‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 25 sur 38 · J'JI · texte numérisé non relu

J'JI

(.•«•la, t'iicdii' mil' Iniv. |(> |iMi<l('iii.'tiu < imiiiif l;i vcillr dr l;i hatiiille.

I) Sav(.'/-\«uis mi ("Il ot la liberté (le la [»re<s(> dans ce iiHMne canton do Vaud? Elle est sous le coup de l'iiilerdiction de publier nièuie de simples nouvelles c()ul^ai^(^'^ aux intérêts du jiouvernenienl. (> patrie de la lilM>rlé! xHilin'itr i>( (t [tpi-olxilion.) VA à côté de cette intei'dictiuu (le publier ménie des nouvelles désagréables au iioiiverueuient, là cf ailleurs le droit de pétition est bâillonné. If tiroit électtual violé de la manière la plus ilayranlc» : partout les baïonnettes, partout les violences, partout ritilervention oppressive et abusive du pouvoir. Voilà coiinnc nn a res[)ecté la liberté.

i) Mais est-ce tout encore ?

•I 11 Y a des i^ens ipii feraient bon maiihé de IKi^lise (;l lie la religion même protestante, et même de la libi;rir', mais (pli ne t'ont pas bon marcbé de la pi()[)riété. ( IHres irai>p)'ohc(tioit.)\'lU bien ! (pi'ils écoulent commenl on a res[)ecté la |)ropriété dans la Suisse ladicale. Save/.-vous ce qu'on y a lait? On y a rétiibli la conliscation 1 Messieurs, à riieure ({u'il est, il n'y a plus que deux pays en Europe où cet abominaJjle usajxe existe. On me re[)rocliait avant-bier d'être l'ennemi de l'Autriche; ce n'est pas tout à lait cela; j'aime ce pays, (juoique j'aie souvent combattu et blâmé son }ïOuvernemcnt. Mais aujouid'bui je lui rendrai cette justice, ([ue, dans ses plus grandes sévérités, à ce (pi'il nie scuibb;, il n'a pas employé cette arme odieuse.

» Oui, à l'heure qu'il est, la^ coniLscation poliiiipie n'existe i\\\c dans deux pays, en lUissie et en Suisse, (le droit de Cosaques, il a été rétid)li à notif Irontière, de l'autre côté du Jura. Qu'en disent les partisans, les apologistes des radicaux? Tiouvent-ils «[ue ce soit là un pro- '^^rês de la civilisation et de la liberté? Il ne leur mampie plus après rr\:\ qm- dr rétablir le servaiio!

» Mais il Uml voir aussi comment on s y est pris pour rétaljlir cette confiscation. On a entendu parler autrefois fie confiscations prononcées par des tribunaux, par des arrêts judiciaires , même i)ar des commissions. Mais savez-vous comment cela se passe en Suisse? Un liomme arrive le lendemain de la bataille ou de la ville prise, pillée, l)0uleversée; il monte au milieu de la place publique, sur une chaise ou une talde, il dit à deux ou trois .cents mauvais sujets : Est-ce vous rjui êtes le peuple de Fribourg et du Valais? On lui répond aussitôt : Oui! oui! (Hilarité.) Il reprend : Est-ce que vous me reconnaissez pour votre organe? Oui encore! 11 continue : Voulez-vous faire payer les frais de la guerre aux riches? Oui ! oui ! certainement. {Sourires approhatifs.) Et immédiatement le décret est prononcé, pour être ratifié ensuite par la . Diète et les grands conseils régénérés.

» Et contre qui ces prescriptions?

y> On a entendu parler de confiscations, de condanniations prononcées contre des grands seigneurs, contre de grands personnages, contre des ministres et des princes ; mais jamais jusqu'à ce jour on n'avait imaginé des confiscations contre des assemblées entières, contre des tribunaux entiers, contre des grands conseils légalement élus et constitués , régulièrement installés ; jamais l'on n'en avait entendu parler. Eh bien ! c'est ce que la Suisse radicale a inventé î »

L'entraînant orateur en donne plusieurs exemples, et il ajoute :

« Il n'y a rien d'inexact, rien d'exagéré dan^ ce que je dis. Je défie qui que ce soit de contester ces faits. Et, permettez-moi de le dire, il ne faut pas plus flatter les peuples que les rois, et on a bien le droit de ne pas les flatter, quand on a commencé, comme moi, par dire aux j'ois la vérité du haut de cette tribune. [Approhatio}!.)

)) .le disais donc que si jamais les complices de la

Suisse nulioale tlevenaieiit les inailics dauï; nolie pays, on verrait des choses analogues; et ceci me rappelle au point que je vou>< ai signalé, et me conduit naturellement à appeler votre attention sur le contre-coiii) <lo ces ('«véinents en France.

)> Le radic<alisme. vainqueur evi Suisse, uiaitre dune armée, d'un trésoi-, orfïueilleux de sa victoire; le ratlicalisme, ennemi implacable de l'établissement île .luillol. a ses complices et ses alliés au dehors. Il en a de diverses natures en Franci'. .le vais les signalei'.

