‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 32 sur 38 · ASS · texte numérisé non relu

ASS

ajoute le généreux écrivain, pour avoir le dioil de «'insurger, de bouleverse!' son pays et l'Europe, sufiirait-il de n'être pas gouverné selon sa fantaisie, et de suivre pour règle unique ses préférences ou ses mécontentements ?

» Admettre un pareil droit social. le reconnaître. le laisser impunément pratiquer, ce serait introniser le désordre et la démoralisation, ce serait condamner l'Europe conteml)oraine au sort de l'Amérique méridionale, où l'on voit surgir tous les quinze jours un nouveau gouvernement, où tout général qui peut se faire suivre par quinze cents hommes et inventer ou réchaulïer un programme d'opposition, aspire et réussit à démolir et à remplacer le gouvernement de son pays. C'est à ces folies égoïstes, à ces caprices tumultueux, à ces criminelles et homicides étourderies que Dieu prépare les décept'ons les plus amères et les plus légitimes : c'est ù elles qu'il réserve le châtiment le plus cruel et le plus honteux pour une nation policée, le despotisme de la caserne. »

Un forban, du nom de Garibaldi, s'était mis à la tète du mouvement.

Exalté par de faciles victoires, il se prépara à marcher contre Rome.

De jeunes catholiques, Irançais, belges, autrichiens, accoururent pour défendre Pie I.\ et la Papauté.

Il leur fallait un chef.

L'n ancien général tVancais, qui à trentre-quatre ans, était maréchal de camp; à trente-sept, lieutenant-général ; à trente-neuf, gouverneur général de l'Algérie par intérim ; véritable type de l'héroïsme et de l'intrépidité militaire, Lamoricière enfin, le vainqueur d'Abd-el-Kader, avait été rélégué, par le coup d'État, sur la terre d'exil. Un prêtre, qu'il avait connu soldat sur la terre d'Afrique et sous le drapeau de la France, vint lui offrir au nom de Pie IX de courir à de nouveaux périls avec la certitude (rétre vaincu dans une lutte désespérée.

- aso —

Kcoulons M. <lt' Mdiilalciiilit^rl :

« Il y court. Aussilol un loni; cii d'insullo el tle iloi'ision -'élève du sein de tout ce (pii s'appelle lu déniocialie

• iiropéonne. Il est traîne aux géuionie.s, lui el la [i.'ii^iKM' le jeunes bravos (jui s'élancent sur ses traces Des hords le la Tamise à ceux, de l'Arno, une liide'.:se clameur.

-orlie des profondeurs de la bassesse humaiiie, ; oursr.il •le SCS invectives, de ses railleries, de ses caloainies la troupe dévouée el son chef héroïque. Les plats calouiniateurs de la vertu désintéressée parlent tous à la fois et parlent tout seuls. L'Europe et la France leur doniieiit raison. L'Italie nouvelle rugit à son tour en se voyant abordée par des gens assez osés poui- voidoir cond)altre '•l nioiiiir sous les ensei;4nes d'un pontife et d'un pèr(>. 'ille demande et obtient la liberté de les écraser. Mais ■Ile essaye de les tuer jiar le mensonge avant de les entamer j)ar le fer, et par des mensonges tels cpie le monde n'en avait pas écouté depuis le guet-apens de lîayonne en 18U8. Un Gialdini ose dire, dans un ordre du jour à son aimée, que La Moricière et ses compagnons sont des )ne)'ce)i(ih'es aU('ri's par la soif de Vor et du jùllagc, el le roi Victor-Emm:^nuel annonce à l'Empereur des Français K qu'il fait entrer ses troupes dans les Marches et I rOndirie poui' y rétid)lir l'ordre sans toucher à l'auto- ) rite du Pape et pour livrer, s'il le fall.iit, mie bataille ' à la révolution sur le teriitoire napolitain. » lluitjour.s

• près, les troupes de ce roi fondent, dix contre un, sutla petite armée de La Moi'icière. La bourgade inconnue de ('.a.steUidardo est innuortalisée par celte boucherie : l'imodan y périt d'mie mort digne de son chef; c,elni-(i, réfugié dans Ancône, ca[iituh; quand sa dernière \)'ww l'A démontée ; ce général frani.ais, et quel général î l'eud

ou épée a des Piémontais. Ses jeunes compagnons, pii- 'Hmiers commi; lui, traveiscut l'Italie au milieu des ivanies el des outrages, et, rentrés dans leur patrie, se

voient contester jusqu'à leur qualité de Français. Luimême relâché, dès que l'œuvre de spoliation est consommée, revient en France pour y être raillé par ceux qui l'avaient insulté au départ.

)) Depuis lors tout s'est accompli, ou du moins tout a marché vers la lin prévue et voulue. Les plus sombres pressentiments, les plus tristes prédictions se sont vérifiés. T^a France clu'étienne s'est rési'^née et l'Europe s'est habituée à ce qui paraisssait, il y a cinq ans, le nec plus ultra de l'iniquité impossible : on en est venu à regarder le maintien de la spoliation dans ses limites actuelles comme un bienfait dont la certitude ferait éclater un Te Deum sur les lèvres des catholiques endormis ou trompés. » (1)

Pendant que ses dignes satellites essayaient de renverser l'Eglise en attaquant Rome, M. de Gavour l'écra- .sait partiellement en Italie, en exilant ses évèques, en emprisonnant ses défenseurs, en poursuivant ses écrivains. Et joignant l'hypocrisie à l'injustice, il ne craignait point de faire appel aux principes de la liberté pour accoinplir la grande ini({uité qu'il méditait, depuis si longtemps.

« Je crois, disait-il, je crois que la solution de la ques- » tion romaine doit être amenée par la conviction qui se )) répandra de plus en plus dans la société moderne, » et même dans la grande société catholique , que la » hberté est hautement favorable au développement du » véritable sentiment religieux.

» Ma conviction est que cette vérité triomphera bientôt. » Nous l'avons déjà vue reconnue par les défenseurs les » plus passionnés des idées catholiques ; nous avons vu » un illustre écrivain, dans un moment lucide, démon- » trer à l'Europe, dans un livre qui a fait grand bruit,

(1) Le gL'iiuiul de lu .Muricicrc, pur M. .de Moiitulciubcit, puye 8.

>• que lu lilttM'l»' avait été tii''<-utilt^ pour relever l'esprit ») reljfrieux. »

« On iii'asMire, lui répondit M. de Montaleinherl, que i "e>l à moi ([lie vous avez entendu faire allusion. Si vos paroles ne ronlerniaienl ipTun élotic. je ne nu» p(Miiielliais pas de les prendre poui' moi. Mais elles conliennenl aussi une injuiv ; ma modestit> peut donc s'en accommoder.

» Vous minterpellez devant l'^ pi\l)lic, vous me doimez le ilroil d<^ vous ré[Mindi{' devant lui.

» .l'éprouve à le taii'e une répuiinaïuc que jai peiiK^ à sui'nionter. Le san-i français a été versé par vos ordres ; riionneur catholique a été insulté par vos lieutenants ; le foyer séculaire, le di'rnier ahii du Père conmiun des fidèle^, est menacé par vos paroles. Il n'est pas un de vos actes rpii ne me blesse et ne me révolte. Voici niaintenant (pie vous portez un nouveau couji à tout ce (pie j'aime, en enveloppant vos desseins pervers sous le voile d'un accord menson^rer entre la reliiiion et la liberté ; et, à l'appui de vos <li)-es, vous invoquez mon témoi- Linage !

