié, chassé et insulté par ces lâches vainqueurs. {Nouvelles exclamations approbatives.) >>

Non-seulement on a attaqué les catholiques; des prolestants ont été les victimes de la Révolution.

« Mais est-ce tout? est-ce seulement à l'Eglise, seulement à la religion, même protestante, qu'on en veut? Non, c'est encore à la liberté sous toutes les formes, et

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