» Messieurs, permeHez-moi de vous parler connne habitant d'une des provinces qui ont été les plus [U'ofondément et les pbis sérieusement atteintes par ce coup. J'habite la Bourjiogne ; j'y étais alors qu'ont eu lieu ces fameux banquet^ de Dijon, de Chàlon et d'Autun, où la Suisse, sachez-le bien, a joué presqu'un a\issi f;;rand rôle que la Montagne ou la Convention. 11 ne faut pas oublier ce qui s'est dit dans ces banquets; il faut que l'édu) s'en [irolonye comme un avertissement profond et salutaire.

j> Or, on ne s'y est pas contenté de confondre la liberté ;ivec la révolution, et la révolution avec la Convention; on n'a pas seulement proclamé, dans ces banquets, que la guillotine était la tribune d'où la France avait parlé aux. rois et à l'Europe; on n'a pas seulement protesté contre l'aristocratie du capital : non, on y a encore salué avec ivresse les victoires et les héros de la Suisse radicale, comme si c'étiiit là la i)ratique jutnellc lU--^ gloricnsi-s théories qu'on y proclamait. »

Après avoir cité, à l'appui de celte assertion, un pa>- <age d'un discours de M. Ledru-lîollin. niMtciir :m li;inquet de Châlon. h' noble l'air ajouti- .

<: Voilà, Messieurs, comment la cau.'îe de la buib.^e ladicale a été comprise, présentée, admirée dans ces banquets, où, à la juste horreur d<' la P'rance, on a été rechercher tout <<• «pi'il v ;iv;iil di- plus sanguinaire, de

— IL'IÏ —

plus ignoble, dan:> notre révolution, pour eu laiie connoe le pi'oiiiarame et la justification des doctrines nouvelles (|u on prêche au [)euple liançais. {Yif mouvement d'approbation.)

» Et, Messieurs, couuneuL en serait-il autrement? Je ne voudrais pas me livrer à des personnalités à la trihune et contre des ahsents; mais il m'est impossible de ne pas rappeler cependant que c'est la même voix (1), ou plutôt la même plume, qui, la première en France, il y a un an, a proclamé la nécessité de substituer une Suisse unitaire à l'antique Suisse libre, prospère et alliée de la France; que c'est cette même ])lume qui a poétisé depuis ce qu'il y avait de plus triste dans notre révolulion. Elle n'a eu que trop d'imitateurs! Tout à coup on a vu surgir ce groupe d'historiens qui sont venus faire de l'échafaud révolutionnaire l'autel du patriotisme. C'est, il i'aut le dire, dans ce déplorable mélange de la théorie terroriste, d'une part, de l'iiistoire terroriste, de l'autre, et de la pratique radicale en Suisse par-dessus tout cela, qu'il faut voir la source de cette audace dont vous êtes, je ne dis pas efirayés, mais indignés comme moi. (TrèK hien ! ti'l'j< bien '.)

» (7est là que les loups ont appris qu'ils n'avaient plus besoin de se déguiser en bergers {rnouvement]., mais qu'ils pouvaient parler en Ioujjs, et qu'on les applaudirait, qu'on boirait avec eux a la fraternité et à l'iunnanité. (Nouvelle approbation.) Et maintenant, quand cette voix éloquente, dont je parlais tout à l'heure, si désintéressée, si patriotique, je le sais, mais si coupable, vient s'écrier tout à coup : Nous ne voulons pas rouvrir le club des .lacobins ! on n'a que le droit de lui répondre : Il est trop tard ; le club des jacobins est déjà

(1) Celle de M. de Lanuirtine qui voiiaii do [)ul)lier VHi-loirc des Girondins. M. de M.

loiivi'it, iKui |)as t'ii lail ol daii:? la nie, mais ilan-^ les •'sprits, Anx\< les cieurs, du moins dans cfiiains esprits. éLyarés par des sophismes sanguinaires, dans oorlains coMU's dépravés pai' ces exécrables romans qu'on décore du nom d'Iiisloire, et où Tapolliéose de Voltaire sert d'introduction à l'apologie de Robespierre. » {Nottvellcs nnirqiies irap})robation énergique et prolongée )

Du reste, (ju'on n'aille pas croire qu'en accusant le radicalisme. M. de Montalemberl attaque la liberté ; noi», ce qu'il attaque, dans le radiialisme, c'est précisément l'ennemi de la liberté.

<< Savez-vous dit-il, ce (jue le radicalisme menace le plus? Ce n'est pas, au tond, le pouvoir ; le pouvoir est une nécessité de premier ordre pour toutes les sociétés ; il peut cbangei' de mains, mais tôt ou tai'd il se retrouve delx)ut; il ne périt jamais tout entier. Ce n'est pas même la propriété : la propriété aussi peut cbanger di.' mains, mais je ne «rois pas encore ;"fsoii anéantissement ou à sa translormalion. Mais savez-vous ce (;ui peut périr cluv tous les |)euples? c'est la liberté. {C'est vrai ! — A/iprnbfitiou.) Ali ! oui, elle périt, et pendant de longs siècles elle disparait. Kt, pour ma paît, je ne redoute rien tant dans le triomphe de ce radicalisme (pie la [)erte de la liberté. (Tris- bien ! très-bir/i ."