» Je me dois de protester (jue sur aucun point, monsieur le comte, je ne suis avec vous.

f> Grâce à Dieu, votre politique n'est pas la miemie.

n Vous êtes pour les i^rands Ktats centralisés : je suis pour les petits Etats inrlépendanls.

» Vous mé{>risez les traditions locales en llalic ; je les aime par'tout.

1) Vous êtes |>our ritalif unitair'e; je suis poui- l'Ilaiie confédérée.

» Vous vi(jlez les lrait('s et le dinil des gens ; je les res- |>ecte, parce qu'ils sont enli-e les Ktats ce <pie soid r-ntre les hommes les contrats et la inobité.

» Vous sacr'ifiez à votre but les entia^cmc'nts, les pr-omesse.s. les sei-menls. .je vou^ réponds avec le généix'ux

Manin : h Des Mioyens (jue le sens moral réprouve, lors même que matériellement ils seraient utiles, tuent moralement. Aucune victoire ne mérite d'être mise en balance» avec le mépris de soi-même. ■» (1)

1) Vous détruisez le pouvoir temporel du Souverain Pontife ; je le défends avec toute l'énergie de ma raison et de ma tendi'csse.

» Vous réprouvez la politique qui a fait l'expédition de Rome en 1849, et je me fais gloire de l'avoir soutenue. Malgré les cruels et inexcusables démentis qu'elle u reçus depuis, je lui rends grâce encore, car c'est la dernière et vacillante conséquence de cette expédition qui, aujourd'hui même, contraint la France et le Piémont i: se rencontrer face à face devant le Capitole.

1) Vous donnez aux héros de Garibaldi les éloges qu(» je réserve aux mercenaires de l'immortel Pimodan.

Vous êtes avec Cialdini, je suis avec La Moricière. Vous êtes avec le père Gavazzi, je suis avec les évêques d'Orléans, de Poitiers, de Tours, de Nantes, avec toutes ces voix catholiques qui, dans les deux mondes, ont protesté et protesteront contre vous.

» Je suis surtout avec Pie IX, qui fut le premier ami de l'indépendance italienne, jusqu'au jour où cette grande cause passa aux mains de l'ingratitude, de la violence et de l'imposture.

» Vous prétendez résoudre la (juestion romaine en prouvant au monde les bienfaits de l'alliance entre lu li- J)erté et la religion.

)) Que voulez-vous dire ?

» Je sers cette noble alliance tlepuis ti'enle ans : j'en crois le trionqilio iudispensalde au salut de la sociélé, e( c'est pour cela même que je vous cuuujats, car nulle politique n'a jamais rendu ce triomphe plus dillicile que la

{]) Docuniculs, etc., publics par M. l^lunal de la Fuye, lomc H, P. 420.

\«'tlre. Voï> paiiilcs. ipn' j'acooptc», sont jlisdliiiiH'iil (1('.'iiicnlic> par vos aclfs, t|uo je tvprouvtv

•» Je dcmeiiro plustiue jamais HdMo à la conviction (|iu' vous avez si<inalée dans mes écrits. Toules les libellés civiles et politi(pios, f[ui oonstitMenl le régime normal d'une sociét''; civilisée, bien loin de nuire à l'Eglise, aident à ses progrès et à sa gloire. Elle y trouve des i-ivalilés, mais des droits ; des luttes, mais des armes, et celles qui lui conviennent par e.Kcellence, la parole, Tassocialion, la cliarilé. Mai^ la lilierté ne convient à l'Eglise que sous une première condition, c'est ([u'elle jouisse ellemême «le la liberté, .le parle ici en mon nom, sans mission, sans autorité, appuyé seulement sur une expérience déjà longue et singulièrement éclairée par l'état de la France depuis dix ans. Mais je dis sans bésiler ; « IjEfjHsc libre an se//* d'uit lllal Ii1)i'i\ voilà [lour nidi l'idéal. ). (1)

Quelijue temps après, M. de Cavour, parlant devant le parlement Italien, cita M. de Montalembert painii les représentants du libéralisme qu'il souhaitait aux c^atlioliques el annonça qu'ime fois à Home il proclamiMail ce gr-and principe : F lù/litie libre dans VElal libre.

En voyant ce drapeau entre ces mains ennemies le noble comte se sentit ému. 11 connaissait l'usage qu'eu voulait taire le ministre» piémontais.

Sa réponse ne se lit pas attendre.

» Pour nous gagner, vous nous promettez, [tar mi ordre du jour, '< la liberté pleine et absolue de l'Eglise (!2j, » et \(jus vous laites fort d de signer la paix entre l'esprit leli- • gieux et les grands principes de liberté (3). »

» Cette promesse, vous ne la ti(;ndrez pas. Je ne parle |»as de votre bonne loi: jo con^lnlc vitirc. iinjuti-funu-r..

il) F^eUro iio M. lU- Cavour, |i:ir M. ilc M.imI.iIciiiIji ri. i'J) Moniteur (lu :jU mars ]H(;i.

(3) Munileur du \iO inarâ 1861.

.l'ai pour garants de cette impuissance ros ancêtres, vos auxiliaires, vos antécédents. »

» Arnaud de Brescia,qui contestait aux successeurs des apôtres le pouvoir de lier et de délier ; qui refusait au clergé le droit de posséder, seule garantie alors du droit de vivre et d'agir (i); qui prêchait surtout la soumission absolue des prêtres et des laïques à la tyrannie de l'Etat : Omnia principibus lerrenis subdila sunto !

» Fra Paolo Sarpi, hérétique et servile,le courtisan de Philippe II, le panégyriste gagé du despotisme oligarchique de Venise, le blasphémateur du concile de Trente, de la grande assemblée réformatrice, des dernières grandes assises de la chrétienté !

» Giannone, l'apologiste des vice-rois espagnols à Naples, le type et l'oracle de ces jurisconsultes oppresseurs, qui ne rêvent et ne prêchent qu'une Église bâillonnée, enchaînée, soldée. »

» Voilà de belles autorités en lait de liberté, dejustice, de conscience ! »

Les auxiliaires du Ministre italien, sont partout les en" nemis implacables de la liberté des catholiques. Parmi eux s'en trouve un que le noble comte poursuit avec tout l'acharnemenl de l'affection trompée.

» C'est l'Angleterre, non plus, hélas! cette glorieuse Angleterre, libérale et conservatrice, que nous avons vantée, aimée, admirée, imitée ; mais une Angleterre dégénérée, méconnaissable, au moins passagèrement, infidèle à ses vrais intérêts, à son bon sens, à son équité naturelle, à ses meilleures traditions, à ses plus pures gloires ; une Angleterre où l'intolérance est poussée si loin, que le premier ministre déclare hautement qu'un catholique sincère est incapable de remplir les fonctions de simple archi-

fl) Nil proprinm cleii, fuiidos ei j radiu ixullu Jure scqui monacltus.

visU»(i); une Anj;l{HiM'iv(|ui à Suo7. saorifio à son égnisnic iiHMrantilt» les inlrrèls iln «^eiire Inunaiit; ([iii en Syiie «sacrifie à sa jaltuisio oonlre la Franco riuimanité. la pilir, la justice, et a aime mieux voir massacrer trente mille chrêliens que (le les laisser sauver par nous; » qui en Italie sacrifie à la recrudescence de son fanatisme protestant le droit des gens et tout ce qu'elle a elle-même garanti ou fondé ; ((ui applaudit et qui provoque chez nous à toutes les oppressions que ses lois lui interdisent chez elle; qui fomente et encourage contre le Pape et les princes catholiques les actes et les idées qu'elle a noyés dans le sang des Irlandais, des Ioniens; qui, dès qu'il s'agit de nuire à l'Église, a de l'argent pour tous les aventuriers, de la connivence pour toutes les invasions, de la sympathie l>our tous les crimes; un Palmerston pour mener, en se moquant , le deuil du droit européen connne de l'antique honneur hritannique; et, je le constate avec le plus douloureux mécompte, un Gladstone pour insulter à la pudeur liliale de tous les catholi([ues, en qualiliant leur pontife et leur père de mendiant sanfjuinaire.