» Qu'on ne vienne pas dire, comme certains esprit> généreux, mais aveugles, que le radicjdisme c'est l'exagération du libéralisuH,' ; non, c'en e.st l'antipode, i^'est l'extrême oiiposé ; le radicalisme n'est ([ue l'exagération du des[K)tisme, rien autre chose ! (Iriis-bien, ! très-bien '.) et jamais le despotisme iraflecta une (orme plus odieuse. La liberté, c'est la tolérance raisomiée, volonliiire ; le radicalisme, c'est l'intolérance absolue qui ne s'airète (pudevant l'inqtossible. La liberté n"im|tose à personne des sacrifices inutiles ; le radicalisme ne supporte pas une pensée, une parole, une [)rière contraire à sa volonté.

l,a liherlr lon^arie les droits des ii)iiiorités ; le radicalisme les absorbe et les anéantit. En un mot, et pour tout résumer, la liberté, c'est le respect de l'homme, tandis que le radicalisme, c'est le mépris de l'homme poussé à sa plus haute puissance. {Vive approbation.) Non, jamais, jamais despote moscovite, jamais tyran de l'Orient n'a plus méprisé ses semblables que no le méprisent ces clubistes radicaux qui bâillonnent leurs adversaires vaincus au nom de la liberté et de l'égalité. {Très-bien !)

;) Je me crois, du reste, plus que personne, le droit de proclamer cette distinction, car je défie qui que ce soit de plus aimer la liberté que moi. Et ici, il faut le dire, je ne veux accepter ni conmie un reproche, ni comme un éloge, ce qu'a dit de moi l'autre jour M. le ministre des affaires étrangères, que j'étais exclusivement dévoué à la liberté religieuse. Non ! non. Messieurs, ce à quoi je suis dévoué, c'est à la liberté tout entière, {très-bien! très-bien!) la liberté de tous et en tout. Je l'ai toujours défendue, je l'ai toujours proclamée. Moi qui ai tant écrit, tant parlé, beaucoup trop, je le reconnais, (non .' non !) je défie qu'on trouve une parole sortie de ma plume, ou tombée de mes lèvres, qui ne soit pas destinée à servir la liberté. La liberté ! ah ! je ])eux le dire sans phrases, elle a été l'idole de mon àme {mouvement) ; si j'ai quelque reproche à me faire, c'est de l'avoir trop aimée, aimée comme on aime quand on est jeune, c'està-dire sans mesure, sans frein. Mais je ne me le reproche pas, je ne le regrette pas ; je veux continuer à la ser\'ir, à l'aimer toujours, à croire en elle toujours! {Très-bien!) Et je crois nel'avoir jamais plus aimée, jamais mieux servie qu'en ce jour où je m'eflbrce d'arracher le masque à ses ennemis, qui se parent de ses couleurs, qui usurpent son drapeau pour la souiller, pour la déshonorer. {Marqnes unanimes et prolongées d'assentiment.) »

Les radicaux nont point seuls triomphé ; l'opposition

— ti^J7 —

ronslitutiumii'llr. (lyiiar>lit]ii<\ lt'^al«\ iviinlit'-re a i-li'; leur n)iiil»li(e. cl on nuln', rAiiuietcnv a le droit <lo parlai^er la honle lie leur Irioiiiplie.

<• Je n'ai pas besoin, je pense, irinvocjuei'. pour dire toute ma pensée, la liberté de celte tribune. (Jiiand on a. comme moi, tenu ici même le lanoage le plus sévère sur M. le prince de Metlernich, sur l'empereur de Russie et sur tant d'autres, on a le droit de dire ce qu'on pense du principal secrétaire d'Étal de S. M. Britannique, (1)

■) Eh bien ! je dirai franchement que, selon moi, c'est lui qui est le plus grand coupable, c'est lui qui est le véritable exécuteur des cantons catholiques, de l'indé- |>endance et de la liberté helvétiques ; c'est lui qui par ses délais calculés, a rendu dérisoire, à force d'être tardive, l'o-uvre de la médiation ; c'est lui qui a exigé une entente préalable sur les conditions et sur les détails, avant d'exiger la cessation des hostilités ; c'est lui qui, tout en faisant mine d'accepter enfin la note commune, faisait presser l'accélération de celte guerre parricide par son ministre à Berne ; c'est lui enfin qui, seul en flurope, après le mal consonnné, et lorsqu'un sentiment d'horreur et d'indignation unanime s'est emparé de teus les hommes sages et de tous les honnêtes gens d'Europe, c'ett lui ([ui s'est constitué l'avocat de la spoliation ; qui a déclaré en plein parlement qu'il n'y avait rien à blâmer, rien à réclamer ; c'est lui enfin qui maintenant entoure de son [latronage et de son approl)ation les bourreaux de la liberté el de la justice en Suisse. Oui. c'est lui! {^folweynent.) »

Après avoir llétri cette politique égoïste de l'Angleterre el annoncé à la Suisse la vengeance de ses forfaits, il conclue :

' l'ii jiiot encore, et ce si.-ra le dernier, à l'adre.ssc de

1 ' Lonl l'iiliiiciBluii.

la Fiance. La France, après ce qui vient de ;-e passeï'. se ti'ouve dans la situation que voici : le drapeau que vous avez vaincu à Iaoh, en 1831 et en 1834, ce drapeau-là est aujourd'hui relevé de l'autre côté du h\ra. {Sensation.) 11 est relevé sur la frontière la plus vulnérable de la France, et, ce qui est Inen plus grave, il est appuyé par l'Angleterre ! A l'intérieur, vous avez ce que vous n'aviez ni en 1831 ni en 1834, des sympathies avouées, publiques, croissantes pour la Convention et pour la Montagne : l'apologie systématique de tous les ciimes qui peuvent désoler ou déshonorer une nation. Eli bien ! je ne veux être ni optimiste ni alarmiste, je ne demande aucune mesuie d'exception, au contraire ; je crois que nos lois et nos institutions suffisent parfaitement à la défense de la société, mais c'est à condition que les honnêtes gens se dévoueront tous à cette œuvre.

» Je demande donc que les honnêtes gens ouvient les yeux et sachent à quoi s'en tenir sur les périls de la situation; qu'ils s'arment d'une triple résolution à rencontre des ennemis inférieurs et extérieurs qui nous menacent. Pour moi, ma conviction est que le plus gi'and des maux dans une société politique, c'est la peur. Dans cette époque infâme et sanglante que l'on verit à toute force réhabiliter, savez -vous quel a été le principe de toutes nos catastrophes, c'est la peur !... (Irès-bien !) oui, la peur qu'avaient les honnêtes gens des scélérats, et même la peur que les petits scélérats avaient des grands. {Très-hicii ! tr'a^-hif.n !)

0 N'ayons pas peur, Mes.sieurs. >s'e sou lirons pas (pie les méchants aient seuls le monopole de l'énergie, de l'audace ! Que les honnêtes gens aient aussi l'énergie du bien; que les bons ciloyens aient aussi, ipiand il le faut leur audace ! Qu'ils .s'unissent pour déiéndre énergiquement nos glorieuses institutions conquises en 1780 et en

— '2'Jt» —

IK-K». l)t'len(l(>iis-les ;ui «ledans elau deliors »mi inonlritiil noire liorriMir poui" lout ce ([ui ressoinblo à ITiVi <'t à I71K3. Que ce soit là notre i)olitiquc ; que ce soit le prineipe (le rnnioji entre nous tous ([ui voulons au tond la luèuie eliose : la liberté, l'ordre et la |)aix. Veillons surtout sur la liberté; apprenons parce qui se passe au tieli'i du Jura combien il est dangeieux de ne pas savoir la tolérer, la conijjreudre, la supporter, même chez ceux dont nous ne partageons pas les idées, les croyances, les aflections. N'oublions pas que cette liberté vient d'être ini- Mioléeen Suisse, (juVlle a été trahie par l'Angleterre, mais que la France a pour destinée d'en être à jamais le drapeau et la sauvegarde. < Acclanialiuns pfoloit(iêes.j » (J)

Le jour même la Presse s'écriait : <( L'aiglon s'est lail aigle aujourd'hui ef s'est élevé à une hauteur où l'amilic" la plus couiplaisante ne le supposait point ca[table d'arriver. V Ces paroles étaient, du reste, rex[»ression de l'admiralion des ennemis aussi bien que îles amis de .\I. de Monlalemberl.

Ouanl a la Chambre, il seiail ditlicile de [temdre sou aspect pendant que le jeune paii* prononçait devant elle, d'une voi.K émue ef indignée, cette protestation énergi(iue. chaleureuse, spirituelle, brillante de verve et de bon sens, où les traits sublimes étincellent de toutes parts, où la \é)ilé puise dans la passion nue force nouvelle, pendant qu'il déroulait devant elle ce graud tableau dramatique « aux tons heurtés et vigoureux » de.s excès de la (évolution .

Il tant lire dans les journaux de celle époque le compte-rendu de ce discours mémorable et dans lequel palpite (.'ucore la clialeu!' que le jeune pair avait déversée dans l'àme de ses auditeins.

[}; Difcour* gur In fiuetrc de .So/k/c/Z/uik/, i^callCt du 11 jhiivm i 1H4& ; Œuvres de >l. Mniiiak-niinri, inme II. pour» ()7i-7"'.t païsim.i.

La Chambre était transportée. Les pairs à moitié levés étaient sous l'action d'une surexcitation violente ; des cris se faisaient entendre de tous les coins de la salle : les bravos, les trépignements servaient de cortège aux effusions de son éloquence. Plein de passion lui-même, le jeune orateur jetait sur tous les bancs des courants d'électricité qui les faisaient bondir. A chaque trait nouveau, à chaque expression, les applaudissements venaient l'interrompre en Fencourageaut.

Après son discours, M. de Montalembert s'était retiré inodestement dans un coin du couloir de gauche, essuyant son front. Les Ilots bruyants de l'enthousiasme qui étaient montés jusqu'à la trilnme vinrent se briser à ses pieds. La séance fut suspendue. ]\L Pasquier quitta : on bureau ponr complimenter l'oiateur; la plupart des pairs s'empressèrent de l'accabler d'hommages ; les ministres les avaient précédés ; et même l'on vit descendre de son fauteuil ^L le duc de Nemours, qui, d'un pas solennel, gagna l'hémicycle pour joindre ses félicitations à celles dont M. de Montalembert semblait asphyxié (1).

(1) Ces dernières lignes sont extraites presque textuellement du •lournal La Rrforme, qui élail loin d'être partisan des idées de -M. de Montalembert.

CilAl'lTllL XXI 1.

Révolution de Février. — l'Ég;liso on lace clo l'émeute. — Conduite du parti catholique. — Llirr nouvelle. — Les Kloctions. — M. de Montalenihert, représentant du Doubs.