>> Vous prétendez, continue-t-il, vous prétendez prouver jusqu'à l'évidence aux plus incrédules << la sincérité de vos propositions. » Vous dites rpie votre -système veut «f la liherté en toutes choses,., la lihei'té conil»lète dans les rapports de l'Eglise et de l'Etat {2). » Vous promettez au Pape, à l'évéque des évèques, le respect et la liherté, à la seule condition de le dépouiller préalahlement de son temporel. Mais comment ;ivez-vous traité les évoques ses frères qui n'ont pas de liîmporel et qui sont déjà vos .sujets, comme vous prétenrlez qu'il le devienne? Vous aviez un archevêque à Turin, qu'en avez-vous fait? Vo\is l'avez arraché de son

(1) Voir I3 réponse do lor<l l'almersidn à lord Nonnnnhy dans l'affaire île M. Turnbull.

<2) Moiiitiitr du 30 mars 1861.

siège et déporté sans jugement en France. Vous en aviez un à Cagliari, où est-il ? Déporté à Piomc. Vous aviez un cardinal-arclievèque à Pise ; je le cherche et je le trouve déporté en Piémont. Vous aviez un cardinal-archevêque à Naples ; de quel respect, de quelle liberté joiiit-il? (chaque jour nous le voyons outrager impunément dans son palais par des hordes d'émeutiers, et, quand il irit(;rdit la parole à des prêtres qu'il juge indignes, voire autorité civile les fait remonter en chaire. Sont-ce là les gages qui doivent rassurer les fidèles du monde entier sur le sort futur de leur père, et le Pape lui-même sur la liberté future de son ministère? Vous aviez des mona.?tères qui avaient survécu à la tourmente révolutionnaire, que sont-ils devenus ? Je les vois partout dépeuplés, profanés, confisqués. Vos i^eligieuses, n'ont-elles pas été expulsées violemment de leur sanctuaire virginal et jetées dans la rue? Vous qui convoitez le tombeau de .saint Pierre, qu'avez-vous fait du tombeau de vos anciens rois ? Leur dépouille dormait à Hautecombe, sous la garde des eutants de saint Bernard que vous avez sécularisés, c'està-dire compris dans la spoliation universelle. Dans les Marches, dans l'Ombrie, dans les Deux-Siciles, la suppression de la vie religieuse, la confiscation des biens monastiques n'a-t-elle pas suivi partout, comme une conséquence nécessaire et immédiate, l'apparition du drapeau piémontais ?

«Vous avez des journaux catholiques; qu'en faites-vous? Chaque courrier nous apporte la nouvelle d'tjne poursuite, d'une saisie, d'un procès, d'une condamnation à la prison et à l'amende, et contre qui ? contre les catholi- ({ues, contre eux uniquement. Vous avez cependant écrit dans vos lois la liberté de la presse : tout le monde, chez vous, peut en user et en abuser impunément, excepté les catholiques. Vous voyez bien que vous êtes d'accord avec vos auxiliaires de France et d'ailleurs, et que vous pra-

tiquez comme onx lu libellé pour tous, excepté pour rK;,Mise. Dans tous les pays de voire (lomiualiou, TE- ^'lise entravée, insultée et ilépouillée, les évoques exilés, les écrivains tMuprisonnés, les journaux calholiques ruinés, les prélres outragés et traqués, les monastères fermés et profanés, les religieuses arrachées de leurs cellules violées: voilà vos titres à notre confiance et à notre reconnaissance. Vous êtes depuis dix ans l'auteur ou l'ajient de la persécution, de la spoliation, do rincarcération, de l'usurpation, de la violence; et, tout ruisselant d'oppression et d'iniquité, vous osez bien nous regarder en face et nous tendre la main, en nous criant : Voici la liberté ! » (i)

Après avoir battu en brèche les arguments invoqués par M. de Cavour |i(»in' s'emparer de Rome, le noble comte ^" écrie :

« Vous me parlez d'Église libre dans un État libie, el je ne vois que l'Eglise menacée dans un Etat ennemi, l'Eglise dépouillée dans un Etat spoliateur.

» Oui, le Pape sera libre comme un soldat vaincu au({iiel on rend les honneurs de la guerre en lui prenant ses armes, et qui vit des aumônes de son ennemi, qui vit inconsolable d'avoir survécu à sa cause, libre sous parole, à condition de trembler toujours et de ne remuer jamais.

Il Mais à quoi bon se perdre dans ces conjectures et dans ces commentaires sur les résultats d'un rêve? Tout est jjossible aujourd'liui, je le sais, et vous le savez mieux que moi, car tout, jusqu'à l'impossible même, vous a réussi. Mais vous ne réussirez pas dans votre projet nouveau. Viius pourrez dépouiller le Pape de tout ce que vous ne lui avez pas déjà pris, mais non lui exlonjuer la sanctio!» de votre injustice. Vous pourrez tout lui prendre, tout, excepté son droit. Vous ne le réduirez jamais à vous dire que vous avez raison. Et, .sans cela, vous n'avez rien.

'}) Deuxième ielireîi M. de Cavour ; Œuvres, tome VII.

» Non, votre projet ne se réalisera pas. Il ne sera pas donné aux pygmées du dix -neuvième sièjcle de réussir là où ont échoué tous les géants du passé. Depuis qu'ont cessé les persécutions des Césars païens, personne parmi les souverains de l'Italie n'a osé coexister avec le Pape à Rome. Personne, entendez-le bien. Constantin recula devant cette majesté désarmée qu'il venait à peine de reconnaître, et alla transplanter à Constantinople sa puissance éclipsée. Charlemagne, maître de tout l'Occident, bienfaiteur du Siège apostolique, Charlemagne appelé par la papauté elle-même à remplacer les empereurs romains, Charlemagne, une fois couronné à Saint-Pierre, retourna vers le Nord comme éloigné par une force invincible et secrète des lieux où se dressait le seul trône qui fût plus élevé que le sien. Après lui, à l'époque sombre et confuse où la papauté fut plus abaissée, plus considérée qu'on ne la vit jamais, à l'époque où il y eut pour la première fois des rois d'Italie, Guy, Hugues, Bérenger. personne n'osa s'établir dans Rome. Plus tard, et à travers les siècles, il en fut de même. Ni les Otlion, ni Barberousse, ni Charles-Quint, ni Napoléon, n'y ont songé. Et vouscroyez qu'il vous sera donné, à vous et à votre maître, de fouler aux pieds cette loi providentielle devant laquelle toutes ces grandeurs et toutes ces forces se sont silencieusement nclinées !