— Jouruée du 15 Mai. — M. de Muntaleinbert à la tribune.

— Joumées de Jidn. — La liberté d'enseignement à la Chambre. — IiiinnocUjiUtc de ht Mdfiiniralurr. — Aj^onie et mort de l'Assemblée constituaiito.

(.'.e niéniorablf (li.scour.s fut l'oraison lunèbro do la iiionarcliio do Juillet, le chant du cygne de la Chambre- Haute.

Quelque.*; jours après, les sièges des Pairs de France, au Luxembourg, étaient occupés par des ouvriers et un orateur, jeune encore , socialiste de la veille , prit la parole.

« Vous vous le rappelez, s'écria-l-il, du baul il*.' la tribune où je parle, un tribun des aristocraties évo([uait naguère contre l'idée républicaine les plus sinistres puissances du passé, et, à sa voix, les Pairs de France se levèrent dans un indicible transport ; des législateurs à tête blanche déployèrent des passions (pi'on croyait endormies et glacées. Ici même, la népiibliipi*' de \\u>^ p/res fut maudite ; Ton osa défendre la RèpublirpK' à nos enfants,^! lonlc- b-s main^ -e b-Nèrcnl pour jurer haine à l'avenir.

Eli bien ! le [novocateur, au bout «le quelques joui>, avait disparu. Où sont-ils, rnainlenaiit 'Moût le monde l'ignore: c'est vous qui siégez, élus du travail. Voilà eouinie l'avenir a répondu. » (i)

Que s'était-il donc passé?

Le brandon de discorde que redoutait M. de Montalenibert et beaucoup d'autres avec lui s'était allumé en l''iance, et les concessions tardives du Pouvoir avaient été impuissantes à l'éteindre. La révolution qu'on n'avait que trop encouragée sous Louis-Philippe et à qui on n'avait pas fait l'honneur de la craindre, s'était enivrée dans ses banquets réformistes, et, dans un jour de mauvaise humeur, se faisant une arme des réformes qu'elle sollicitait, elle avait balayé en quelques heures le Gouvernement, les Chambres et la Constitution.

Mais, hàtons-nous de le dire, à l'étonnement de tous, au milieu des ruines s'amoncelant de toutes i)arts, l'Eglise resta debout, et l'émeute s'arrétant devant elle lui prodigua les mai'quesd'un pieux respect. Notre saint Père Pie I^. répondant à il. de ?*Iontalembert qui lui avait envoyé ses discours sur les affaires de Suisse et d'Italie, lui (Usait : « Nous remercions vivement le Seigneur, dans l'humilité de notre cœur, de ce que dans ce grand changement aucune injure n'ait été faite à la Pieligion ou à ses ministres. Nous nous complaisons dans la pensée que cette modération est due en partie à votre éloquence et à celle des autres orateurs catholiques qui ont rendu notre nom cher à te peuple généreux (2). » Et, en effet, la bienveillance du peuple pour le cleriré était due à la popularité de Pie IX, et à Faltitude ({n'avait prise, par rapport au Pouvoir, le parti catholique guidé par M. de Montalembert. Il s'était montré pendant le règne de Louis-Philippe la-

(1) Paroles de M. Loui.i Blanc, inaugurant au Liixemt)ouriî la Commission des travailleurs.

(2) Bnl du l'ape Pie LY à M. de MoiUukmberl, 16 ma:s lyib.

\ui-.il>lf ;"i la lilifilc; il l'avail it'V('iiill(|uù(' avec fiioriii»' cl jiersévèninrt' conuiic claiit le tlinit <lt' Unis. Il n'avait point à cluui'^or sa li^m* de (.oiuhiitc.

Aussi, s'ailrcssant aux calliolifUU's de Fraiii'e . loitf .lisait-il :

" Dans If <liaii>iOiiifiit si maïul et si ini|tri''vu. nuus,callioliijUHs avant Iniil, nous n'avons lion à ilian^or. Nos ilroils, nos devoirs, nos intérêts, restent les mêmes. Le th-apeaii ((ue nous avons planté en dehors et au-ilessus de toutes les opinions politiques est intact. Nous n'avons pas attendu jusqu'à ce jour pour professer le culte de la >ainle liberté; pour déclarer la «guerre à tous les genres «l'oppression et de mensouLiO; pour proclamer ([ue la cause catholique, telle que nous l'avons loujours détendue, n'était identiliée à aucun pouvoir, à aucune cause humaine. Nous aimons à croii-e que la persévérance avec hupielle nous prêchons depuis dix-huit ans cette souveraine indépendance des intérêts religieux aideia h's catholiques français à comprendre et à accepter la nouvelle phase sociale où nous entrons. Nul d'entre eux n'a le droit d'abdiquer. Us descendront donc dans l'arène, avec tous leui"s concitoyens, pour y revendiquer toutes les lil)ertés politi(|ues et sociales cpii seront désormais le patrimoine impï'escriptible de hi France. Us y doscendroni poui' remplir un devoir sacré, un devoir national, un devoir ciirétien. Ils y |iorteront une confiance; illimitée dans les desseins impénétrables de Dieu, un ardent amoui' pour la patrie, un impéi'issable dévouement à sa ;.doire et à son bonheur. » (A)

Wien donc ne fut changé. (,)uel(pjes catholiques cependant, croyant que ISiX allait inaugurer une ère nouceUr, fondèrent un journal auquel ils donnèrent ce nom et où ils professaient avec une ardeur intempérante la solida-

(1) Aux catholiques, le lendemain dr in H'-publiiiue. (Ail. pul>lié dans Vl'niieii du 2S février 184^.)

rite du christianisme et de la démocratie. Glissant sur la pente sur laquelle ils s'étaient engages, ils se laissèrent aller l)ientôt à parler avec une regrettable partialité des utopies modernes. La scission qu'ils opérèrent au sein des catholiques fut promptement étouffée, grâce à M. de Montalembert. Dans deux lettres successivement publiées dans VAmi de la lieVuiion, il signala avec une implacable fi'ancbise le danger de leurs tendances et de leurs doctrines, et leur donna par là même le coup de niort, et, sous son habile direction, le parti catholique eut bientôt la gloire de devenir un centre vers lequel vinrent converger toutes les forces conservatrices du pays (1).

Un gouvernement provisoire était sorti de l'ancienne Chambre des députés ; il décréta bientôt, afin de régulariser le Pouvoir, la réunion d'une assemblée constituante. Tous les Français devaient prendre part à l'élection et on acclamait le sulîrage universel.

Le Comité électo)'al dont M. de Montalembert était président et qui avait rendu sous la monarchie de juillet tant et de si réels services à la cause religieuse, indiqua aux catholiques la règle de conduite qu'ils avaient à suivre, les candidats qu'ils devaient choisir. Son programme fut celui qu'il avait toujours eu depuis sa formation, c'était la liberté. « Cette liberté, disait-il, nous la voulons francbe, sincère, complète et absolue. »

En un mot, nous voulons : «• la liberté en tout et poiulous. »

M. de Montalembert, rai)pelant dans un récit rapide, énergique, sincère, son passé, exprima les mêmes sen-

(1) \iE)'(' nouvelle fut fondée par le II. V. Lacordaire, M. l'abbé Marel, M. Ozanam, et M. de Coux. Le P. Lacordaire se déniit de !a direction de ce journal, peu de temps après s'ôlre retiré de la Chambra. L'Ère nouvelle passa alors sous la direction immédiate (U; M. l'abbc Maret, avec la coopération de MM. Ozanaui. Jusliii Maurice, et .Vudlev.

tinieuls dans la |Motession de foi (jn'il adressa à ceux de ses concitoyens (jui lui avaient o 11 ert leurs sullVages.

Les éleelions mirent lieii le jour de Pâques ('23 avril). l.c elerjîé y prit une part active, et, des nfiif cents dé- [tutésqui sortirent du scrutin le plus i:rand nombre étaient ccnservateui's. Trois évèques, un religieux et plusieurs ecclésiastiques allaient y personnifier l'Eglise. (1)

M. de Montalemhert fut élu représentant du liuuhs. 11 parut à l'Asseniblée avec modestie etconune un liomnie qui se trouvait étranger an milieu des nouvelles ambitions qui commençaient à se faire jour. 11 était avec le uiarquis de Tîartliélemy, le seul Pair de France ([ui sui'nageàtau naufrage, (i C'étaient, dit M. T.. Yeuillot, les seuls au Luxembourg qui fissent leur principale affaire de défendre la religion et la liberté d'enseignement. »

Les premières séances de l'Assemblée furent absorbées par des déliais de partis et de personnes, où le noble champiou de la lilierté, étranger de tout temps à ces sortes de questions, n'intervint, comme il nous l'apprend luijuème, que pai- un vote désintéressé et silencieux. Mais l'occasion de repaiaitre si\r la brècbo poui- défendre les gi'ands intérêts de* la société ne devait |toint tarder à s'oflVir de nouveau.

Les passions révolutionnaires ne cessaient de bouillonner; écbauffées par une presse incandescente (i) r-t exil .Mpr l'nrifis, l^vi^(lue de Laiisrcs, di'pui»' ilii Murl>ilian ; Mgr Faij'i, l'^\t>que «i'Orioans, dcpuli- de la Lozère; Mgr Gravcran, KvCque de Ouimper, di-puti- du Finislère ; Le R. F. Lacdiduirr, di'pulé dos Uouclies-dii-Hhiine ; .M. .M. lesabbcs S/6ou/, dcpulcs de IWrdèctie : ilc C(i:(ilii, iiu Tarii-p|-(iaroiine : Danifilo el l.iblanc, du Mor>>ilKiii, cti-.

il» Si l'on veul avoir une idi-c de l'activilc quis le socialisme déployait dann la pres&e, il suQit do parcourir la listej très-incomplfele, que nous donnons, des Journaux qui parurent à la suite de la llévolution de Février: le Pruple, le Praftfr cunstitunnt, le Popu- Inin-, le H-'iei' du /V></»/»', lu Srniiiiflh- du l'riiiilr. la l'n/x </u

ploitùes avec iiiic sauvage luibilelé par tles meneui:? enuemis de tout ordre social , elles ae tardèrent point à s'endammer,

Paris, à cette é|)oi[iie, était senililable à un volcan ; lorsipie le désordre n"ai)pai'aissait point à sa sarlace, il préparait dans les ténèbres ses éiuplions soudaines.