» Non, vous pouri'ez être maître de Rome comme l'ont été tous les barbares et tous les persécuteurs, depuis Alaric jusqu'à Napoléon; mais vous ne serez pas le souverain ni le collègue du Pape. Pie IX sera peut-être votre prisonnier, votre victime, il ne sera jamais votre complice. 11 ne capitulera ni avec la ruse, ni avec la spoliation, ni avec le dol, ni avec le vol. Captif, il sera pour vous le plus cruel des embarras, le plus impitoyable des châtiments ; exilé, il sera contre vous, sans même ouvrir la bouche, le plus formidable acousat(^nr que jamais royauté nais-

s;mle. (jiu* i;\mai-< |)t>ii|)U' allVaiulii ait nMiconliv >:ui' la toriv.

» Le speclacio de ce vit>illar(l dépouillé diin palrimuiiic (juinze fois séculaire, victime delà j)his noiie iKM'Iitlie.ci"ratit de parle iiunide, eu quèle d'un asile ipii lui ticum' lieu des splendeurs du Vatican, en ([uéte d'un toit sous lequel il pourra sceller de l'anneau du pêcheur des lois obéies chez toutes les nations de la terre, ce spectacle élèvera contre vous et contre vos complices, dans l'âme du monde, un ora<j:e qui vous engloutira après vous avoir à jamais déshonore. Prenez garde que les Italiens ne deviennent les juit's do la chrétienté future ! Des extrémités de l'Irlande à celles de rAustralie, i>renez garde que nos enfants n'apprennent dès le berceau à les maudire, et que la tiare outragée ne devienne, comme le crucifix, un symbole tle douleur et d'amour pour les fidèles, mais .uissi im souvenir ineflarable de la cruauté et de l'ingratitude italiennes !

» Que ce rapprochement ne soit pas à vos yeux un outrage gratuit. C'est un ridicule, je le sais, selon nos usages modernes, que de citer, dans une discussion publique, l'Kcriturc sainte. Cependant vos amis les Anglais, occupés ••n ce moment à inonder de leurs Bibles mutilées les provinces que vous avez conquises, vous engageront peutêtre à me le pardonner. Je vous demande donc si, dans ces paroles que Dieu adressait aux Juifs par la plume du piophète, vous ne trouvez pas quelques traits propres à vous faire réllécbir sur ce que pensera le monde calholicjue quand vous aurez intronisé à lîome la révolution italienne.

» Voici que vous vous êtes confiés dans le mensonge, qui ne vous aura .servi à rien. Vous avez su tuer.... voler, parjurer, sacrifier à Baal et aux dieux étrangers qui vous étaient inconnus. Puis vous êtes venus, et debout devant moi, dans la maison où mon nom était invocpi'"'. vou^avi.'Z

dit : Parce que nous n'avons reculé devant aucune de ce? abominations, nous voilà libres. Mais moi, dit le Seigneur, je suis là, et moi, le Seigneur, /^ vous ai vus (i). »

» Ne vous faites pas iUusion. Vous semblez toucber au but. Vous n'en avez jamais été plus loin. Vous allumez tous les jours de plus en plus l'attention, l'affliction, l'indignation des chrétiens catiioliques, c'est-à-dire de la communauté la plus nombreuse, la plus enracinée, la plus opiniâtre qui existe sous le soleil. C'est avec elle, et vous en avez déjà confusément l'instinct; c'est avec elle, et non plus seulement avec le Pape qu'il vous faut traiter. Le Pape nous doit compte de son indépendance, de sa dignité, de son honneur, à nous, entendez-le bien, à nous ses enfants soumis et fidèles. A vous, qui l'avez outragé, trahi et spolié, il ne doit rien, que la pitié et le pardon, quand vous en serez digne. »

Ces paroles étaient écrites le 0 avril. Le 6 juin, M. de Gavour mourut après une courte maladie. S'adressant à l'étrange religieux qui l'assistait, il lui dit avant d'expirer : Frate, libéra chiesa in Uhero. slato.

{]) Ecce vos confidilis in sermonibus meiulacii, qui non procleriinl vobis : furari, occidere, adullerari, jurare mendaciler, liljare Baaiim, et ire posl deos aliènes quos ii^noralis. Et venislis, et sleiisiis coram me in domo liac, in ([ua invocaluni est nonien nieum et dixistis : Liberali sumus, co quod fecerinius omnes aboniinaliones istas... Ego, ego sum : ego vidi^ dioil Dominus... Kl nunc, quia fecislis ornnia opéra hfec, dicil nominus... projioiam vos a facie mea. (Jéréra., vu, 8-11, 13-13.)

— toi

r.llAIMTIlK \\\ll

Voyage do Montalombeit «mi l'olosjjiic. — UNii nation en DEUIL. — /.a MarseiUiiisc des l'olanais. — L'Eiiyajir lU'vant la PdlDt/iir. — Etict'ijic de la Puloijne. — Laïujuijc de la Hcvolutiuti. — Foi de la PoUxjhc. — Adam Czarloryshi. — L'Allemaipie. — Adieux de M. de Muntalemhert à la Poloi/ue. — f/iiisHrrertii>>i. — .SVy cai(ses. — Regrets de l'écriedin .

« I)e tontes les tristesses inséparables (rune caniiMo jHihliqiie, la pins sombre est pent-ètrc celle qn'on snhjl en jetant un reijani deri'ière soi, à la vue de tant (Tespérances trompées, d'illusions |)erdues, d'eiïorts impuissants, d'entreprises avortées, de saei'incos inutiles. Mais si. du sein de ce naufrage qui s'appelle la politique, et parmi les épaves ftmèbres qui parsèment l'océan de nos souvenirs, on découvre im [)oint à la l'ois solide et lumineux, un rocher d'où brille comme un phare la llamnie inextinguible d'une grande cause juslemcnt délendue? d'une grande infortune noblement supportée, alors linue .se rassérène, se relève et se tourne vers Dieu avec une reconn;iissance qui n'exclut pas la mélancolie, mais (pii préserve d'un trop lâche abattemenl. <>

(ai phare radieux exislîiit et M. <lr Moiitalcmliril allait se réchaudèr à sa llaiinne. La consolatinu aprè-; la<(iir||(' il soupirait au niilit-u de s(îs déceptions, il allait la goûter

dans toute son intensité, en foulant \h)uv la premièi-e fois la terre polonaise qui deimis trente ans attirait ses regards et fascinait son âme par le double prestige de la justice et du malheur.

Au début de sa carrière, on se le rappelle, il était allé animer son courage au spec'acle des souffrances et de l'héroïque résignation de l'Irlande; après avoir longtemps combattu avec la plus énergique persévôrance, où pouvait-il mieux qu'en Pologne aller raviver ses espérances et reconforter son cœur?

Il sérail difficile de peindre les émotions qu'éprouva le noble comte à la vue de cette nation, dont les cruelles tortures ne faisaient que rendre la volonté plus invincible.

Elle présentait du reste un spectacle navrant.

Souvent, on l'a vu , elle avait essayé de ressaisir sa nationalité par les armes. Chaque fois la main de fer de la Ilussie l'avait abattue et avait resserré ses liens.

Des démonstrations, sous forme de services et de processions funèbres, suivaient chacune de ses défaites.

A l'époque où nous en sommes arrivés, ces démonstrations étaient devenues ses seules armes.