Le 15 mai, TAssemblée l'ut envahie par une troupe sans aven ; l'émeute la tint ))endant trois lieurcs sous le coup de ses violences sans la l'aire transiger.- Les Ikctieux lurent dispersés par la garde nationale, la garde mobile et l'armée, qui semblaient n'agir que sous une seule iiiq)ulsion. M. de Montalendjert assistait avec liistesse, mais sans effroi, à cette scène de désordre.

Dès le commencement de l'irruption, un jeune homme vint près de lui et lui dit : (,< Je suis du Cluh Blanqui ; j'ai fait ce qHeJ'aipupuur vous prévenir et je reste auprès de rouspoar vous proléger. ^^ Il ajouta, indiquant les émeutiers : q. Il y a du bon (jrain dcuis cette ivraie. » En jji'ononçant ces mots, il montra un chapelet comme lettre de créance.

L'Assemblée continua de se réunir ; M. de Montalendjert prit la parole à propos de la reprise des chemins de loi- par l'Etat. Négligeant à dessein le côté financier d(^ la question, il combattit la mesure proposée comme ])ortant atteinte à l'esprit d'association et de propriété, et, s'élevant bientôt à des considérations plus élev-ées, il entretint l'Assemblée des périls ([ue courait la société;,

Peuple, Wipùtre du Peuple, VEcho du Peuple, le Tribun du Peuple, V. {lui du Peuple, la Cause du Peuple, le Bon nens du Peuple, Y Esprit du Peuple, lo Triomphe du Peuple, la Souveraineté du Peuple, le Eiinal républicain, éclaircur franrais du Peuple souverain; la ]'uix des Clubs, journal quotidien des assemblées populaires ; l'Aimable faubourien, jour nnl de la canaille; les .Vwrs de Paris, jou7-nal de In rue ; le Gamin de Paris, la Carmagnole, journal des enfants de Paris ; le Journal des Pauvres. Prix annuel : 1 franc JiO centimes, clc, etc.

II' Ce ipii' l'on |>(>ii\.(it ir;iiinlrt' dos [iiissioiis l't'voliilioiuiaiivs i'iii'oui'a|i(''es parla |»mii' îles Intiinôlos j;vns;.

n«»s 11' lentlomain rinsurreolion éclatait: les joiinK-os

ile.liiiii coinnuMicaient. «: (leiix qui étaient là, dit le noble

omte, ceux qui ont respiré ratmosphére enllaniinée de

es joni*s solennels et terrihles, visité ces rues étroites,

nccmhrées par des barricades de cadavres empilés et où

itulait littéralement le san^, parcouru ces quais déserts

■t ces quartiers bloqués dont le silence lui>ubre n'était

interrompu que par ce que notre collè}j;ue Proudlion (Il

appelait lu t^ubliine horreur de la ccnioiiiinde ; ceux qui

itntdù délibérei- durant trois jours et deux nuits au bruil

de cette canonnade, pendant (pie les messages do moil

venaient alterner avec les bulletins de l:i plus triste, mais

delà plus nécessaire des victoires, ceux-là seuls peuvent

«avoir à quel prix et par quels moyens on devient i(''el-

lemenl le sauveur de son pays, sans violei' aucime des

lois de la justice, de l'iionneur et de l'iiumanité.

Oux qui n'étaient pas là ne se feront jamais une idée, ni de l'intensité du péril, ni du précipice béant où nous faillîmes élre engloutis, ni de l'admirable mélange d'opilùàtre énergie et d'invincible patience qu'il thlliil déployer pour vaincre ces masses égarées, mais intrépides, aguerries, désespérées, et dont un trop grand nombre d'anciens militaires dirigeaient les coups contre l'inexpérience de la garde mobile ou l'bésitation des trotqies lécemment rentrées dans Paris. » ("2)

(1) Les journées d*.- Juin fijûièreril ii l'Assembli't', deux de ses rfprôseulants ; ii l'armi-c, sept dn ses meilleurs f^énératix ; J» l'Kglifte, Mgr Affrc, archev<^r|uc tJe Fans. Tout l"; monde connaît l'héroïque dévouemeiil cl la Un sublime <io ce saiiil prdal. Frappe il morl, |)cndanl (ju'il adressait aux insurfiés des paroles de paix, il expira en disant:» Mon Dieu, qi-.e mon siin^ soil le (icrnier versé î « Son v«eu fut exaucé.

(2) Ia" G'-niral <!<■ lu MuricH-rc, par h' l'omh' de Monlaloiidiert p.ifjes 9 Pt 10.

In rnliiic plein i\r slnpcur succétla ;"i l'orale. Le <5ntialisnic , \ iiiourcusement repoussé , rentra dans snn iopaire, laissant derrière ha une trace de sany.

L'Assemblée qui avait, au commencement de la lutte proclamé l'état de siège et remis tous les pouvoirs entre les mains du général Cavaignac reprit, après la victoire, la série de ses travaux. Elle n'osait croire à la paix et se sentait agitée, inquiète, accablée sous le poids de sa responsabilité. Tous les regards se tournaient vers elle. Le pays attendait de ses lumières et de son dévouement la solution des difficultés que la révolution ne cessait d'amonceler. On lui demandait à grand cris un rt mèdc au mal violent qui consumait la société et qui se traduisait au dehors par de si frénétiques accès. Les plus sages se mirent à l'œuvre : les uns proposèrent des lois de police, les autres conseillèrent de désarmer les ouvriers, ceux-ci de fermer les clubs, ceux-là de supprimer certains Journaux. Aucun ne donnait le véritable remède; pour le trouver, il fallait connaître la vraie nature du mal. Le mal était à l'âme. Le mal était dans les intelligences et dans les cœurs. Comme on le disait alors, les fusils qu'on avait braqués contre la République et contre la société, étaient chargés avec des idées. (3r ces idées de qui venaient-elles? Depuis près de cinquante ans l'Université avait été presque exclusivement chargée de l'éducation en France. Qu'avait-elle fait? Au lieu de donner à la société, une instruction basée sur la religion; elle lui avait prodigué ses sophismes et ses impiétés. Au lieu de lui donner une nourriture saine et substantielle, la marâtre l'avait empoisonnée. Elle avait corrompu toutes ses nobles facultés: de là, cet amour effréné des jouissances qui la consumait; de là, cet orgueil intraitable, ce mépris souverain de toute autorité, qui l'exaltait et lui donnait la fièvre.

C'est là ce que M. de Montalembert lit admiral^lement

<i'ulir, lois.|iic. it'|irciiaiit la caiiipai:!!!- (•(iiiiiiit'm-(''f cl [loiiisuivir a\«'( laiil irartlciu' cl do pciv^t'noianc»' soiis Louis-I'hili|ipL', il aijonla, à la constituante, ((Uflqucs mois apivs rinsurrectioa df luin, la thèse de la liberté d'Kuseignement.

L'arhiv avait diiniu'' .«•'< iVnils ; il juj^oa le> iViiils et rarliio.

Il alla droit au vilMe la question et de la situation.

Avec cette prol'ondeur de vue qui le distingue, il mit à nu le péril où se trouvait la société; il montra l'origine et la nature de la maladie qui l'avait minée et (pii la n inaif encore chaque jour dans l'éducation corru|ttrice qu'elle recevait depuis longtemps. Après avoir découvert la plaie, il indiqua le remède et démontra que, pour se réi;énérer, la .société avait hesoin de se retremper dans les doclrines vivifiantes delà religion chrétienne.

Voudrait-on le croire, ce discours ne l'ut |>oiut acce[)té, et, njalgré tous les elVorLs que lif h* prudent orateur pour éviter de su.scitcr des oiages, {\e^ clameurs furieuses s'élevèrent de toutes paris, mais elles se hrisèrejit contie sa fermeté. Il piit néamnoins se rendre compte dès ce jour de la difficulté qu'il y auiait de faire passer dans le.s esprits épais et souvent mal disposés de l'Assemblée les saines doctrines dont il s'était fait l'intrépide représentant.

L'Assemhlée était loin de ressembler au LuxcMubuurg. Les passions y bouillonnaient sans cesse et éclataient en cris, en murmures, et souvent même en insultes gros.sières. I^ gauche surtout déployait une excessive violence.

M. de Montalembert, plus que tout autre, eut l'honneur de provoquer ses animosités. Les causes qu'il avait à défendre, le donnaient comme point de mire aux socialistes, et c'était contre les socialistes qu'il dirigeait ses atta jues. Il eut bientôt à .se porter champion du pape Pie IX.

r'.ct illustre ponfilè dont ravénernent avait été «alué

avec acclamation, lut iiulignement ciiassé (l(> Homo, an milieu d'iitilos réformes^ et après avoir vu massacrer son ministre Rossi. (1) Le Pouvoir exécutif avait pris l'initiative (l'aller à son secours. Cette démarche fut, de la part de la gauche, l'objet de violentes protestations. Il appartenait à celui qui avait si longtemps défendu la religion et la liberté de les défendre personnifiées en Pie IX. Il le fit en ces termes vigoureux, bien que modérés, et il s'attacha surtout à faire ressortir aux yeux de ses adversaires la gloire et l'importance de leur entreprise :

ce Ainsi, vous avez l'honneur de pouvoir soutenir, de pouvoir sauver à la fois ce qu'il y a au monde, à l'heuie où je parle, de plus faible et de plus innocent. Mais, je le répète, ce n'est pas là le premier et le plus grand de vos avantages dans cette question. Avant tout, votre avantage, c'est de pouvoir intervenir, avec la grandeur et la puissance de la France, dans cette question catholique que je vous ai indiquée tout à l'heure. Veuillez en comprendre toute la grandeur. Voyez! 200 millions d'hommes répandus sur toute la surface de l'univers, non pas seulement en Irlande, en Espagne, en Pologne, en Europe, mais jusque dans les missions de la Chine et dans les déserts de l'Orégon, ces 200 millions d'hommes répandus sur toute la surface de l'univers, vont apprendre, quoi? Ils vont apprendre, les uns après les autres, que le chef de leur foi, le docteur de leurs consciences, le guide de leurs âmes, celui qu'ils appellent tous leur père, a été assiégé, insulté, opprimé, captif dans son palais. Ils en frémiront tous d'indignation et de douleur. Mais qu'apprendront-ils en même temps ? Ils apprendront que la France, de cette même main avec laquelle elle a écrit depuis soixante ans dans ses codes et dans ses constitutions

(1) 1") novembre 1S48.

Page 1