« Prendre le deuil pour armure et pour iniiforme ; ne pas tuer, mais se laisser tuer, telle était la nouvelle et surnaturelle tactique de cette nation insurgée. »

Un mépris enthousiaste de la mort s'était emparé du peuple. Hommes, femmes et enfants conservaient un héroïsme indomptable et calme sous les charges furieuses des cavaliers et sous les feux des bataillons commandés par l'infatigable tyrannie du czar.

La Pologne tout entière était en deuil.

» Ce deuil, dit le noble voyageur, est complet et universel. Cette nation, natui^ellement gaie, enjouée, avide de spectacles et de plaisirs^ se les interdit tous : les théâtres sont abandonnés, les jardins publics déserts, les fêtes publiques et particulières supprimées. La danse, de toutes

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les liabiludcï. la jilu:- [loimlaire el la plus iiiipr-iiLMiso pour le Polonais couinie pour le Hongrois et l'Espagnol, est sévèrement inlenlilo, jusque dans rintérieur des familles. Toutes les temines sont en noir de la tète aux pieds : naturellement amoiuvusos de la parure et si bien faites pour elle, elles ont unanimement renoncé à tout autre vêtement. 11 y a bientôt six mois que cette attitude a été prise et gardée d'un bout do la Pologne à l'autre, comme un symbole de réprobation et d'indignation, et aussi comme un gage d'union et de réconciliation. Tous les partis qui divisaient et divisent encore la Pologne sont aujourd'bui confondus en un seid ; tous les dissentiments sont .-iispendus, oubliés, ensevelis sous le deuil de la patrie commune. »

Rapprochés et confondus dans une douleur imanime, les Polonais de toutes les opinions encombraient les églises et au mépris de toutes les interdictions de la police les fai.saient retentir de cantiques funèbres devenus les cris de ralfiement de leur nationalité, et d'une révolution telle (jue notre siècle n'en avait point encore vu.

Il était un liymme surtout que ces iiisuriiés (riiu nouveau genre alfectionnaient.

(1 J'ai entendu et admiré dit M. do Monlalend>ert, tous les chefs-d'œuvre de la musique leligieusc ou profane, ancienne ou moderne ; mais ni les merveilles trop vantées de la chapelle Sixtino, ni les harmonies enchanteresses de Gluck ou de Beethoven, ne m'ont ému et bouleversé comme ce chant, inspiré parle souffle ardent de la foi, do la douleur et du patriotisme, et qui en sonde les mystères inhnis. Chaque fois que ces accords vraiment célestes ont frappé mon oreille, soit en chœur, dans une église de campagne, où l'orgue allornait avec le chant des paysans, soit qu'une simple voix d'enfant ou de Jeune fille les fit résonnçi- dans un

jaiùin solitaire ou près (riin ibvei' intime, il m'a toujours semblé entendre une mélodie surhumaine. Jamais l'imploration n'a pu inspirer de modulations plus suaves plus pénétrantes et plus passionnées. Je plaindrais sincè. )'ement celui qui pourrait l'écouter sans que sou cœu r fût transpercé et sa paupière mouillée, à mesure que ces notes plaintives s'élèvent et retombent une à une, sur un rhvthrae de plus en plus pathétique, jusqu'au moment où l'invocation finale éclate avec un irrésistible élan d'angoisse et d'amour. Que doivent donc éprouver ceux qui l'ont entendu sortir, comme un torrent de feu, de la bouche de vingt mille, de cinquante mille chrétiens à la fois, debout et désarmés devant leurs oppresseurs déconcertés, de ces multitudes décidées, non plus à combattre, mais à mourir, et, en mourant, à exhaler avec leur dernier soupir^ comme un défi et une protestation suprême, cet appel irrésistible à la toute-puissance vengeresse de Dieu ? Car c'est à la fois le cri d'une âme et le cri d'une nation, toutes deux navrées par la plus légitime des douleurs, toutes deux enflammées par la foi la plus fervente ; cri d'angoisse et .de conliance, de reproche et de tendresse, qui veut déchirer la voûte du ciel pour en faire descendre la justice et la pitié éternelles. »

M. de Montalembert a traduit ce chant sublime : « Seigneur Dieu, toi qui durant tant de siècles entouras la Pologne de splendeur, de puissance et de gloire ; toi qui la couvrais alors de ton bouclier paternel, toi qui détournas si longtemps les fléaux dont elle a été enfin accablée; Seigneur, prosternés devant tes autels, nous t'en conjurons, rends-nous notre patrie, rends-nous la liberté !

» Seigneur Dieu, toi qui, plus tard, ému de notre ruine, as protégé les champions de la plus sainte des causes ; toi qui leur as donné le monde entier pour témoin de leur courage, et fait grandir leur gloire au sein

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irtémo (le liuirs ralaniilés ; Sri<.Mit>m-, |ii-osteinés devant les aiilels, nous t'en eon jurons, rends-nous la pairie, rends-nous la liliei té !

« Sei;;neur Dieu, toi dtuil le liras juste et venj:eur brise en un clin d'œil les sceptres et les ghiives des maîtres du monde, mets à néant les desseins et les œuvres des pervers, réveille l'espéitmce dans notre âme polonaise ; rends-nous la patrie. Seigneur, rends-nous la liberté !

» Dieu très-saint, dont un seul mot peut en un instant nous ressusciter, daigne arracher le peuple polonais de la main des tyi-ans, daigne bénir les ardeurs de noire jeunesse. Rends-nous,'Seigneur, rends nous la patrie, rendsnous la liberté î

» Dieu très-saint, au nom des plaies sanglantes du tjhrist, daigne ouvrir la lumière éternelle à no:? frères (jui sont morts pour leur peuple opprimé ; daigne accepter Toflrande de nos larmes et de nos chants funèbres ; rends-noiis la pairie, rends-nous. Seigneur, la lil>erté !

• Dieu très-saint, il ny a pas encore un siècle que la liberté a dis[»aru de la tei're jjolonaise, cl pour la rega- -iier notre sang a coulé pai- torrents ; mais, s'il en coule tant de perdre la |»atrie de ce monde, ah ! coud)ien doivent trembler ceux (jui perdnmt la patrie éternelle !

» Prosternés devant tes autels, nous t'en conjuions, >«'igneur Dieu, rends-nous la patrie, i-ends-ni^is la li- !)erté ! »

En présence d'une pareille infortune que faisait l'Ku- I <jpe ?

'( Les événements de cet hiver, s'écrie le généreux écrivain, ont sonné le réveil d'un grand peuple. Mais l'Europe inatlentive et distraite n'a guèn? écouté, n'a guère regardé. Une nation illusti'e, généreuse, ardente, patriotique, libérale, religieuse, iiih' d'upiniou et de •royance, sachant soullrir et sachant moiiiii-, s'est révélée

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1111(3 l'ois (le plu^ au inonde, et le monde, comme s'il était sans C(Teur et sans pitié, s'est détourné d'elle. » (4)

Jamais cependant nation ne fut plus digne de sympathie .

Dans le passé, malgré l'abandon où on l'a laissée, la Pologne n'a pas reculé d'une semelle.

Eh bien ! s'écrie son vaillant défenseur.

» Ce qu'elle voulait en 1830, en 1815, en 1791, elle le veut encore, elle est résolue à l'obtenir, et convaincue quelle l'obtiendra, par d'autres moyens sans doute, mais avec la même résolution et la même unanimité. Prenez un Polonais de n'importe quelle contrée et de n'importe quelle condition ; qu'il ait vécu sous la férule prussienne, sous le bâton autrichien, sous le knout moscovite ; prenez le vieillard, l'homme fait, la mère de famille, la jeune fille ; prenez l'enfant à peine debout sur ses petites jambes, chez tous vous trouverez le même sentiment, la même passion, permanente, souveraine, exclusive, une passion légitime, lîère et pure; tous vous tiendront le même langage ; tous, l'œil enflammé et le cœur palpitant, vous di ront ce qu'ils disent à Dieu et ce que disaient leurs pères il y a cent ans : Rendez-nous la patrie ! »

La révolution polonaise se distingue, du reste, essentiellement de celles des autres peuples ; elle est juste et elle n'a commis aucun excès.

« Il paraît hors de doute que la première excitation du mouvement qui a eu lieu depuis un an en Pologne est venue du dehors, et de la même source d'où a découlé la révolution italienne. Il parait également certain que depuis les dernières démonstrations, et malgré la victoire morale que la Pologne leur a due, de nouvelles instigations sont survenues sous forme de reproches, ainsi foi"iiiulés : <x Vous êtes (riiomiètes gens, mais vous n'y

(1) Une iialioii en deuil, |)ur M. «le .Moiilulemljcil, Œuvres, tome Vil, page III.

eiilendez rien : vous ii'otos pus {;iits pour uiganiser une •^M'ande cause, vous n'êtes que des moutons. Voyez les Italiens : voilà comme il faut iv^'iv ! » — Mais les émissaires de la démocratie révolutionnaire, (jui s'appelle parfois la démocratie impériale, n'ont pas encore réussi à altérer le caractère de Tajiilation polonaise. Ils ont été entraînés, absorbés, noyés dans le grand mouvement national, où la première place est occupée par le clergé, et où il n'y en a point, du moins jusqu'ici, poui' les mauvaises passions,les instincts abjects et les spoliations macbiavéliques qui ont désbonoré ailleurs la cause nationale et libérale. Les dernières classes du peuple polonais sont et seront encore lon^rtemps à l'abri des tentations du démon de l'anarchie, s'il faut en juger par cette adresse aux délégués de la Société agricole, émanée des ouvriers de Varsovie (fondeurs, serruriiM's, chaudronniers, et autres des métiers durs, comme ils disent), où l'on trouve ce qui suit : (' Sans épargner sa personne, il faut aller à la tuerie et montrer au monde ce que nous voulons ; c'est pourquoi nous avons étéavecles processions et chanté pour la constitution, et nous le ferons de nouveau quand il le faudra. Et, s'il y a des victimes, on verra que Dieu le voulait. Et nous sommes prêts, s'il en faut davantage, à tirer au sort à «jui doit aller au sacrifice, même à tendre la gorge au couteau, ou à mourir sous le knout... On jious dit : Savezvous ce que c'est que la constitution? Nous déclarons que nous le savons comme nos pères nous l'ont appris, comme c'était sous les rois de l'ologne. Ne pas combattre injustement, mais détendre le sien. Si un pays veut s'unii' ii. nous, c'est bon: sinon la route est libre. Et, en o ^,^j.e qu'il v ait une loi juste et obéie par t-iiit h; me i .. ..ne régnent la piété, la probité, l'humanilé. . ,, ip^

houjmes également; qu il y ait une or ^ ' ' |o^^^ij;e, ceci absolument. - '^ '

Ce langage n est pas celui de la révoliilion en France, (ni Italie on en Allemagne.

D'où vient cette diflerence V

Sans doute, elle vient de la paix sociale. Chose admii"al)le ! Toutes les religions, tous les partis, toutes les classes se sont unis pour « former le Ilot de cet enthousiasme imanime qui fait hésiter, avant de reculer, le flot de la conquête moscovite. »

Mais c'est surtout dans la foi que la Pologne puise sa fcrce et sa modération.

» Quant à la foi, dit -e noble voyageur, à ce bienfait suprême, plus rare et plus précieux encore que la paix sociale, tout démontre que cette source de vie, loin d'être tarie, n'a jamais jailli avec une plus impétueuse abondance de l'àme d'un grand peuple. Il suffit de passer un seul jour en Pologne, d'interroger un seul Polonais (j'entends de ceux que les influences étrangères n'ont pas encore pervertis), pour apprendre quel peut être encore le rôle de la religion chez un peuple moderne. L'Espagne, à l'époque de son héroïque soulèvement contre Napoléon, a peut-être donné le même spectacle ; mais on peut affirmer que nulle part ailleurs en Europe on ne trouvera la religion^ je ne dis pas seulement plus honorée, mais plus populaire, plus obéie et mieux pratiquée. Là-dessus, le témoignage des prêtres, en général .peu enclins à exagérer le bien, est aussi irrécusable qu'unanime. Ce n'est pas seulement dans les campagnes reculées, dans les populations rurales, que le catholicisme est ainsi le premier aliment et le premier intérêt de la vie polonaise, c'est dans toutes les classes, dans toutes les conditions ; c'est dans les villes, et même dans les petites villes (devenues ailleurs la citadelle des e.sprits forts et du respect humain), que l'universalité des habitants cherche son honneur et son bonheur dans les règles et les habitudes de la vie chrétienne. Sans doute il

«loil y avoir ou Poln^iio, coiiini»> ailli'iirs. lios àinos indifl'èrtMiles »'l (les ànios liosliU-s à la roli-iion; mais on [leiil hardiment aflirnier (jirelles ne sont ([ne des exceptions, irest le contraire (jui est la loi jiénérale. visiltle et palpable partout. Jan)ais, pas même dans l'Italie d'autrefois, je nai vu prier avee une piété si excessive et si fervente qu'à Cracovie, dans ce sanctuaire de la vie nationale et historique de la Polo|;ne. Clela est vrai euco.'c une fois non [)as seulement des pauvres et des femmes du peu[)le, mais des riches, des jeunes ;iens, des dames les plus élégantes, des hommes les |)lus mùis et les plus considérés, ({ue l'on voit prosternés dans la poussière des églises, sans l'ijuibre d'embarias ou de respect humain.

» Quant à ceux qui seraient tentés <lo ne pas attacher beaucoup d'importance à ces démonstrations extérieures, Je les inviterais à étudier el à constater sur place la moralité supérieure et incontestable de toutes les classes du peuple polonais. Les ju-ies les plus compétents, les plus éclairés, les moins suspect.s, aflirment toute la léalité d'un immense progrès moral et y insistent tous. Les masses populaires et rurales sont restées ce qu'elles étaient, dominées, pénétrées par la piété la plus pratique eu uuîme temps que la plus expansive. I^e désordre est, ou pt-ut le dire, inconnu pai-mi elles. Plus ou s'enfonce dans l'ancienne Polojjne, plus ce phénomène prodigieux devient universel. Mais, chose bien consolante, plus su!|)renante et plus significative encore, les mœuis des classes élevées se sont transformées, el cette transformatitni s'est opérée dan.s les trente dernières années. L'amélioration a été constante, et elle est devenue générale. L'habitude (hi divorce, qui avait dotiué un si mauvais renom à rancienne société polonaise, a (oiiiplfti'incnl disjiaru. Les scaiulales de tout genre sont devenus iuliniiuent rares. Lu grand malheur, noblement sup[ioité, a piirihé, retreuqié. relevé toutes les consciences. Les âmes se .sont adrancliies

de la tyrannie du mal en attendant que le pays soit all'ranchi de la domination étrangère. Tous les rangs, toutes les conditions, tous les âges, se rencontrent et se confondent dans la communauté de la foi, de l'espérance et de la prière. Cette vitalité intacte et féconde de la religion, d'une part, et, de l'autre, le goût et la passion de la liberté, enflammés par un patriotisme aussi enthousiaste que résolu, constituent une atmosphère morale et sociale qu'on a rarement respirée de nos jours \jElat des âmes, comme on disait naguère chez nous, y est excellent. Après avoir mis un moment la main sur le coeur de la Pologne, je ne crains pas d'affirmer qu'elle est la nation la plus saine de l'Europe. » (1)

Oui la foi et un profond t.moiir de la liberté; telle est la double cause de la grandeur de la Pologne. Après avoir tracé à grands traits le rôle politique et religieux de ce noble pays, ^I. de Montalembert le félicite d'être resté lidèle à l'alliance de la religion et de la liberté, et nous fait admirer en l'un de ses plus nobles enfants cette alliance, tant aimée.

c( Personiie ne comprenait et ne représentait mieux cette alliance entre le catholicisme et la liberté moderne, dont la Pologne ollVe le type le[)lus accompli, que l'illustre et vénérable prince Adam Czartoryski, qui vient de descendre dans une tombe à jamais vénérée, après une vie presque séculaire et consacrée toute entière au service de sa patrie. Seule la religion, dont il était le fils tendre ei soumis, pouvait lui inspirer l'abnégation nécessaire pour subir les sacrifices que son patriotisme lui imposait; et personne en Europe n'a sacrifié ce qu'il a sacrifié à son pays et à l'honneur. Lorsqu'à soixante ans, déjà parvenu au comble des honneurs et de la considération, il se mil, en 1830, à la tète de la Pologne soulevée contre ses avis

(1) Une nalioii en deuil, par M de Monluleiiibert ; Œuvres lome Vli, ijage 123

et fontre ses ilé>:ii>, il ris<inail (\n loiit ix'idi'c et n'avait* rien à pajiner. Yictoiieuso, la Pol(><,Mie devait cerlainonicnt, comme la Belj;ique, se donnei un roi de race étranf^ère. Vaincue, elle fai:?<\it du chef inovisoire qu'elle s'était donne la première proie des ressentiments et des convoitises de l'autocrate. Le prince Adam a noblement accepté toutes ces chances et les a toutes subies, l^roscrit, condamné à mort, dépouillé de son immense patrimoine, dédaigné trop souvent par les heureux du monde, insulté par les écrivains aux liajirïs de la Russie, méconnu, calomnié, accusé d'ambition dynastique par d'inj^rats (^ompagnons d'exil; témoin impuissant des événements qui renversaient tous les trônes de l'Eurojie sans toucher aux lers de la Pologne ; trébuchant toujours d'illusion en illusion, de mécompte en mécompte: aucune épreuve ne lui a été épargnée, mais aucune n'a pu l'abattre. Nous l'avons vu pendant trente ans doux, calme, intrépide, portant le deuil de sa patrie, mais dressant pai'ini nous la sereine gravité de son front et ses beaux cheveux blancs, comme un témoignage de ses inébranlables convictions et une protestation contre l'iniquité dont l'Europe était complice. Comme les prophètes (jue le peuple de Dieu voyait s'élever de son sein au milieu de la captivité de Habylone, ce nouveau Mardochée était une vivante incarnation du droit méconnu, dont la seule {trésence reprochait aux rois leurs attentats, et prêchait à ses compatriotes la patience avec l'invincible espoir. Le voilà mort à quatre-vingt-douze ans, et enseveli, non pas avec ses glorieux ancêtres, mais sur la terre étrangère! La disparition d'un vieillard qui succombe sous le poids des années émeut moins au premier abord que celle d'un enfant, d'une jeune mère, d'un glorieux soldat ou de l'homme d'Etat enlevé à la fleur de l'âge et du talent. Mais cependant ([uellc leçon que celle d'une vie si prolongée, qui attf'int les dernières limites assignées à l'existence humaine, à traveis les vicissitudes

']c^ plus diverses, sans avoir jamais bronché, jamais dévié du chemin de l'iionneur, du devoir, du sacrifice ! Soldat de Kosciusko, ministre d'Alexandre, presxjue roi dans son pays insurgé, plus grand qu'un roi dans l'exil, il a légué à la Pologne, si fertile en héros, l'exemple d'un héroïsme nouveau et digne d'une éternelle mémoire. Nous ne l'entendrons plus dire avec une confiance mélancolique comme les sœurs d'Esther :

Je reverrai nos campagnes si chères, J'irai pleurer au tombeau de mes pères :

mais de son dernier regard il a pu entrevoir la résurrection prochaine de la Pologne, par ces voies exclusivement droites et pures qu'il avait toujours lui-même suivies et dont il était l'éloquent et infatigable avocat. Lui aussi pouvait dire à son fils :

Disce, puer, virlutem ex me, verumqus laborem. mais sans ajouter comme le héros de Virgile :

rortunam ex aliis :

car la fortune n'a donné à aucune des grandes races de notre temps une illustration plus haute, plus rare et plus pure. » (1)

Ces hautes vertus et ces grands exemples ne resteront pas stériles. La Pologne revivra.

Jetant un regard sur les cliances de son avenir le noble écrivain les trouve surtout derrière les efforts de la démocratie prussienne et de toute la démocratie allemande, dont elle est l'avant-garde, et entre à ce propos, dans d'intéressants détails :

« Pour bien connaître l'Allemagne, il ne faut pas se laisser rouler uniquement sur les chemins de fer, qui font disparaître non-seulement les distances, mais encore les difl'érences d'un pays à ra\itre. Il faut quitter ces grandes voies de la foule, pénétrer dans le cœur des

(1) Une nation en deuil ; Œuvres, lome Vil, page lâ'J.

petits Étatisa la roihcnlu' do qiirlqiif <tuivi'iiir anilioold- \!;\i\iic ou de quelque i>a\>;a};t» solitaire, parcourir ces villes cliarnianles, à la fois si pittoresques et si confoilables, fiiites jiour consoler et reposer l'œil et l'esprit lalijîués du vandalisme prodigue et du mauvais goût colossal qui s'étalent dans le nouveau Pari.; ; il faut sillonner le Hanovre, les petits duchés de Saxe, les duchés lie Brunswick et de Nassau, la principauté de Waldeck ou toute autre. C'est là que l'on peut apprécier jusque dans ses recoins les plus intimes la prospérité du pays, l'aisance générale et paiticulière ; c'est là qu'on voit non-seulement l'agriculture, mais la silviculture et l'horticulture portées aux dernières limites du progrès ; c'est là qu'on admire la merveilleuse condition des routes et des chemins vicinaux, l'excellence et la régularité du service des postes, le luxe et l'abondance des attelages rustiques, le luxe et le bon goût des constructions municipales et scolaires jiis(jue dans les moindres villages, le luxe plus grand encore de la propreté universelle, puis des écoles à foison et de tout ordre, des universités aussi libres que florissantes dans les moindres Éfatrs ; et avec tout cela pas l'ombre de passeports ni de police politique, une liberté civile politique beaucoup plus grande que celle dont la démocratie impériale se vante et se l'ontente parmi nous, une presse aussi généralement répandue que peu gênée, si peu gênée, que neuf jnurnanx <ur dix attaquent ouvertement tous les jours la constitution actuelle de l'Allemagne. Nulle part enfin aucune trace de ces alnis plus ou moins exagérés, ou de celte misère plus ou moins réelle, qui ont servi de prétexte à lu rév«tlulion dont est sortie l'unité italienne. »

Avant de quitter la Pologne, le noble voyageur lui ;i dressa ainsi ses adieux :

(I Salut donc, o chère et noble l*ologne ! si Dieu prolonge ton épreuve, c'est pour le rendre plus digne d'une

i;loiieuse éiiian(ii)ation. Salut, Niohé des nations (i) ! Salut et espoir, comme au type immortel du droit, de l'innocence, de Tinlbrlune, mais aussi de la force, de la vraie force , de la force morale , la seule qui mérite d'être servie et admirée ici-bas ! » L'espoir vivait au cœur de la Pologne ; il se traduisit bientôt en actes :

Au mois de février 1863, M. de Montai embert écrivait :

(( La nniion en deuil est aujourd'hui une nation en flammes et en sang. Ce sang qui coule, c'est le nôtre, car c'est celui de nos frères, celui d'un peuple qui nous est uni par des liens intimes et sacrés. En coulant par torrents, il cimente de nouveau, devant Dieu et devant l'histoire, l'indissoluble union de ce que la France estime le plus, de ce que la Pologne personnifie le mieux : la foi, la liberté, le patriotisme.

» La Pologne est donc soulevée. Les légions du désespoir, comme elles s'appellent, ont apparu et ne disparaî" tront, si elles doivent être vaincues, qu'après des funérailles qui laisseront sur la conscience de l'Europe le poids d'un insupportable remords.

), Que s'y passe-t-il aujourd'hui ? Que s'y passera-t-il demain ? On ne saurait encore le définir, l'affirmer avec certitude. Mais ce qu'on entrevoit, ce qu'on entend de loin suffît et au delà.

» Les faits parlent et avec une éloquence qu'aucune parole humaine ne saurait égaler. Les renseignements ont beau être confus et incomplets , les stipendiés de la Russie, si nombreux dans la presse continentale, ont beau amplifier ou embellir les bulletins russes, il demeure avéré que l'insurrection qui a éclaté dans la nuit du 22 janvier devient chaque jour plus sérieuse, plus étendue, plus redoutable qu'on ne l'avait d'abord supposé. Les insurgés se comptent par milliers. Il n'y a pas (1) Oh Rome ! my couiitry ! cily of ihe soûl !.. . The Niobe of nations ! Byron.

— ilT) —

Mil liointMo, |».is iiiiu li'iiiMii', (l;iii-> 1 uilc la vasli; (•ItMidiic tlt> l'aïKiiMme Polo^Mie, tlmit lo cœur ne l)atle pour eux. Us prennent et ils gardent des villes, des camps, des points lortifiés. Répandus sur toute la surface du royaunio, abrités par les bois, les marais, les landes, les lacs, ils entament déjà les provinces litluianiennes. Vaincus, selon les bulletins ofllciels, partout où on les rencontre, ils reparaissent partout et ne se découragent nulle part. Ces di^.sfsptlrés agissent non-seulement en braves, mais en bonnétes gens et en gen? comme il faut. Ils renvoient, avec des excuses, à la grande-duchesse Gonstiintin, ses lettres interceptées, tandis que les généraux russes, dignes émules des Pinelli et des Fumel, leur répondent par le massacre, l'incendie et l'extermination.

1» C'est une explosion subite et spontanée, légitime et provoquée, oui, provoquée par un des attentats les plus exorl)itants dont notre siècle, fertile en spectacles de ce genre, ait été témoin. C'est la conscription qui l'a lait éclater, une conscription imposée non pas avec les formes équitables et régulières dont ce mot éveille l'idée chez nous, mais avec la sauvage perfidie qui caractérise l'en lèvementdes nègres sur la côte de Guinée; une con.scription qui, d'après les instructions secrètes du ministère de l'inléi'ieur cl l'aveu public du Joumnl de Saint- Pétershoiirg, a eu pour objet de débarrasser le gouvernement des sujets dangereux, et de frapper d'une pénalité monstrueuse les instruments innocents d'une résistance morale dont on ne pouvait atteindre les chefs ; une conscription qui transforme ses recrues en galériens; dont le but est, non d'aimer un peuple, mais de le décimer ; dont les circonstance.'; offrent toutes celles qui constituent le guet-apens nocturne ; dont le résultat est la déportation à vie de vingt-cinq mille Jeunes Polonais choisis d'avance par la police russe ! Et cependant ce

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monstrueux déci'et, nous assure-t-on, eût été exécutr sans résistance, supporté avec Tindif^nation concentrée, la résignation frémissante dont les Polonais ont appris le secret, si les bourreaux avaient su se priver d'un raffinement d'effronterie et de dérision que rien n'explique. Le lendemain de la nuit lugubre où les victimes, réveillées dans leur lit, avaient été saisies, encbaînées et traînées dans les casernes au milieu de l'horreur universelle, des cris, des larmes, des malédictions de leurs proches, le journal impérial osa déclarer que « le recrutement n'avait rencontré aucune résistance, et que les conscrits n'avaient témoigné que de l'empressement et de la bonne volonté, de la gaieté et de la satisfaction d'aller se former à l'école d'ordre que leur ouvrait le service militaire. »

» Cette goutte de poison fit déborder le calice. Ce que n'avait encore pu exciter aucun des attentats commis depuis deux ans à Varsovie et ailleurs, a été l'œuvre du scribe obscur qui a écrit ce mensonge dans sa feuille officielle. Sa main vénale a mis le feu aux poudres. Cet outrage cynique à la douleur et à la pudeur publique prendra rang dans l'histoire à côté de ces outrages à la pudeur des femmes, qui donnèrent le signal à Rome de l'expulsion des Tarquins et des Décemvirs, à Palerme, des Vêpres siciliennes. Honneur immortel au peuple que l'injure morale révolte plus que tous les supplices matériels ; qui peut tout subir, tout endurer, hormis l'hypocrisie officielle, hormis le mensonge promulgué en son nom et pour son compte. Esclave, soit; mais esclave reconnaissant et satisfait, non ; esclave qui se laisse féliciter d'être libre et heureux, non, mille fois non. Garrotté, bâillonné, flagellé, déporté, soit encore ; mais sous l'entrave, sous le bâillon et .sous le knout, le Polonais veut au moins que le monde le tienne pour victime et jamais pour complice de la servitude. La mort et la ruine, tous

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les désastres et totitos les tortures |tlulôl ([ue l';ulli(''<i(tn ^iltMirieuse au iiuMi-;(»n;j;i» rouronur l'I iiii|umi !

» Ali î continue-l il, ({tril est triste et [><ii;^ii;uit de ne pouvoir leur olTrir ([u'une str-iile synipathie. Ils meurent pour nous et sans nous : ils meurent et nous vivons ! Ils meurent et nous écrivons ! Quelques gouttes d'entie sont tout ce (jue nous pouvons ollVir en échange de ce sang qui monte vers le .luge de toutes les justices, vers l'immortel Vengeur, pur comme une larme et saint comme un holocauste, o (i)

(1) L'Insurrection polonaise, par M. Je Mo lalemherl ; Œuvres, lome Tii, pai:e 1~.

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